Le tracteur d’André Hofer gravit péniblement la petite côte sur les hauts de Moudon. Sur sa remorque, une citerne contenant 2000?litres d’eau potable, qu’il vient de remplir à la fontaine d’une ferme voisine. Ce trajet, il l’a effectué occasionnellement depuis le mois d’avril. Mais depuis août, c’est tous les jours qu’il l’emprunte, parfois matin et soir. Les deux sources qui alimentent son domaine sont quasi taries.
«Là, c’est bien joli, il fait beau et pas trop froid. Mais quand la route sera enneigée ou si l’eau gèle, je ne sais pas comment on fera.»
Le tracteur rejoint la ferme familiale au sommet de la côte. Un décor de carte postale avec vue sur les Préalpes fribourgeoises et les Dents-du-Midi. Un paradis terrestre, au détail près, qu’il n’est relié à aucun réseau d’eau potable. «On a appris à composer avec les variations de débit de nos sources. Mais là, avec seulement deux litres d’eau par minute, ce n’est plus possible. Il nous en faudrait au minimum le double.» Par le passé, André Hofer et son frère Jean ont développé l’exploitation pour qu’elle survive. Ils élèvent aujourd’hui une quarantaine de bovins (vaches et jeune bétail), ainsi que deux cents cochons. Chaque jour, la consommation du domaine approche les 7000?litres.
«L’évolution technologique nous aide, mais augmente aussi la consommation: avant, il nous fallait 5 ou 6?litres d’eau pour laver le pot trayeur. Maintenant, l’installation de traite se lave toute seule, mais la consommation est plus importante.» Dehors, quelques génisses profitent encore de cette drôle d’arrière-saison. «Elles mangent de l’herbe fraîche, mouillée par la rosée, mais quand on les rentrera pour l’hiver et qu’elles seront nourries avec du foin, il faudra encore plus d’eau.»
Un tiers de précipitations
Pause-café dans la cuisine boisée, avec toujours ce paysage campagnard semblant sorti d’un tableau. André Hofer dépose sur la table les statistiques pluviométriques qu’il vient de demander à la station de Grange-Verney. «Quand j’étais gamin, il pleuvait 2000?mm par an. Puis il y a eu une longue période autour de 1200?mm. Les deux dernières années tournaient autour de 800 et cette année on arrivera difficilement à 600. Il faudra trouver des solutions», lâche-t-il comme une évidence, sans plainte ni colère.
La solution, c’est bien évidemment de relier la ferme au réseau. Mais aussi de chercher de nouvelles sources dans les environs. «En attendant, on économise ce qu’on peut: sous la douche, on se contente de se mouiller puis de se rincer. On ferme les robinets pendant qu’on se lave les dents.» Des comportements habituels il n’y a pas si longtemps, mais que le confort moderne a fait oublier.
Fin de l’après-midi, l’agriculteur descend pour la seconde fois de la journée chez son voisin. Le point d’eau n’est distant que de 1 km, mais le trajet aller-retour, ajouté au temps de remplissage de la citerne, prend à chaque fois une bonne demi-heure. En chemin, il fait remarquer les jeunes pousses de blé qui se disputent le peu d’eau du sol avec les racines des arbres de la forêt voisine. «Cette année a été paradoxale: les récoltes ont été excellentes, car il a plu chaque fois qu’il fallait. Mais il n’a jamais plu assez pour reconstituer les réserves.»
Arrivé à destination, notre agriculteur branche son tuyau sur la fontaine pour remplir sa citerne sur la remorque. Son voisin vient le saluer. Il connaît aussi des difficultés. «Notre habitation, qui est située à quelques centaines de mètres de notre domaine, a été construite en 1938. Elle a aussi sa source, qui ne s’était jamais tarie, explique Jean Habegger. Là, il n’y a plus une goutte depuis trois mois. Heureusement qu’on l’a raccordée au réseau cet été. Même si maintenant on doit payer l’eau», s’amuse-t-il pour faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Une fois la citerne remplie, André Hofer remonte dans son tracteur pour gravir encore une fois la petite côte. «Il nous faut vraiment de la pluie et, surtout, avant que le sol gèle. Si on n’arrive pas à reconstituer les réserves cet hiver, ce sera terrible.»
«Cette pluie, c’est un miracle»
«Ce week-end restera humide et gris, mais il ne faut pas se plaindre: plusieurs jours de suite avec de la pluie, cela tient presque du miracle!» Selon Frédéric Glassey, prévisionniste chez MeteoNews, les précipitations attendues jusqu’à lundi – quelques millimètres entre samedi en fin de journée et dimanche matin, puis des chutes d’eau plus soutenues entre dimanche soir et lundi après-midi – ne suffiront pas à résorber la pénurie. En montagne, la limite des chutes de neige est fixée à 1200-1400?m.
«30 à 40?mm d’eau sont attendus, mais après une si longue période de sécheresse — avec pas une seule goutte tombée par exemple à l’est du canton depuis fin octobre — il faudra plus que trois jours pour normaliser la situation phréatique. Espérons que l’hiver sera humide, sinon le problème de la sécheresse sera pareil au printemps.» G.CO.
Les sources tirent la langue
Souvent considérée comme le «château d’eau de l’Europe», la Suisse ne cesse de voir s’évaporer ses réserves d’or bleu depuis la sécheresse de 2003. Le déficit de précipitations de 2011 aggrave la situation. A Payerne, par exemple, la production des deux sources principales a diminué de 18% pour l’une et de 27% pour l’autre par rapport à l’an dernier. Pour compenser, il a fallu augmenter les pompages dans la nappe phréatique, celle-ci a baissé d’une vingtaine de centimètres.
Dans les stations de ski, qui verront leur population exploser durant les Fêtes, la sécheresse inquiète aussi. A Gryon, la population peut passer de 1200 habitants à l’année à 6000 touristes et résidents secondaires, provoquant des pics de consommation. «Actuellement, les sources sont au plus bas», explique Michel Ravy, municipal en charge des Eaux.
Un forage, réalisé l’année dernière, permet d’apporter un complément. «Nous allons surveiller ça de très près.» A Leysin, la situation est différente. «Entre le moment des précipitations et l’effet sur le niveau de la majorité de nos sources, il se passe trois mois, indique le municipal des Eaux, Richard Calderini. Pour le moment, elles sont à un niveau correct, environ 70% de leur total. En revanche, le manque de précipitations et la consommation accrue de décembre et de janvier pourraient poser problème au mois de mars.» Des restrictions pourraient alors être mises en place.
La situation est-elle sérieuse? «Il faut relativiser, répond Philippe Hohl, directeur de la Division d’économie hydraulique du canton. Il y a certes des phénomènes locaux critiques. Mais on est loin d’une situation catastrophique. Le canton dispose de suffisamment de ressources. Le déficit hydrique que nous vivons nous rappelle surtout que l’eau demeure une ressource précieuse. On ne la gaspille pas. Pas plus que l’on ne gaspille les ressources énergétiques.» Les statistiques précises – et à jour – sur l’origine de l’eau circulant dans les réseaux vaudois sont rares. L’une d’elles estime que 55% de l’eau provient des sources, 35% des lacs et le solde des puits et nappes phréatiques. C.A./C.M.
on sait par expérience que certaines sources ou ruisseaux sont détournés ou condamnés pour cause de construsction.On l'a vu dans notre quartier des batiments en cours de constructions travaux stopés par trop d'eaux à éliminer ,si l'on sait les constructions sauvages faites ces 30 dernières années c'est peut être aussi pour cele que l'eau manque à certains endroits mais peut-être est-elle détournée ailleurs,l'eau ne se laissant jamais emprisonner
Combien d'eau gaspillée au quotidien pour les canons à neige, dans des endroits où Monsieur Hofer n'aura jamais les moyens d'aller, étonnant que l'on en parle pas dans le commentaire sur les stations de ski en manque d'eau potable?
les canons à neige c'est un scandale. Lorsque l'eau sera devenue bien plus rare encore on y repensera à ces canons à neige ...
Il est temps que les stations de montagne se convertissent à d'autres loisirs puisque la température va augmenter, selon les projections, d'environ 2 degrés jusqu'à la fin de ce siècle. Mais déjà on voit que les choses vont plus vite.
combien d'agriculteurs en France font appel a des sourciers pour justemnt trouver d'autres sources sur leurs terrains,cependant tout le monde parle gaspillage mais au vu du nombre de piscines qu'elles soient privées ou pas et des nombreux aquaparcs. par moment on peut se demander combien on est payé pour être les dindons de la farce
Les canons à neige sont discutables du point de vue de la consommation électrique nécessaire pour les faire fonctionner (l'électricité sert à refroidir l'eau pour la transformer en neige et à actionner un ventilateur histoire de diffuser tout ça). En revanche, concernant l'eau qu'ils consomment, je ne vois pas vraiment où est le problème : l'eau utilisée se transforme en neige, qui fondra au printemps pour rejoindre les ruisseaux, les lacs de montagne ou les nappes phréatiques... Il n'y a aucune perte, c'est simplement temporaire. Il ny 'a pas de problème non plus d'autant plus que les stations fnt très attention à leur prélèvement d'eau et prennent garde à ne pas mettre en danger l'écosystème des lacs de montagne par exemple. Ils respectent aussi les débits résiduels...
"rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme"
@ Max3005 ne pas oublier que l'eau est poluée par le fart badigeonné sous les skis pour aller plus vite... et autres déchets laissés par les skieurs. Cette eau n'ira pas en entier dans le sol, elle sera évaporée par la chaleur, tranformée en nuage. Sur la quantité elle est minime.C'est une année de sécheresse dont personne ne parle. Alors pour une fois pensons à notre panier de légumes, aux paysans,aux animaux. Les skieurs peuvent une fois changer de sport...
En 2011 on peut ne pas avoir droit à l'eau du robinet dans le canton de Vaud? C'est tout simplement incroyable.
De même les portables ne portent pas partout.
Et non, l'eau du robinet n'est pas un droit, l’électricité non plus et comme on a pu le lire il y a quelques jours, l'accès à internet non plus.
il serait temps d'expliquer aux gens qu'économiser l'eau ne sert à rien les turbines continuant de tourner au même rythme,on parle d'utilisation courante et non gaspillage,mais à tellement faire peur inutilement on en arrive à des situations abracadabrante ,de style couper l'eau du collectif dans une copropriété afin de laisser les plus âgés devoir faire des installations privées pour arroser leur gazon,faut reconnaitre que nos anciens avaient un art de vivre et surtout le respect des personnes âgées sans doute perdus à jamais
Eh bien vous en avez des soucis , un bol d'air sur les belles pistes de skis vous ferait un grand bien ....