«Tout ce qu’on demande, Adrien et moi, c’est de pouvoir être des grands-parents comme les autres.» Verena Rey-Bellet ne digère pas la décision qui l’empêche de voir Kevin, son petit-fils. Un orphelin de 6?ans dont le sort a déjà ému toute la Suisse: il est le fils unique de la skieuse Corinne Rey-Bellet, assassinée un soir d’avril 2006 par son mari, aux Crosets.
Ce dimanche, à 10?h, une marche de soutien aura lieu dans la station valaisanne. «Ce sera une manifestation silencieuse», indique l’association romande Porte-Bonheur, organisatrice de l’événement. Cette même association, qui vient en aide aux orphelins de Suisse, avait lancé une pétition, il y a quatre ans, pour que Kevin soit élevé en Valais plutôt qu’en Suisse alémanique, dans la famille de son père décédé. «La situation des grands-parents Rey-Bellet suscite une vive incompréhension dans tout le pays, note l’un de ses responsables. Nous avons reçu énormément de messages de soutien ces dernières semaines.»
«On nous traite comme des criminels»
Kevin vit dans une famille d’accueil de Val-d’Illiez, à quelques kilomètres du lieu de la tragédie, chez une nièce de Verena et Adrien Rey-Bellet. Il grandit avec ses deux petits cousins. «Quand il était à l’école enfantine, il passait deux nuits par semaine chez nous, aux Crosets, raconte la grand-maman. Nous le récupérions à la sortie de la classe, le mardi après-midi, et nous le ramenions le jeudi matin. Tout se passait très bien.» Or, en février 2010, une lettre est venue tout bouleverser. Le tuteur du petit garçon y décrétait que Verena et Adrien Rey-Bellet n’avaient droit à «aucun contact personnel» avec leur petit-fils.
«On ne nous a pas donné la moindre explication!» déplore Verena, 65?ans. En l’absence de son mari, convalescent après une opération, la maman de Corinne Rey-Bellet tape du poing sur la table. «Pourquoi ne nous a-t-on pas convoqués pour parler des éventuels problèmes que Kevin rencontrait? On nous traite comme des criminels, et même pire: eux ont le droit d’être entendus, mais pas nous. On nous a condamnés sans que nous ayons pu nous défendre.»
Le point de vue d’une psychologue a pesé lourd dans le dossier. Kevin la voit régulièrement, à Sion. Selon cette spécialiste, Verena et Adrien auraient eu «une influence négative» sur leur petit-fils, en le choyant comme un «petit prince». Selon un rapport d’expertise, le petit orphelin se montrait «ingérable» lorsqu’il rentrait dans sa famille d’accueil. Des allégations que Verena Rey-Bellet conteste en bloc.
A Val-d’Illiez, la mère de la famille d’accueil ne souhaite faire aucun commentaire. «Kevin a déjà assez souffert, estime-t-elle. Nous ne voulons pas jeter de l’huile sur le feu.» Dans le canton de Saint-Gall, où étaient domiciliés Corinne Rey-Bellet et son mari, le tuteur du garçon se dit tenu par le secret de fonction. Il lâche quelques mots: «Mon souci, c’est le bien-être de Kevin, et il va bien. Mieux qu’avant notre décision.» Apparemment, il réclame beaucoup moins ses grands-parents.
«Et pour cause, intervient Dominique von Planta, l’avocate des époux Rey-Bellet. La thérapeute de Kevin lui a fait comprendre que, s’il luttait pour aller aux Crosets, l’alternative serait de lui trouver une autre famille d’accueil, loin du Valais!»
Une mère «dépassée»
S’appuyant sur des éléments du dossier, la femme de loi livre sa propre analyse de la situation. «La mère de la famille d’accueil a repris le travail après la naissance de son deuxième fils. Elle a vite été dépassée par l’arrivée de Kevin. Elle et son mari n’avaient ni assez de temps ni assez d’amour à lui consacrer. L’appui des grands-parents a donc été très utile. Mais, dans cette famille, l’éducation est bien plus stricte que chez les époux Rey-Bellet, qui se comportent comme n’importe quels grands-parents. La mère ne supportait pas, par exemple, que Kevin attende qu’on l’aide à enfiler sa veste…»
Selon Me von Planta, c’est pour faciliter une intégration «délicate» que l’autorité compétente a voulu couper l’orphelin des influences extérieures. «Kevin a été placé à Val-d’Illiez pour son bien. La famille d’accueil reçoit de l’argent pour l’élever. Aujourd’hui, le tuteur et les thérapeutes en charge du dossier veulent à tout prix défendre cette décision.» L’avocate veut croire que ce placement est la meilleure solution pour Kevin. «Mais il faut que l’on reconnaisse le rôle complémentaire des grands-parents.»
Collaboration: Madeleine Schürch
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