ENVIRONNEMENT

Le rêve éveillé d’un architecte pour un nouveau musée à Bellerive

Par MICHEL CASPARY le 05.12.2008 à 00:08

Quoi? Un nouveau projet de Musée cantonal des beaux-arts à Bellerive, alors même que le précédent a été refusé dimanche passé? Provocation diront certains. Il n’en est rien. Le concept de Pierre von Meiss, architecte et ex-professeur à l’EPFL, relance le débat avec pertinence.

Pierre von Meiss a 70 ans, vit à Lausanne et pourrait se contenter de jolies balades au bord du lac. Le hic, c’est que l’architecture est plus qu’un dada pour lui: une passion. Architecte et ancien professeur à l’EPFL, il a suivi avec un œil d’expert toute la bataille autour du projet du nouveau Musée des beaux-arts à Bellerive. Il y a deux mois, n’y résistant plus, il s’est remis à sa table de travail afin de concrétiser ses propres idées. Silence radio volontaire jusqu’au soir de la votation, dimanche passé. Aujourd’hui, il lève le voile et présente son concept original pour ce qui pourrait être le bateau amiral de la culture vaudoise.

«Le projet refusé, Yin Yang, n’était pas mauvais, mais trop isolé, ne tenant pas compte de son environnement», estime Pierre von Meiss, selon qui architecture et paysage sont indissociables. Bellerive, un mauvais site alors? Au contraire: «Il n’y a rien de mieux à offrir, dans ce cadre déjà marqué du sceau de la détente et de la culture, du Musée olympique au Théâtre de Vidy». Un cadre, selon lui que s’approprient les Lausannois, mais également bien d’autres Vaudois. L’essentiel, poursuit-il, est qu’un futur musée doit s’y intégrer harmonieusement. Comme un carrefour incontournable, comme un lien subtil entre les hommes et la nature, entre les arts et les loisirs.

Son idée première est de prolonger les halles de la CGN. Tout en longueur, avec un premier corps (imaginé entre 50 et 70 m de long) avec deux sortes de nefs plus courtes sur les côtés et à son bout un auvent (de 38 m). le tout dans le même esprit de structure industrielle. Pour séparer les deux bâtiments, juste une épaisse et immense baie vitrée, étouffant le bruit des travaux tout en offrant une vue mutuelle entre les ouvriers et les visiteurs. Hauteur maximale de la nouvelle bâtisse: 14 m. La surface totale serait d’environ 6000 m² bruts, le volume à l’intérieur du bâtiment similaire à ce qui était prévu dans le projet refusé par le peuple. Grosse différence par contre: aucune surface au-dessous du niveau du lac ne serait utilisée.

Prudent sur les chiffres

Pierre von Meiss souligne qu’il s’agit d’un concept, restant ainsi prudent sur les chiffres. Il n’a pas dessiné l’intérieur de ce musée, mais admet que cela l’a démangé… Seule hypothèse avouée: l’aménagement pourrait se faire en jouant sur trois niveaux. Pour lui, l’architecture devrait être au service du conservateur du musée (donc des œuvres), et non l’inverse. Ceux qui rêvent d’un grand geste architectural pour ce musée en sont pour leurs frais! En revanche, ceux qui ont l’âme verte devraient être emballés par l’idée de construire tout un nouveau biotope autour du musée. Pierre von Meiss imagine ainsi la création d’un vaste jardin botanique tout le long des halles, avec un grand étang côté ouest. On est plus près de l’architecture organique du nouveau Musée du quai Branly, à Paris (consacré aux arts premiers), que du spectaculaire Musée Guggenheim à Bilbao, dédié à l’art moderne et contemporain.

Un rêve éveillé, le concept de Pierre von Meiss? Sans doute. Il a le mérite de relancer rapidement le débat, avec des arguments qui pourraient stimuler autant les créateurs que les politiques.



La Riviera sur les rangs

Avec 50,04% de votes favorables, le district Riviera-Pays d’Enhaut a dit oui du bout des lèvres au projet de Bellerive dimanche dernier. C’est à La Tour-de-Peilz que les électeurs ont été les plus enthousiastes, et c’est dans cette même ville que Jacques Vallotton, élu socialiste, vient d’interpeller les autorités régionales à ce sujet. Le conseiller communal souhaite en effet que les dix syndics de la Riviera étudient la possibilité d’implanter le musée sur le littoral qui s’étend entre Vevey et Veytaux.

«La Riviera a beaucoup d’atouts. Cette ville en devenir de 72?000 habitants, la troisième de Suisse romande, se trouve à un carrefour autoroutier européen», vante Jacques Vallotton. Autre argument soulevé par l’élu, le potentiel touristique et l’offre culturelle pléthorique de la région.
Les syndics pourraient débattre de sa proposition au début de l’année prochaine mais d’ici là, à Vevey, Laurent Ballif ne cache pas son scepticisme: «J’avais pris position contre le projet de musée à Bellerive car, à mon sens, ce musée doit être implanté dans un centre urbain. Je pense à titre personnel qu’il serait mieux à Lausanne. Et s’il devait déménager sur la Riviera, je le verrais bien dans un immeuble de prestige», réagit le syndic. La municipale Madeleine Burnier, elle, n’y croit pas: «Je ne sais pas où on pourrait le mettre. Vevey affiche un peu complet.»

A Montreux, le syndic Pierre Salvi prend acte: «Je me réjouis de découvrir quelle est la substance de cette idée.» Le municipal de la culture Laurent Wehrli proposera aujourd’hui à ses collègues d’étudier cette possibilité. «Je pense à un ou deux sites sur la commune, souffle-t-il. On pourrait bien se mettre à disposition du Conseil d’Etat.» R. D.



Olivier Français: «Ne pas intégrer toute la zone était une erreur»

Municipal des Travaux de la ville de Lausanne, conseiller national radical, Olivier Français connaît bien le projet de Pierre von Meiss. Même s’il estime qu’il y a aujourd’hui, juste après le refus populaire du crédit d’étude pour le projet Yin Yang, «un peu beaucoup d’excitation», et qu’il convient de reprendre le dossier «à froid», Olivier Français est persuadé que l’idée de l’architecte lausannois est «intéressante». Sans pour autant en faire l’exemple de base d’un projet bis, selon lui tout à fait prématuré. Explications: «Cela fait quatre ans que je répète qu’on ne peut pas simplement poser un élément isolé sans repenser toute la zone, s’agace le radical. Entre la Société de sauvetage, sur le port d’Ouchy, et la piscine de Bellerive, il y a un trou, un vide territorial dont nous devons nous occuper. L’occasion était belle de considérer le cheminement piétonnier et la qualité des activités de cette zone, l’équipement du site. Penser que l’on peut parachuter un projet unilatéralement, sans accompagnement, est une erreur.»
Olivier Français regrette que, au sommet de l’appareil politique cantonal et parmi les principaux soutiens au projet de Musée des beaux-arts, on n’ait pas jugé bon d’écouter les arguments «recevables» des opposants sur le traitement des piétons et l’encadrement du site. «Personne n’a voulu entendre ce type de remarques», s’emballe Olivier Français. Il déplore aussi que le préavis municipal soit sorti trop tard pour intégrer ces éléments.
Hier soir, les initiateurs du manifeste pour le nouveau Musée cantonal des beaux-arts se réunissaient pour discuter de la suite à donner à l’échec du projet devant le peuple vaudois. Avec le sentiment désagréable, confiait l’un d’eux, que d’aucuns faisaient fi des contraintes légales, financières et techniques pour présenter des initiatives plus ou moins farfelues. T. M.



Quel endroit pour un nouveau projet? Les appétits s'aiguisent

Rumine? Bellerive? Ailleurs dans le canton? Mardi, le Grand Conseil a enregistré plusieurs interventions liées au MBA. L’une a clairement enjoint le Conseil d’Etat d’élargir au territoire cantonal la recherche d’un site d’accueil. Une ouverture vers d’autres régions palpable, même si le site du centre-ville, à la Riponne, pourrait ne pas avoir dit son dernier mot. Mais pour l’heure, aucune proposition concrète n’a été déposée au Conseil d’Etat, même si les idées fusent de toutes parts. Dans certaines régions, les appétits s’aiguisent.

YVERDON Hier soir, deux résolutions ont été déposées devant la Municipalité d’Yverdon. Des conseillers communaux de tous horizons politiques ont affirmé leur souhait de voir le Musée cantonal des Beaux-Arts venir s’amarrer à Yverdon, non loin du rivage. Accueil enthousiaste de la Municipalité: «Yverdon a démontré, cet automne encore avec l’inauguration de l’Espace Jules-Verne, son ouverture à la culture», souligne le syndic Rémy Jaquier. La ville est par ailleurs à la recherche d’un «projet d’envergure» pour développer la zone comprise entre le centre-ville et le lac, d’une part, et la Thièle et le Buron, d’autre part.

LA CÔTE A Nyon, on sait le syndic Daniel Rossellat (assermenté hier soir) plus favorable à une solution lausannoise. Et, pour l’heure, aucune ambition n’a encore été affichée ouvertement. «Nous n’en avons pas encore parlé, indique la municipale Fabienne Freymond Cantone. Mais à titre personnel, je pense que le terrain anciennement dédié au Centre lémanique (qui ne s’est jamais réalisé), au bord du lac, est une idée qui mérite d’être soulevée.»

ET ENSUITE? Comme le confirme le chancelier d’Etat, la votation populaire nous ramène dix ans en arrière. «Toute la procédure est rendue caduque par le résultat des urnes», dit Vincent Grandjean. Et après? Un certain flou artistique semble régner sur la procédure à suivre. Seuls trois points clés sont incontournables: un nouveau crédit d’étude, un concours d’architecture et un crédit d’ouvrage. Pour le reste, le Conseil d’Etat (face au Grand Conseil) détient les compétences qui lui permettront de relancer un nouveau projet. «C’est plus un ensemble de règles à appliquer qu’une véritable procédure, constate le chancelier. Mais la première question à régler sera de savoir où installer le futur musée.» A. DZ / F. RA


Sondage

Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?