Il y a quatre?ans , il aurait fallu à Olivier Michielin une semaine de calcul pour comprendre le comportement d’une protéine plongée dans l’eau. «Sans compter six mois de délai pour que le superordinateur utilisé alors soit disponible», précise l’ingénieur physicien à l’EPFL également oncologue au CHUV. Désormais, une petite heure suffira. La différence s’appelle Blue Gene/P. «Ce supercalculateur, descendant de Blue Gene/L, qui était plus de deux fois moins puissant, est la clé de voûte du Centre lémanique de calcul à haute performance (CADMOS), l ancé conjointement en août dernier par l’EPFL et les Universités de Lausanne et de Genève», rappelle Alfio Quarteroni, directeur de CADMOS et chef de la chaire de modélisation et de calcul scientifique de l’EPFL. Les scientifiques des trois institutions qui verront leurs projets retenus pourront s’y connecter à distance.
Des chiffres étourdissants
Depuis quelques semaines, le supercalculateur turbine à plein régime dans une salle du bâtiment Mathématiques de l’EPFL. Physiquement, la machine conçue et vendue en leasing par IBM – à des conditions financières si favorables que l’EPFL n’a pas le droit de les révéler publiquement – ressemble à un gros monolithe noir couché d’environ 12?m³. Elle est refroidie en partie avec de l’eau puisée dans le Léman et se compose de 16?000 microprocesseurs. Lesquels lui permettent notamment d’avoir une mémoire vive équivalente à celle de 8000?PC. Blue Gene/P est ainsi capable de réaliser 56?x?10 12 opérations mathématiques par seconde, soit le chiffre 56 suivi de douze zéros. Puis de stocker les résultats dans sa mémoire d’une capacité de 1200?terabytes, soit l’équivalent du contenu d’un milliard de livres.
«CADMOS va ancrer définitivement Lausanne et tout le pôle high-tech de l’arc lémanique dans cette troisième manière de faire de la science qu’est la simulation-modélisation, quelque part entre la théorie et l’expérimentation», précise Philippe Moreillon, vice-recteur de l’UNIL. L’époque où des chercheurs mal fagotés gravaient d’interminables calculs à la craie sur un tableau noir avant de revêtir leur blouse pour tenter de les confirmer par l’expérience au labo (ou l’inverse) est-elle définitivement révolue? Il semblerait bien! «Aujourd’hui, les simulations rendues possibles par des supercalculateurs tels Blue Gene/P permettent de faire sur ordinateur des expériences virtuelles aussi importantes que compliquées et impossibles à mettre en œuvre dans le monde réel», se réjouit Olivier Michielin .
Retombées quasi infinies
Et les retombées pratiques sont légion. Exemple? Tester de nouvelles molécules susceptibles d’inhiber un cancer, étudier les flux sanguins et ainsi savoir prédire un infarctus, comprendre les glissements de terrain ou les tremblements de terre et les prévenir, ou même faire des simulations financières poussées… La liste n’est pas exhaustive. «La linguistique, la climatologie ou les sciences sociales en profiteront également car chaque phénomène ou presque est descriptible mathématiquement et donc modélisable sur Blue Gene/P», s’enthousiasme Giorgio Margaritondo, vice-président pour les affaires académiques de l’EPFL.
Les progrès de l’électronique permettent, via Blue Gene/P et ses semblables, des simulations inenvisageables hier et qui, peut-être, feront sourire après-demain. «L’alunissage d’Apollo en 1969 avait demandé une puissance de calcul équivalente à celle d’un téléphone portable. Mais, d’un autre côté, d’ici à cinq ou six?ans, Blue Gene/P sera probablement une bonne machine, sans plus, prédit Olivier Michielin. Les puissances de calcul des superordinateurs doublent tous les dix-huit?mois.»
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