QUE FAIT LA POLICE?

Une nuit avec les gendarmes dans le vaste territoire du Nord

Par LAURE PINGOUD le 07.09.2009 à 00:04

Les policiers du Centre d’intervention d’Yverdon gèrent la sécurité vingt-quatre?heures sur vingt-quatre dans toute la région, où travaillent aussi des agents municipaux.

Il gît au pied d’un arbre, couvert d’un drap blanc pour le protéger des regards des promeneurs. Au sommet de la Dent-de-Vaulion, vue plongeante sur la plaine, il a choisi de se donner la mort. La police s’affaire autour du corps ce vendredi après-midi. Un enquêteur de l’identité judiciaire palpe le cadavre à la recherche d’indices, pendant que les agents en uniforme gèrent le constat. Trapu, crâne dégarni, l’adjudant Martial F. fait équipe avec l’appointé Steve J. Un jeune et un vieux briscard, comme beaucoup de duos du Centre d’intervention régional d’Yverdon (CIR), qui assure la surveillance des délits et des routes dans le Nord vaudois.

Calmer les automobilistes
Alors que la fin de son service approche, le duo repart en voiture par l’autoroute, l’allure tranquille. «Aux heures de pointe, on roule ainsi pour calmer les ardeurs, tout en permettant aux gens de nous dépasser.» A leur arrivée au CIR d’Yverdon, l’équipe de nuit est déjà là. Ils formeront plusieurs duos pour couvrir la région.

Dans la cafétéria, le sergent-major Jacques V. débarque. Cheveux ras, baraqué. L’homme est champion d’arts martiaux, soufflent ses collègues. «Avec lui, vous serez en sécurité!» Sourire de l’intéressé, qui fait équipe avec le sergent Jacques M., lunettes sérieuses, allure sportive. Mais les muscles ne seront pas indispensables pour la première mission: réprimander un cycliste interpellé sur l’autoroute par la police municipale d’Orbe. Avec qui la collaboration peut être précieuse, car l’un de ses agents est maître-chien. «Je suis à disposition», rappelle d’ailleurs ce dernier aux gendarmes qui s’en vont.

Direction Yverdon, où la police locale fait appel à la gendarmerie car elle vient d’arrêter un type louche, qui se baladait avec un sac rempli de clés et de cylindres. Un voleur? Quand les polices municipales n’ont pas les compétences légales ou qu’elles ont besoin de renfort, les gendarmes interviennent.

Manque de clarté
La collaboration? «Entre agents, ça marche bien», estime un policier municipal. Une réponse qui fait écho aux remarques entendues au CIR: l’organisation est une chose, mais, sur le terrain, les hommes travaillent ensemble. Même si la situation n’est pas toujours idéale, «car les chefs n’ont pas toujours les mêmes visions», constatait un gendarme à l’heure du repas nocturne, que les équipes prennent ensemble. Et la guerre qui se joue avant la votation risque de laisser des traces, se dit Jacques M.

Des gendarmes mettent en avant d’autres problèmes. «La population ne sait pas quelle police appeler. Du coup, les gens doivent raconter deux fois leur histoire», regrette Jacques M. Autre critique: techniquement, la radio de la police d’Yverdon est incompatible avec celle du canton. L’adjudant Martial M. illustre: «Récemment, nous poursuivions des suspects qui partaient de Grandson vers Yverdon. On s’est placés pour les attraper, et, 100 mètres plus loin, les policiers d’Yverdon les interpellaient. Comme nous ne pouvions pas communiquer en direct, nous ne le savions pas. Pour la délinquance, c’est du pain bénit: eux n’ont pas de souci de radio…»

Au poste d’Yverdon, les gendarmes ont fini d’interroger le suspect. Rien de sérieux à lui reprocher. Ils ne le poursuivront pas plus loin. «Parfois, les policiers municipaux pensent qu’on n’en fait pas suffisamment, commente Jacques V. Mais on a l’habitude des juges et on sait qu’ils n’en auront pas assez pour instruire certains cas.»

Ce vendredi, la soirée est calme. Alors on surveille. Patrouilles, contrôles de véhicules, fouilles selon les cas, à la sortie d’autoroute de Chavornay. Les policiers recherchent l’alcool au volant, mais aussi d’éventuels cambrioleurs et des criminels recherchés.

Au bord du lac
Il est 1?heure du matin. Jacques V. et Jacques M. partent pour Yvonand, commune liée par un contrat de prestations, pour surveiller le port à pied. «Il y a eu des vols de moteurs de bateau par des gens venant du lac», justifient-ils. Avant d’aller sur la plage pour prévenir d’éventuelles déprédations liées au camping voisin. Ils passent devant un groupe d’ados autour d’un feu. «Je suis le seul qui n’a pas bu», rigole un garçon. Salut amusé des agents qui regagnent leur véhicule.

Des automobilistes contrôlés, un passage par Yverdon pour enregistrer un vol dans le casier d’un restaurant. La nuit s’achève tranquillement.

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