Un innocent croupit-il derrière les barreaux depuis trois ans et neuf mois? Ou, au contraire, la justice vaudoise a-t-elle eu raison de condamner un homme qui a tué sa sœur, sa mère, et une amie de celle-ci?
Pour le procureur général, Eric Cottier, la culpabilité de F.?L. ne fait pas un pli. «Je voudrais pouvoir demander trois fois la réclusion à vie», a-t-il dit lors du procès.
L’avocat du détenu, en revanche, le croit innocent. «Mon client a été condamné sur la base d’hypothèses qui relèvent du roman, et non d’une justice soucieuse d’une application rigoureuse de la loi. Le tribunal a gravement violé la présomption d’innocence, qui veut que le doute doit profiter à l’accusé; chaque zone d’ombre imposait l’acquittement!» clame Robert Assaël, son quatrième défenseur.
L’affaire n’est pas close. Condamné à la prison à perpétuité en juin 2008, F.?L. pourrait quitter le pénitencier de Bochuz plus vite que prévu; suite à un témoignage troublant, une révision du procès est à l’étude. La Chambre des révisions civiles et pénales vient d’empoigner le dossier. Et l’avocat de F.?L. tient une deuxième carte en main: un recours a été déposé au Tribunal fédéral.
24?heures s’est procuré ce document de 70 pages rédigé par Alain Dubuis, son troisième défenseur. Il met en avant de nombreuses énigmes, qui n’ont toujours pas été élucidées. Tour d’horizon.
Les 8 gros points d’interrogation
LE TÉMOIGNAGE DE LA BOULANGÈRE
Ancienne employée de boulangerie à Vevey, Jacqueline Albanesi soutient avoir servi Ruth Légeret et sa fille, Marie-José, dans son commerce le 24 décembre 2005
en fin d’après-midi. Or, à cette heure et selon le scénario de la justice, les deux femmes auraient déjà dû être mortes sous les coups de F.?L. depuis cinq heures. Quel crédit apporter aux propos de la boulangère, une ancienne patiente de Marie-José Légeret? La réponse à cette question déterminera si F.?L. sera ou non rejugé.
LA PAIRE DE CISEAUX
L’outil a été retrouvé, bien visible, tout près du corps de Ruth Légeret. Selon les juges, l’octogénaire l’aurait utilisé pour se défendre contre F.?L. et l’aurait même «probablement» blessé au pouce. Les ciseaux n’ont pourtant pas réagi au luminol, produit chimique permettant de détecter des traces de sang. L’ADN de F.?L., en revanche, a été décelé sur les lames. Mais cette découverte a été faite près d’une année après les décès, une première analyse n’ayant rien relevé. Reste, peut-on lire dans le recours, qu’il paraît pour le moins étrange que le condamné, s’il a effectivement été blessé par les ciseaux, les laisse sur place après le drame.
LA CHEMISE DE NUIT DE RUTH LÉGERET
Une autre trace de l’ADN de F.?L., «infime», a été découverte sur le col de la chemise de nuit de la victime. D’après les juges, cette trace aurait été laissée soit pendant l’altercation de F.?L. avec sa mère, soit lorsqu’il aurait cherché à l’étrangler. «Si tel avait été le cas, F.?L. aurait forcément laissé des traces très importantes,
et pas «infimes», plaide l’avocat.
LA TOUFFE DE CHEVEUX ARRACHÉE
Une poignée de cheveux appartenant à Marie-José Légeret a été retrouvée dans la main de sa mère. Une mise en scène de F.?L. pour faire croire à une altercation entre les deux femmes, à la fuite et à la culpabilité de sa sœur? Mais pourquoi ce dernier se serait-il donné ce mal pour «oublier» ensuite la paire de ciseaux dans la maison?
LA TRACE DE MAIN ENSANGLANTÉE
Divers objets ont été déplacés sur les lieux du drame. De quoi supposer l’intervention d’un tiers? Le pull que portait Marina Studer, l’amie dont le corps a été retrouvé sur celui de Ruth Légeret, portait une trace de main droite ensanglantée. Les enquêteurs n’ont pu établir à qui appartenait cette main.
LES MYSTÉRIEUSES EMPREINTES DE PAS
Le tricot blanc de Marina Studer était également souillé par une trace de semelle de type Caterpillar, d’origine inconnue. Et une autre empreinte de pas, de taille 36, a été relevée sur place; son origine est, elle aussi, indéterminée.
LES CHIENS DANS LA MAISON
Deux chiens, enfermés dans la cuisine, ont été retrouvés par les enquêteurs. L’un était mort, l’autre affamé, mais vivant. «Si F.?L. était le coupable, aurait-il laissé délibérément mourir de faim le chien qu’il venait d’offrir à sa mère, lui qui est un amoureux des animaux?» s’interroge sur le site de 24?heures un proche du condamné.
LA DISPARITION DE MARIE-JOSÉ LÉGERET
C’est le plus grand mystère de cette affaire. Le cadavre de la sœur du condamné, médecin, âgée de 56?ans au moment des faits, n’a pas été retrouvé. Aucune trace de violence à son encontre n’a été découverte dans la villa veveysanne ni dans les véhicules susceptibles d’avoir été utilisés par le condamné. Les enquêteurs ont pourtant conduit des recherches de grande ampleur dans la région et au-delà. Des contrôles ont été notamment été effectués dans de gros containers Molok et à l’usine d’incinération de la Satom, à Monthey. Et un témoin certifie l’avoir aperçue sur la Riviera, bien vivante, cinq mois après son décès présumé.