PATRIMOINE

L’avenir de la Pontaise au cœur de la votation Métamorphose

Par Gérald Cordonier le 31.08.2009 à 00:04

La Municipalité souhaite raser le stade olympique pour y construire du logement. Sa valeur historique fait toutefois débat.

La mythique Pontaise est au cœur de toutes les discussions. La ville souhaite détruire le stade olympique afin de construire de l’habitat. Sa surface pourrait accueillir jusqu’à près d’un quart des 2600 nouveaux logements prévus sur le plateau de la Blécherette. Pour les habitants du Nord lausannois qui amèneront la population aux urnes le 27 septembre, là n’est pas la question. Le comité d’initiative veut, coûte que coûte, voir matches de football et courses d’athlétisme continuer à se disputer dans leur quartier. Et, bien que son texte ne le dise pas, il rêve que l’arène inaugurée en 1954 reste l’unique terrain de joutes sportives d’envergure à Lausanne. Un combat qui déchaîne les passions. A tel point que le Conseil d’Etat a prié son nouveau conservateur des monuments et sites, Laurent Chenu, de s’abstenir de tout commentaire sur le sujet.

LE POINT DE VUE DE LA MUNICIPALITÉ? «J’aime ce stade, mais il est en très mauvais état et n’a pas une valeur qui mérite qu’on bloque le développement d’un pôle complet de la ville. Il n’y a aucun motif pour le classer au patrimoine, si ce n’est que toutes les autres villes de Suisse qui en avaient un semblable l’ont rasé.» La position de la Municipalité, via la voix du syndic, Daniel Brélaz, est claire: les quatre hectares de terrains occupés par la bâtisse en béton créent une fracture avec le reste du quartier nord.

QUELLE EST LA VALEUR PATRIMONIALE DE LA PONTAISE? Le stade a, selon le dernier recensement cantonal, un intérêt local. Avec une reconnaissance d’importance régionale ou nationale, sa destruction serait, par contre, difficilement justifiable. Mais la question n’a pas encore été définitivement tranchée. Le rapport réclamé par le Conseil communal et signé par le professeur de l’EPFL Franz Graf prête à interprétations. Si le spécialiste reconnaît les indéniables qualités architecturales, historiques et la sous-évaluation du stade, il ne tranche pas en faveur de son classement définitif. Avec une prudence de sioux, Franz Graf réclame, avant tout, que des investigations plus approfondies soient réalisées. De son côté, l’association de sauvegarde Patrimoine suisse – qui ne prend pas position sur la votation du 27 septembre – a inscrit la Pontaise sur sa liste rouge des bâtiments en danger.

PEUT-ON RÉNOVER LE STADE? C’est le cheval de bataille du comité d’initiative. Pour la Municipalité – qui s’est vu refuser son projet de rénovation en 2003 par le Conseil communal –, un tel programme serait, aujourd’hui, peu judicieux et très coûteux. Estimé à une trentaine de millions de francs, un réaménagement du bâtiment ne pourrait être envisagé avec un soutien du secteur privé, car l’installation d’autres activités lucratives serait difficile.

«Evidemment que si la valeur historique du stade est revue à la hausse, il faudra en tenir compte. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne pourra plus rien faire, tempère, quant à lui, l’ancien conservateur cantonal des monuments et sites à la retraite, Eric Teysseire. Des solutions techniques pourront toujours être trouvées pour le transformer sans altérer sa substance patrimoniale.»

SERA-T-IL UN JOUR DÉTRUIT? Quel que soit le sort des urnes, la question restera encore longtemps en suspend puisque le texte de l’initiative porte uniquement sur la possibilité laissée ou pas à la Municipalité de développer, au sud-ouest de la ville, son projet de nouveau stade de football à l’anglaise. «Dans dix ans, ce stade ne sera toujours pas démoli, annonce toutefois Eric Magnin, membre du comité d’initiative et président du Mouvement pour la défense de Lausanne. Tout le monde va faire opposition et certains iront même jusqu’au Tribunal fédéral.» A ce jour, quoi qu’il en soit, aucune association n’a encore dévoilé ses plans. Du côté de Patrimoine suisse, le président de la section vaudoise, Denis De Techtermann, affirme que la décision d’agir ou non sera prise lorsque la Municipalité présentera concrètement un projet de destruction.

QUI PEUT LE SAUVER? «Il revient aux politiciens de prendre la décision de classer un bâtiment, après avoir fait une pesée d’intérêts entre une perte patrimoniale et les enjeux qui la justifierait», résume Eric Teysseire. Techniquement, c’est donc le Conseil d’Etat qui pourrait intervenir. Une démarche qui s’annonce périlleuse: entre le canton et la ville, la sauvegarde des bonnes relations pourrait bien primer sur celle de la Pontaise. A moins que la Commission fédérale des monuments historiques ne se saisisse du dossier.

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