PHÉNOMÈNE

La vidéosurveillance de la voie publique augmente. Et alors?

Par LAURE PINGOUD le 14.12.2009 à 00:06

Les communes recourent de plus en plus aux caméras de surveillance pour lutter contre l’insécurité.

Soyez tranquilles. Pour votre sécurité, ce lieu est placé sous vidéosurveillance. Après les magasins, les parkings, les bancomats ou les trains, les pouvoirs publics ont toujours plus recours aux caméras pour combattre l’insécurité.

TOUT LE MONDE S’Y MET
A Renens, les élus de droite ont annoncé la semaine dernière leur intention de lancer une initiative pour demander des caméras à la gare. Le Conseil communal de Champéry (VS) en a plébiscité lundi dernier. Morges y songe. Yverdon aura bientôt son installation, alors que Moudon, Aigle ou Le Mont-sur-Lausanne ont fait le pas cette année. Après d’autres communes comme Romanel, Bussigny, Lutry ou Blonay. «C’est une évolution naturelle. Face à l’insécurité, les politiciens doivent montrer qu’ils agissent et c’est un moyen très concret de le faire», relève Touradj Ebrahimi, professeur à l’EPFL, spécialiste des technologies de vidéosurveillance.

Dans ces communes, les films saisis par les caméras ne sont visionnés qu’en cas de délits pour rechercher des suspects. Lutry se distingue sur ce point: la police regarde parfois en direct des images prises près de deux écoles.

LA GAUCHE AUSSI
Est-ce donc devenu une évidence? Depuis déjà huit ans, Blonay utilise la vidéosurveillance sur les lieux victimes de déprédations. «Si on les maintient, c’est qu’elles sont utiles», affirme le syndic, Henri Mérinat.

Même les élus de gauche, souvent plus réfractaires, l’envisagent, comme à Morges, qui analyse la question sans tabou. «La ville est sûre, mais il y a un sentiment d’insécurité. Si, au terme de l’étude, il apparaît qu’il faut de l’éclairage ici, une présence policière ailleurs, et des caméras quelque part, je pense qu’on prendra toutes ces mesures», explique la syndique socialiste, Nuria Gorrite.

DES RÉSISTANTS
A Renens, la syndique popiste est plus réticente. Des caméras sont parfois utilisées, en cas de dommages répétés et ponctuellement, pour protéger des biens. Mais Marianne Huguenin combat une utilisation de routine à la gare. «La vidéosurveillance est l’archétype de la fausse solution miracle.» Au-delà des problèmes de protection des données, elle estime que les caméras déplacent le problème ailleurs et contribuent au sentiment d’insécurité.

A Lausanne, le municipal Marc Vuilleumier n’envisage pas de se priver des caméras du M2 sans surveillance humaine, mais juge leur utilisation sur le domaine public problématique. «C’est utile pour protéger des lieux. Mais les citoyens ne réclament pas de caméras; ils veulent plus de présence policière.»

LA POPULATION PLUTÔT FAVORABLE
A Yverdon, la population a accepté une initiative pour des caméras aux abords de la gare, contre l’avis de la majorité des autorités, suivant l’exemple de Saint-Gall et de Schaffhouse. Les caméras déjà installées ne sont par ailleurs pas contestées publiquement. Et si la tolérance était fragile? «Les gens disent qu’ils n’ont rien à cacher. Mais l’invasion sera toujours plus forte. Penseront-ils la même chose lorsque la technologie permettra de les déshabiller à l’écran ou de lire leurs SMS?» remarque Touradj Ebrahimi, qui a développé un outil de cryptage des données pour rendre les images moins intrusives.

LES RISQUES
Solange Ghernaouti-Hélie, professeure à la HEC de l’Université de Lausanne, craint les dérives. «Quand les gens auront compris qu’avec une cagoule on n’est pas reconnu, que fera-t-on? Il faut s’intéresser à la source du malaise plutôt que de donner le pouvoir à n’importe qui de devenir surveillant!» estime cette experte en sécurité informatique.

LES GARDE-FOUS
Pour l’instant, le syndic de Romanel voit mal où se situe l’atteinte à la personnalité. «Le carcan de la législation est très strict.» Vaud fait partie des cantons qui ont mis sur pied une loi, entrée en vigueur fin 2008, pour compléter le droit fédéral. Les communes qui recourent à la vidéosurveillance devront donc faire valider leur installation d’ici à 2011. Et prouver notamment que n’importe qui n’a pas accès aux images et que le dispositif est proportionné. «Le fait de filmer vingt-quatre?heures sur vingt-quatre une cour d’école peut poser problème», indique Christian Raetz, préposé vaudois à la protection des données.

Pour Solange Ghernaouti-Hélie, la loi ne suffira pas à éviter les dérives. «Il suffit de corrompre les gens qui ont accès aux films. La manipulation des images est quelque chose de connu.» Face à une évolution qu’il juge inéluctable, Touradj Ebrahimi milite de son côté pour un renforcement légal et une prise en compte des technologies qui permettent de protéger la vie privée.

Dernières offres

Marché

Technicien IT Junior Elan Computing Suisse ..., Vaud

T24 applications support Elan Computing Suisse ..., Geneve

Network Support Technician Elan Computing Suisse ..., Geneve

Sondage

Quelle serait la durée idéale d'un congé paternité?





SEARCH.ch

Commerce

Sondage

Dix ans après, comment jugez-vous Expo.02?




Bébé

Supplément partenaire

Le monde en images

Sondage

Faut-il abolir la «lex Koller», qui limite la vente des résidences secondaires aux étrangers?




Service clients

Contact
  • Abonnement et renseignements
    Nous contacter lu-ve 7h30-12h / 13h30-17h
    Tél. 0842 824 124, Fax 021 349 31 69
    Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
    Adresse postale:
    Service clients CP 585 - 1001 Lausanne