Leur première pensée va à la collection Planque. Aussi bien la galeriste Alice Pauli que Suzanne Dubois, qui représente la collection réunie avec son mari Alain Dubois (décédé en février dernier), se désolent tout d’abord de la perte probable – le conseil de la Fondation Planque se détermine aujourd’hui – du plus beau corpus promis à l’ex-futur musée de Bellerive. Mme Dubois s’étonne que l’on ait «laissé filer une collection qui faisait se pourlécher les babines à tous les musées du monde».
«On y trouvait des œuvres qui manquent à Lausanne, qui n’a pas ce genre de tableaux», regrette une Alice Pauli «très triste», mais qui n’en garde pas moins une pointe d’optimisme. «J’y crois quand même encore, les politiques ont l’air très motivés. Pascal Broulis pense déjà à un nouveau projet et devrait rapidement faire des propositions.»
Pas de plan B
Du côté de Suzanne Dubois, qui, «le cœur serré», se dit «presque soulagée que mon mari n’ait pas eu à vivre ces derniers jours», le ton est plus amer: «Je suis dans la même situation que le gouvernement, je n’avais pas de plan B. Alors, je change l’accrochage de mes tableaux à la maison, mais je me sens actuellement libre, cela ne me concerne plus.» Aussi bien les Dubois qu’Alice Pauli, qui furent complices d’acquisition dans l’idée de léguer un jour le fruit de leur passion, s’étaient engagés de manière ferme, devant notaire, à remettre leur collection au futur musée. Alarmée par le succès du référendum, Suzanne Dubois aurait pu retirer son accord à la mort de son mari, une clause le lui permettait, mais elle tenait à cet engagement, «pour honorer sa mémoire».
«Tout à fait pessimiste»
Aujourd’hui, elle «laisse les choses ouvertes, mais sans promesse ferme». «Je ne me sens plus liée». Elle qui a suivi, avec son mari membre du jury d’architecture, les longues étapes du projet qui vient d’être refusé par les Vaudois, peine à imaginer qu’un nouveau projet puisse être rapidement mis sur les rails. «Je ne vois pas très bien comment il sera possible de corriger le tir, d’autant plus que le vote semble indiquer, sous divers prétextes, un non à un nouveau musée. Je suis donc tout à fait pessimiste. Pour toute une génération, c’est enterré…» La collectionneuse d'art contemporain – Kounellis, Penone, Soulages… – n’en restera pas moins attentive aux développements du dossier. «Je reste très curieuse. L’écart était tout de même serré. Mais une chose est sûre: si une solution doit se dessiner, ce doit être fait rapidement.» Malgré la déception, l’état d'esprit reste ouvert.
Bien qu’elle ait déjà reçu par le passé les offres d’autres musées, Alice Pauli assure qu’elle reste attachée à l’idée de trouver une solution lausannoise. Manquent juste les champions du consensus politique aptes à porter un projet aussi polémique. Reste aussi à commencer la campagne plus tôt . Les deux amies se retrouvent sur le constat que celle de 2008 a démarré trop tard.
Les députés relancent le projet de musée
Le peuple a rejeté le projet du Musée des Beaux-Arts au bord du lac, à Bellerive. Pas question pour autant d’enterrer l’idée d’offrir un nouvel espace pour les collections vaudoises. Hier, au Grand Conseil, les députés ont manifesté leur volonté de rebondir après la votation de dimanche. Mais pas tous de la même manière.
Les défenseurs du référendum contre Bellerive continuent ainsi de militer pour le développement du musée
sur son site actuel de Rumine. Porte-parole de ce courant regroupant des élus de tous bords, l’UDC Gabriel Poncet demande que le Conseil d’Etat mandate un expert externe pour étudier l’extension du musée sur le périmètre de la Riponne, à savoir le Palais de Rumine, l’Espace Arlaud et l’ancien Cinéma Romandie. Rumine, sinon rien? Le député s’en défend: «Les possibilités du lieu sont grandes et je voudrais qu’on les étudie. On décidera ensuite en fonction des résultats.»
Face à cette vision ciblée, socialistes, libéraux et radicaux militent pour une analyse plus large. Pour la socialiste Cesla Amarelle, il s’agit d’éviter que le rejet populaire soit pris en otage. «Il ne faut pas que le vote de dimanche soit traduit comme un plébiscite du grand Riponne», critique-t-elle. Souhaitant que le Conseil d’Etat procède à une analyse précise du scrutin populaire, son parti demande le «réexamen complet de toutes les implantions possibles pour le nouveau musée». Cette volonté d’envisager tous les sites est partagée par les libéraux et les radicaux – soucieux de rassurer les donateurs –, qui ont aussi déposé hier des requêtes dans ce sens. Une analyse des variantes qui intègre une réflexion sur l’avenir
de Rumine.
L. PI.??
Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?