Jean-Louis Trintignant, un homme et un vin

Par le 05.07.2011 à 12:59

A l’autre bout de la liaison téléphonique Lausanne-Uzès, il y a une voix métallique. Presque mécanique. Qui s’abîme entre deux quintes de toux. Trop usée pour ne pas être honnête. Quand on demande à Jean-Louis Trintignant comment il va, il répond: «Pas très bien, en fait.» La faute à la «vieillesse» et à la «vue qui part».

A l’autre bout de la liaison téléphonique Lausanne-Uzès, il y a une voix métallique. Presque mécanique. Qui s’abîme entre deux quintes de toux. Trop usée pour ne pas être honnête. Quand on demande à Jean-Louis Trintignant comment il va, il répond: «Pas très bien, en fait.» La faute à la «vieillesse» et à la «vue qui part».

Pourtant, l’homme qui grince arrive encore à s’enflammer. Sur les planches de Beausobre par exemple, où il lira, mardi, des textes de Prévert, de Vian et de Desnos. Ou lorsqu’on parle du vin, avec lequel il a connu une liaison passionnée et tortueuse. «Mon grand-père avait une grosse propriété dans le Vaucluse. Et cinq enfants. Dont quatre garçons. Ils travaillaient tous à la terre, tous à la vigne. Dans les Côtes-du-Rhône, bien avant que l’on y classe du vin. Il en faisait déjà du bon. Mon père a suivi un temps son exemple. Je suis en quelque sorte né dedans.»

Pourtant, sans qu’il ne sache pourquoi, il viendra tardivement à la dégustation. «J’ai commencé à boire à 35?ans seulement. Ce qui m’a sauvé la vie d’ailleurs. Parce qu’au rythme où je m’y suis mis, – une bouteille par jour –, je serai probablement mort si j’avais commencé avant. J’en bois moins maintenant. Parce que je suis vieux. J’ai commencé par aimer les bordeaux. Je connais bien la plupart des Châteaux importants de cette région.»

Rosé dédaigné

Lorsqu’on lui demande ses préférences en la matière, il n’hésite pas beaucoup: «J’aime surtout le rouge. Le blanc, j’ai appris à le trouver intéressant. Mais le rosé est barbant. Il faut en produire parce que cela marche très fort; les Français, quand ils viennent en vacances dans le Midi, ils veulent boire du rosé frais. C’est quand même le seul vin dont on laisse la couleur décider du moment de l’arrêt de la fermentation. C’est un produit inabouti. Alors que le vin rouge, on le travaille jusqu’au bout.»

L’acteur sait de quoi il parle. Depuis 1997, il est propriétaire d’un domaine d’où l’on voit le pont du Gard, à Saint-Hilaire-d’Ozilhan. Associé à Bertrand Cortellini, un typographe de Crans-près-Céligny reconverti en vigneron à quelques encablures d’Uzès. Et à son épouse Claudie. Deux hommes, une femme et un vin. «Jean-Louis vient au moment des assemblages, dit le Suisse. Il goûte très bien. Une grande histoire d’amitié qui a survécu à quinze ans de collaboration.»

Rayon promo, Jean-Louis Trintignant est écrit en tout petit au bas des contre-étiquettes: «On ne va pas acheter du vin à mon nom parce qu’on me trouve bon acteur. Lorsque les cuvées, à nos débuts, étaient moins bonnes, ma notoriété pouvait avoir une utilité. Mais aujourd’hui, je le dis volontiers, nous faisons dans les cinq meilleurs vins de Côtes-du-Rhône méridionales. Et cela se sait.»

Les guides, en tout cas, mettent quelques coups de cœur sur les 27 hectares bio du domaine Rouge Garance. Un nom qui se doit à Arletty dans les Enfants du Paradis. Et à cette plante qui poussait sur ces terres aujourd’hui dédiées au carignan, à la syrah ou au grenache. Et qui servait, au début de la Grande Guerre, à teindre les pantalons de l’infanterie française: «Un rouge si vif qu’il fut abandonné parce que nos soldats devenaient de trop bonnes cibles pour les Allemands.»

Bilal et les oiseaux

Autre histoire d’amitié, c’est Enki Bilal qui a dessiné l’étiquette. «Il a d’abord fait une version colorée et compliquée. Pour arriver à quelque chose de très dépouillé. Un oiseau au bec crochu. J’avais émis une idée dont on m’a vite expliqué qu’elle n’était pas très commerciale: les ailes se déploieraient si le millésime était grand et se ratatineraient lors des mauvaises années, comme si le volatile était sous la pluie.»

On ne pourra pas finir sans parler terroir et racines. De ce Gard, terre de naissance et de retraite. «J’ai vécu vingt-cinq?ans à Paris. Jusqu’en 1975. Tout ce temps, je n’avais qu’une obsession: repartir à la campagne. Ce pays, j’y suis né. Les souvenirs de jeunesse sont toujours difficiles à expliquer. Il y a ces odeurs, le thym, la lavande, la menthe. Elles ont gravé ma mémoire d’enfant. L’hiver ici, n’est pas comme ailleurs. Il est vivant, odorant. Souvent, en saison morte, la campagne n’existe pas. Chez nous, elle est merveilleuse.

Jean-Louis Trintignant sera en lecture, mardi 3 mai, au Théâtre Beausobre de Morges (58?fr). On trouve les vins Rouge Garance chez Le Passeur du Vin et La Couleur du vin à Lausanne et chez Altha-Vin SA à Chêne- Bougeries (GE).

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