Quel est le point commun entre le guet de la cathédrale de Lausanne, les championnats de brouc du Pays-d’Enhaut, les voiles latines du Léman et la Tchète de Vaulion? Tous sont de précieux représentants du patrimoine culturel immatériel vaudois. Ces traditions vivantes se transmettent d’une génération à l’autre et contribuent à l’unité du canton.
La Suisse se donne jusqu’à 2012 pour adresser une liste nationale de ses traditions les plus caractéristiques à l’Unesco, qui les inclura peut-être dans un registre mondial. Ainsi, comme le fado portugais ou les fêtes des morts mexicaines, les découpages du Pays-d’Enhaut pourraient bientôt être inscrits au patrimoine mondial de la culture immatérielle.
Dans le canton de Vaud, la chasse au trésor est assurée par le Service des affaires culturelles (Serac). Une vaste enquête de terrain qui s’articulera en deux temps: d’abord, répertorier, puis, au besoin, prendre des mesures de sauvegarde. «Nous dévoilerons tous les détails du processus de récolte le 14 septembre», explique Brigitte Waridel, directrice du Serac. Elle se dit «passionnée par ce défi incroyable», mais avoue n’avoir encore aucune idée des résultats de la démarche.
Les éléments à recenser se classent dans cinq catégories: les traditions orales, les arts de la scène et du spectacle, les pratiques sociales (coutumes, rituels et fêtes), les savoirs et pratiques en lien avec la nature, et, enfin, les techniques artisanales.
Quelles retombées le canton de Vaud peut-il espérer de l’inscription de l’une ou l’autre de ses traditions sur la liste de l’Unesco? Impossible à évaluer, considère Brigitte Waridel. D’autant que l’Unesco insiste sur le fait que sa démarche «ne se veut pas un levier pour faire d’une tradition un enjeu touristique», rappelle Diego Gradis, vice-président de la Commission suisse pour l’Unesco. Il fait référence à la fréquente récupération par le tourisme des sites inscrits au patrimoine mondial, à l’instar du vignoble de Lavaux en 2007. Pas plus qu’une incitation à l’exploitation d’une tradition pour lui «garantir une rentabilité», ajoute le spécialiste.
Projet de loi
Et si l’organisation mondiale ne devait rien trouver digne de son prestigieux inventaire? «Ce ne serait pas grave», assure la directrice du Service culturel. Selon elle, ce travail conserve son intérêt dans la perspective où il colle parfaitement au projet, en cours, de loi vaudoise sur le patrimoine mobilier et immatériel. «Cette notion d’immatériel est nouvelle, donc il est important de définir exactement à quoi elle correspond», ajoute Brigitte Waridel. «Sans compter que, Unesco ou non, le canton de Vaud saisira peut-être l’occasion de mieux mettre en valeur certaines de ces traditions pour leur éviter l’oubli.»
ARTS DU SPECTACLE
Fête des VigneronsSi le canton de Vaud ne pouvait proposer qu’une tradition vivante à l’inventaire du patrimoine immatériel de l’Unesco, ce serait ce grand hommage au monde viticole qui revient une fois par génération depuis 1797. La Fête des Vignerons mêle théâtre, chant, histoire ou évocations païennes, alors que la Confrérie qui orchestre ce rassemblement continue à encourager et à promouvoir la perfection dans la culture de la vigne.
RITUELS
Tumulus de Payerne:

Depuis plus d’un siècle, les Tumulus sortent leur chapeau pointu chaque année le 3 janvier et le lundi des Brandons, distribuant des friandises aux enfants.
ARTISANAT
Découpages du Pays-d’Enhaut:
L’une des expressions les plus fines du savoir-faire traditionnel vaudois, l’art du découpage repose sur le talent et la patience d’orfèvres des ciseaux.
TRADITIONS ORALES
Messager boiteux:
Le célèbre unijambiste incarne toute une tradition de récits et d’anecdotes régionaux, colportés et consignées dans l’almanach éponyme,depuis 1708.
SAVOIRS SUR LA NATURE
Bois de résonance du Risoux:
A la vallée de Joux, dénicher le bois digne d’être utilisé en lutherie relève d’une technique, d’un art quasi mystique. Rares sont ceux qui savent écouter les troncs.
Faites connaître votre tradition!
APPEL
La sauvegarde du patrimoine immatériel vaudois a besoin de vous. Si vous habitez le canton de Vaud et détenez l’un de ces savoirs ou traditions, à vous de le faire connaître pour tenter de l’inscrire sur la future liste nationale de l’Unesco. Comment? En rédigeant un bref descriptif argumenté – de quoi s’agit-il? Qui le pratique? Où? Depuis quand? Etc. – et en l’envoyant au Service des affaires culturelles, qui se charge du recensement. N’oubliez pas de joindre les coordonnées complètes d’une personne de référence. Seules les propositions parvenues d’ici au 1er janvier 2011 pourront être prises en compte.
Contact: Service des affaires culturelles de l’Etat de Vaud, rue du Grand-Pré 5, 1014 Lausanne. E-mail: info.serac@vd.ch. Tél. 021?316?07?40.