Une multinationale canadienne alliée avec le plus grand syndicat suisse pour répondre à un appel d’offres! La plus grande commande de trains de l’histoire des CFF vient de provoquer cette première, de mémoire de syndicalistes. Dans l’espoir de vendre au moins 59?trains révolutionnaires à deux étages, pour un montant d’environ 2 milliards de francs, Bombardier n’a pas hésité à ouvrir son dossier d’appel d’offres à Unia.
Le plus vaudois des géants québécois espère ainsi doubler le nombre d’employés de son site de production de Villeneuve, tout en s’offrant un contrat prestigieux. Difficile cependant de savoir quel poids pèseront les critères sociaux dans la décision des CFF, attendue pour la semaine prochaine. Mais le favori, Bombardier, s’est tout de même offert un bel atout en cas d’égalité sur le plan technique face à ses deux concurrents, l’allemand Siemens et le suisse Stadler.
Pour le responsable vaudois du secteur industrie d’Unia, Yves Defferrard, l’entreprise basée à Montréal, qui emploie 900?personnes en Suisse, a clairement le meilleur dossier d’un point de vue social. «Unia roule pour Bombardier sans aucun scrupule. Nous l’aurions fait pour un de ses concurrents, si les conditions de travail avaient été meilleures.» Ce sont d’ailleurs les employés des anciens Ateliers mécaniques de Vevey, rachetés en 1998 par le canadien, qui sont venus frapper à la porte du syndicat.
Sous-traitants à la loupe
Unia n’a cependant pas tout de suite joué le jeu. «Avant de nous engager, nous avons demandé à Bombardier une totale transparence et un certain nombre de garanties, explique Yves Defferrard. Par exemple, notre principal problème à Villeneuve, le recours à trop de temporaires, est en voie de résolution.» Surtout, à sa grande surprise, le secrétaire syndical a eu son mot à dire sur l’ensemble des sous-traitants prévus dans le dossier. «Nous avons d’excellentes relations avec nos partenaires sociaux, résume Joanne Bourgeois, responsable commerciale de Bombardier Suisse. Nous avons saisi cette opportunité pour mettre en avant cet aspect en préparant notre dossier.»
Deux cents emplois
Même si seules les rames seront assemblées à Villeneuve, Bombardier promet l’engagement de 200?personnes, doublant quasiment son effectif en terre vaudoise. «Un syndicat doit savoir aussi se battre pour permettre la création d’emplois, pas seulement contre des licenciements», affirme Yves Defferrard. En cas d’échec de Bombardier, le syndicaliste craint également pour l’avenir à long terme du site de Villeneuve.
Si une victoire surprise de Stadler ne provoquerait pas trop de remous, Unia n’a surtout pas envie de voir Siemens l’emporter. «Je prédis une levée de boucliers si les CFF font ce choix», menace Yves Defferrard. Non seulement l’allemand n’a aucune usine ferroviaire en Suisse, mais il est la bête noire des syndicats.
«Un enjeu stratégique» pour le canton
Outre celui d’un syndicat, la candidature de Bombardier a reçu le soutien du Conseil d’Etat, notamment celui de Jean-Claude Mermoud, et de plusieurs parlementaires fédéraux vaudois à Berne. «Ce contrat représente un enjeu stratégique non seulement pour le Chablais, mais pour l’ensemble du canton», résume Roger Piccand, chef du Service de l’emploi. Dans un secteur industriel en pleine perte de vitesse, les 200 emplois promis par Bombardier, 400 avec les sous-traitants, représenteraient une bouffée d’oxygène. Surtout, l’assemblage des rames révolutionnaires à deux étages dans un site de Villeneuve agrandi signifierait la naissance d’un pôle ferroviaire de haute technologie en terre vaudoise.
Autre espoir mis en avant par Unia, la reprise par Bombardier d’ouvriers victimes des plans de licenciements économiques de l’année dernière, et notamment ceux de Bobst. Un accord d’échange d’employés existe déjà entre les deux entreprises.
Les trains en bref
DEUX MILLIARDS
Le prix estimé des 59 premières rames, le plus gros achat de l’histoire des CFF. Avec une option pour une centaine de compositions supplémentaires, ce marché grimpe à 5 milliards de francs.
BERNE à 56?MINUTES
Si les CFF cassent leur tirelire, c’est avant tout pour tenir une promesse de Rail 2000 faite aux Romands: mettre la capitale fédérale à moins d’une heure de Lausanne. Cette diminution du temps de parcours de 10?minutes est prévue pour 2018, renforçant ainsi le rôle du nœud ferroviaire vaudois.
REVOLUTIONNAIRES
Les futurs trains des CFF seront une première mondiale. A deux étages, ils doivent rouler plus vite dans les courbes. Seul à communiquer sur ses choix techniques, Bombardier propose des rames automotrices (sans locomotive) avec compensation du roulis, ou force centrifuge, dans les virages, sans être vraiment pendulaires. Petit plus: un système diminuant l’usure des rails.
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