S’ils veulent préserver leur rang dans la cour des appellations d’origine contrôlée (AOC), les vignerons-encaveurs vaudois doivent s’en tenir à l’étiquette. Chaque mot imprimé sur les bouteilles de leur noble breuvage vaut son pesant d’or. La nouvelle réglementation sur les vins vaudois, qui est entrée en vigueur avec la récolte 2009, ne laisse pas de place à la fantaisie quant aux mentions autorisées.
Ce sont ainsi des millions d’étiquettes qui doivent être adaptées pour la mise en bouteilles de ce début d’année. Toutefois, hormis ceux qui détenaient des stocks, les producteurs de vin ne devraient pas voir leurs comptes péjorés par cette opération. Beaucoup en ont profité pour redessiner l’habillage de leurs produits.
Les changements sur les étiquettes, réalisés par des pros ou les producteurs eux-mêmes, consistent surtout en un jeu d’écriture. Il suffit parfois d’une petite astuce graphique. Exemple: «Grand vin de La Côte, Mont-sur-Rolle Appellation d’origine contrôlée» (aujourd’hui interdit) devient «Grand Cru, Mont-sur-Rolle, La Côte Appellation d’origine contrôlée»! Le nom du village est désormais le lieu de production et non plus l’AOC. A noter que, contrairement à Neuchâtel et Valais, cette abréviation n’est pas admise.
Mais gare aux assemblages de noms par trop «sucrés» comme celui choisi par Eric Meylan, vigneron-encaveur du Domaine de la Grande Vigne, qui imprime lui-même ses étiquettes sur un appareil spécialisé. Tandis que sa production est mise en bouteilles ces jours, il inaugure sa nouvelle ligne dessinée par un graphiste. Nous avons découvert que son grand cru 2009 de Chasselas porte la mention «Appellation La Côte d’origine contrôlée».
Voilà une audace qui n’est pas du goût du Service vaudois de la consommation à Epalinges qui n’autorise que les formulations «La Côte Appellation d’origine contrôlée» ou «Appellation d’origine contrôlée La Côte». Mais que l’on se rassure, le «fautif» – pas dénoncé – risque tout au plus une mise en demeure de se conformer à la nouvelle appellation. Il ne sera même pas réprimandé. D’ailleurs, c’est à partir du millésime 2010 qu’aucune exception à la règle ne sera tolérée.
«Plus grand et plus fort»
Eric Meylan ne se plaint pas du nouveau réglement, même si l’AOC est liée à La Côte et plus à Mont-sur-Rolle: «Ça fait un peu passe-partout, mais on communique sur quelque chose de plus grand et de plus fort. Le petit producteur peut profiter de la notion de Grand Cru.»
Chez Roth&Sauter, qui imprime 170 à 200 millions de pièces d’étiquettes par année (1/3 de vin vaudois), on est coutumier de ces nuances. L’entreprise de Denges, qui fournit vignerons et gros encaveurs depuis plus de 120 ans, s’adapte en permanence aux diverses législations. La doctrine du directeur Jean-Michel Borel: «Alléger l’étiquette et créer une contre-étiquette avec les mentions obligatoires.» Celles-ci – nom et adresse du producteur, distributeur, teneur en alcool, contenance, mention «contient des sulfites» – doivent faire partie du même champ visuel. Entre séduction et information alimentaire, l’étiquette est bien l’empreinte d’une époque.
Le règlement
POINTS-CLÉS
Le nouveau règlement sur les vins vaudois définit neuf appellations d’origine contrôlée: cantonale (Vaud ou «… vaudois», d’ensemble (salvagnin et dorin), ainsi que les appellations régionales (La Côte, Lavaux, Chablais, Côtes-de-l’Orbe, Bonvillars et Vully).
On peut mentionner un lieu de production ou une commune. Dans les deux cas, 60% du raisin récolté doit provenir de l’endroit mentionné, 40% de la même région, respectivement du même lieu de production.
La mention Grand Cru signifie que 90% du raisin récolté provient de l’endroit mentionné, avec une teneur naturelle de?+?5° Oechslé par rapport au minima régional.
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