La prestigieuse collection Planque à l’Hermitage, en attendant un hypothétique nouveau musée vaudois? Depuis longtemps, le Musée des hauts de Lausanne a fait des offres à la Fondation Planque. Il les a renouvelées voici quelques semaines. L’Hermitage figure parmi les huit propositions reçues. «Cela n’a pas traîné, raconte Jean-Jacques Cevey. Dès le lendemain du vote, Florian Rodari et moi-même avons reçu plusieurs téléphones d’institutions vaudoises, suisses et étrangères nous proposant d’accueillir la collection Planque.» Florian Rodari est conservateur de la prestigieuse collection Jean Planque – près de 300 toiles post-impressionnistes, dont plusieurs dizaines de Picasso. Quant à l’ancien syndic de Montreux et ex- conseiller national Jean-Jacques Cevey, il préside la Fondation Suzanne et Jean Planque.
Le poids d’une promesse
«Triste et déçu» par le refus populaire du projet de Musée des beaux-arts à Bellerive, auquel il avait été associé dès la première heure, Jean-Jacques Cevey se prépare à d’importantes décisions pour la fondation qu’il préside. «La question que se posera le conseil de fondation, qui se réunira en janvier, est simple, affirme-t-il. Est-ce que nous voulons nous maintenir dans la position d’une institution qui a fait une promesse? Sommes-nous tenus moralement de la respecter ou, au contraire, libres de chercher notre bonheur ailleurs?» La promesse, elle, a été formulée dans une lettre datée du 29 août 2002, adressée à Pascal Broulis et à Pierre Chiffelle, respectivement ministres cantonaux des finances et de la culture. La Fondation Planque y annonçait sa décision de déposer tout ou partie de la collection dans le futur nouveau musée, et ce pour une durée de trente ans à compter de l’ouverture. Maintenant que la donne a changé, quels sont les scénarios possibles?
«Ces Vaudois sont des veinards», s’était exclamé le maire de Paris, Bertrand Delanoë, inaugurant l’exposition de la collection Planque à l’Hôtel de Ville de Paris, en 2003. C’était après l’Hermitage à Lausanne, en 2001, où elle fut dévoilée pour la première fois. Suivirent Winterthour, Marseille, Barcelone, Bruxelles, Wuppertal, Turin, Tarragone, Bilbao et Palma de Majorque.
Estimée aujourd’huià 120-130 millions de francs, la collection du Vaudois (qui fut aussi conseiller artistique du Bâlois Ernst Beyeler) est inaliénable. Déposée dans un musée, elle y sera en prêt.
Le capital de la fondation est constitué par la collection et la valeur boursière de la fortune de 3 millions de francs que le collectionneur vaudois avait léguée pour la gérer. Le budget de fonctionnement annuel de la fondation (qui emploie un conservateur à mi-temps et une secrétaire à temps partiel) se situe en moyenne autour de 200?000 francs. Président de la Fondation Planque depuis 1998 (après la mort accidentelle de Jean Planque), Jean-Jacques Cevey, qui a fêté ses 80 ans en juin dernier, s’apprête à passer la main au printemps 2009. Un successeur sera élu prochainement.
– Comment se présente la situation pour la Fondation Planque que vous présidez?
– Elle est assez délicate. Dans la perspective de l’ouverture du nouveau musée en 2011, par souci de bonne conservation de la collection et pour être prêts le moment venu, nous avions ralenti le rythme des expositions. Celles-ci se négocient plusieurs années à l’avance. Nous avions notamment des demandes de la part de Singapour et de la Corée, étions également en contact avec Athènes et Vienne. Une exposition est encore programmée à Münster, en Allemagne, en novembre 2009.
– Pourriez-vous continuer à vivre avec des expositions temporaires?
– Le vœu de Jean Planque est de déposer la collection dans une institution vaudoise. Pour des raisons financières, l’attente ne peut se prolonger indéfiniment. Attendre, c’est continuer à dépenser sans gagner. Cela ne posait pas de problème jusqu’en 2011, mais 2020, voire 2050, c’est autre chose. Nous ne sommes pas des marchands d’art, nous ne vendons rien. Une exposition rapporte entre 25?000 et 50?000 francs, selon le nombre de visiteurs et de catalogues vendus. Ma crainte, c’est que les responsables de la fondation soient portés à prendre des décisions qui les déchargent de ces soucis et à passer des accords avec des institutions non vaudoises.
– Quelles offres avez-vous reçues?
– Le Musée Picasso de Barcelone, le Musée Granet d’Aix-en-Provence nous ont manifesté leur intérêt. En Suisse, Bâle, mais surtout Genève, nous ont contactés. Dans le canton de Vaud, il y a l’Hermitage.
– Et la Fondation Gianadda? Jean Planque vous avait confié, lorsque vous aviez découvert sous son évier un carton de la Fondation Gianadda, qu’il recevait parfois des bouteilles de vin de Martigny...
– Je n’ai pas reçu d’appel récemment.
– La Fondation peut-elle décider de déposer pour un temps limité la collection dans l’une de ces institutions, en attendant le musée?
– Bien sûr. Mais on prend tout de même un risque, que la collection y reste. C’est pourquoi je considère l’offre de l’Hermitage intéressante. Le risque est moins grand.
– Qu’attendez-vous du Conseil d’Etat?
– J’espère que le gouvernement a le souci de conserver ce qu’il a toujours considéré comme faisant partie du patrimoine culturel vaudois. Je souhaite que des propositions de prise en charge d’une partie des frais soient faites à tous les donateurs, et notamment à notre fondation. Cela me gênerait de négocier avec Genève. Jean Planque était attaché à son canton, j’estime que nous devons respecter ses vœux et prendre soin du trésor qu’il nous a légué.