COLOMBIER

Leur terre vaut de l’or, ils risquent de la perdre

Par JEAN-MARC CORSET le 19.02.2010 à 00:04

Irréconciliables depuis 30?ans, deux frères paysans, qui vivent sous le même toit, risquent de se retrouver sur la paille alors que leur terrain a beaucoup de valeur pour les bâtisseurs de villas.

Dans certaines familles, on ne parvient jamais à laver son linge sale. C’est l’histoire de deux frères paysans à Colombier-sur-Morges, qui vivent avec leurs proches sous le même toit, et restent irréconciliables depuis près de 30?ans. Seulement, aujourd’hui, une vente aux enchères forcée – convoquée mercredi prochain à Morges – risque de les priver de leur bien et de les jeter sur la paille. Jean-Louis et Gilbert Chauvet, âgés de 68 et 67?ans, qui utilisent chaque jour le même couloir de la ferme construite en 1856 par leur arrière-grand-père, ne se parlent plus depuis des lustres. Des bringues d’argent, quoi d’autre?

Il n’empêche: après avoir investi des sommes importantes, empruntées à la BCV, pour agrandir l’exploitation, ils se disputent sur la trésorerie. Pris l’un et l’autre dans un engrenage de procédures coûteuses, ajoutées à la crise de l’agriculture, ils ne remboursent plus leurs dettes.

La banque finit par perdre patience et met les deux propriétaires en poursuite, les menaçant d’une vente forcée. Il y a trois ans pourtant, Gilbert, qui exploite sa partie du domaine avec sa fille Dominique, parvient à effectuer un remboursement de 260?000?francs sur la dette.

Ils se sont en effet beaucoup investis pour intensifier la production en se lançant dans les cultures maraîchères et fruitières de meilleur rendement. Mieux que l’engraissement de 30?à 40 taureaux par an ou les grandes cultures. Le marché paysan et la vente directe des Jardins du Flon leur offrent, un débouché intéressant.

L’exploitation étant viable, Gilbert Chauvet et sa fille veulent partager le domaine afin de se délier du frère. Ils trouvent même le financement pour racheter l’hypothèque de la banque. Seulement celle-ci exige un consentement des deux propriétaires. Or l’aîné, réclamant son dû, fait recours contre la décision du Tribunal cantonal d’attribuer le domaine à Gilbert.

La BCV n’ayant pas sursis à la vente forcée de la parcelle 252 – 38?017?m2 avec la ferme - la mise aux enchères est agendée. Mais un nouveau rebondissement dans cette triste histoire tombait le 14 décembre dernier: le tribunal rejetait le recours de Jean-Louis Chauvet, à qui il ne reste plus que le Tribunal fédéral pour empêcher l’attribution à son frère de sa part du domaine.

Remboursement possible
«Il a fallu 16?ans, relève ce dernier, pour obtenir gain de cause. Nous pouvons devenir propriétaires à condition de rembourser nos dettes. Ce que nous pouvons faire maintenant, puisqu’une banque s’est engagée à nous accorder un prêt.» Tout le malheur de cette famille ayant toujours vécu de sa terre, c’est que le compte à rebours, d’ici au 24 février, à 14?h?00, est très avancé. La mesure bat beaucoup plus vite que dans les tribunaux. Or, c’est seulement la publication des considérants dans le rejet du recours qui officialisera la victoire de Gilbert. Si la BCV ne stoppe pas cette mécanique, lui et sa famille devront dire adieu à la ferme des ancêtres. Pourquoi, se demandent-ils avec leurs partisans, ne leur accorde-t-on pas un délai salvateur? La mort dans l’âme, car leurs chances sont infimes, ils se présenteront à la vente: «Nous avons fait des erreurs. Mais si nous nous sommes tant battus, ce n’est pas pour lâcher notre outil de travail.»

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