TOURISME

La vallée de Joux se profile en championne du tourisme

Par Hélène Isoz le 23.07.2011 à 00:01

La région a vu ses nuitées grimper en flèche ces dernières années. Une hausse qui s’explique par des actions touristiques ciblées et par le succès du tourisme vert.

Petit Poucet des régions touristiques vaudoises, la vallée de Joux a vu ses nuitées grimper de 16,8% entre 2009 et 2010. Contre 4,7% pour le canton de Vaud. Son secteur parahôtelier a suivi la tendance avec une hausse de 6,7%.

Mondialement connue pour son savoir-faire en matière de montres de luxe, la Vallée a donc de plus en plus la cote, côté tourisme.

Derrière ce succès? Certainement une bonne météo, un nouveau site internet, de la promotion en Suisse et à l’étranger, ainsi que des actions aux valeurs sûres, telle que la carte Valpass. Ce sésame donne droit à la gratuité des transports publics à partir d’une nuit passée dans un camping, chez l’habitant ou dans un hôtel partenaire de l’action. Mais cette hausse confirme une tendance visible depuis plusieurs années. Et s’explique, sans doute, par le travail des acteurs touristiques qui ont su miser sur le bon cheval au bon moment: l’événementiel.

Dirigé par Cédric Paillard depuis 2009, Vallée de Joux Tourisme tourne rond grâce à des subventions communales annuelles de 300?000?francs. Dans ces conditions, impossible d’investir dans de gigantesques campagnes d’affichage ou des spots publicitaires à la TV. «Nous avons donc rapidement misé sur l’organisation d’événements qui s’autofinancent et à large écho populaire», explique Thomas Waser, directeur touristique de 2001 à 2009 et aujourd’hui responsable du Centre sportif de la vallée de Joux. Un exemple? Comptant parmi les plus vieilles manifestations du genre en Suisse, le SlowUp fait graviter, tous les ans, entre 15?000 et 35?000 personnes autour du lac de Joux début juillet. Le Centre sportif accueille aussi les Hockeyades. Et, chaque année, la Fête du vacherin Mont-d’Or attire la foule aux Charbonnières. Au total, une vingtaine d’événements et d’actions diversifiées font parler de la Vallée en Suisse et à l’étranger. L’hiver dernier, le lac gelé et ses multiples stands ont attiré les caméras des chaînes françaises TFI et France 3.

Sans parler des retombées horlogères, rappelle Daniel Leuenberger, propriétaire et gérant depuis dix?ans de l’Hôtel Bellevue (3 étoiles) au Sentier. «Autrefois, faute d’offre adaptée, cette clientèle (Indiens, Chinois, Japonais, etc.) redescendait en plaine en fin de journée. Mais depuis une dizaine d’années, l’infrastructure s’est étoffée, des hôtels se sont rénovés.» Tenu depuis six ans par le célèbre pâtissier-confiseur Philippe Guignard, l’Hôtel des Horlogers offre, par exemple, une cinquantaine de lits dans un établissement quatre étoiles. Cette clientèle d’affaires représente environ 60% des visiteurs de l’Hôtel Bellevue. Les autres 40% sont purement touristiques et compensent la chute des nuitées causée par les vacances horlogères. Des congés qui ne riment désormais plus avec vacances hôtelières à la Vallée, assure Cédric Paillard. De quoi permettre à la région d’abattre son autre carte séduction: celle du tourisme vert.

Un lieu de ressourcement

Perchée à 1000?mètres d’altitude, la vallée de Joux est un havre de paix pour les stressés et un pays de rêve pour les amoureux de nature, toujours plus nombreux. Pour se loger, ils n’ont que l’embarras du choix: tipis, chalets, B & B, appartements de vacances et bien sûr des hôtels toutes catégories. «Des clients restent parfois chez nous plusieurs semaines, voire plusieurs mois uniquement pour se ressourcer, sourit Daniel Leuenberger. Leur séjour peut représenter plusieurs dizaines de milliers de francs.»

Si le Jura et sa nature suscitent effectivement une forte demande depuis quelques années, l’intérêt pour la Vallée est particulier, confirme Charles-André Ramseier, directeur de l’Office du tourisme vaudois jusqu’à ce printemps. A quasi-équidistance d’Yverdon et de Lausanne, cette région, souvent prise d’assaut les jours de stratus en plaine, jouit de sa situation géographique.

Sans oublier sa carte joker: son lac. Rafraîchissant en été et parfois gelé en hiver, ce bassin de 9,5 km2 est la valeur ajoutée de la Vallée. «Pour pouvoir manger et dormir ainsi au bord de l’eau, les Suisses alémaniques paieraient chez eux beaucoup plus cher», remarque Daniel Leuenberger. Ainsi, sur l’ensemble des nuitées combières – composées à presque 90% de réservations suisses, françaises et allemandes –, plus de la moitié proviennent d’outre-Sarine.

Charles-André Ramseier résume en quelques lignes: le succès de la Vallée s’explique par un «développement harmonieux et intelligent de son tourisme. Un vacancier découvrira les vieilles fermes horlogères de la Vallée sur un vélo électrique qu’il aura loué sur place. Il aura ainsi l’impression d’avoir appris quelque chose toute en profitant de la tranquillité et de la beauté naturelle de la région.»

Pas question pourtant pour la Vallée d’avoir les yeux plus gros que le ventre. «Nous n’avons d’ailleurs ni l’envie ni l’infrastructure pour un tourisme de masse, répond Cédric Paillard. Nous souhaitons garder cette image de tourisme familial et vert.»


«Mes cours affichent complet jusqu’à l’automne 2012»

«Le week-end de Pâques de l’année prochaine est plein depuis un an. Et j’ai des réservations jusqu’en automne 2012.» Ouvert depuis trois ans, le Centre d’initiation à l’horlogerie d’Olivier Piguet compte désormais parmi les curiosités de la Vallée.

Chaque année, il accueille quelque 300 «élèves». Des Français, des Allemands ou encore des Asiatiques venus expressément au hameau de Derrière-la-Côte pour apprendre à démonter et à remonter eux-mêmes un mouvement de montre mécanique. Et repartir avec le fruit de leur travail.

Contraint de se reconvertir après une violente attaque à main armée de la bijouterie familiale, Olivier Piguet a décidé de dévoiler les mystères du temps aux passionnés d’horlogerie. Pas derrière une vitrine. Mais devant un établi à l’ancienne qu’il fait revivre dans une ferme horlogère rénovée près du Sentier. Brucelles et tournevis à la main, ces amoureux de la petite mécanique apprennent à remonter le temps, au propre comme au figuré.

Qui sont-ils? «Majoritairement des collectionneurs et des privés curieux de comprendre comment ça fonctionne», résume l’horloger. Mais aussi des commerciaux fraîchement engagés et du personnel d’horlogerie-bijouterie. Cet intérêt ne date pas d’hier. «Lorsque je réglais les montres au magasin, les clients me demandaient souvent de pouvoir voir comment ça marche.»

Des réponses obtenues avec plus ou moins de dextérité. «Certaines personnes sont bouillonnantes. D’autres sont plus agiles. Certaines demandent beaucoup d’attention. C’est pourquoi je préfère limiter le nombre de participants. Du groupe de deux personnes au début, je suis passé à trois participants par jour. Pour faciliter les échanges et aussi raccourcir la liste d’attente.»

La vallée de Joux championne du tourisme, au détriment des travailleurs suisses.

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