A la déchetterie de Payerne, c’est la stupéfaction. Depuis août, plus question de trier les emballages alimentaires, les sacs ou les bouteilles d’huile: «On ne trie plus le plastique, sauf le PET! Tout le reste doit aller aux ordures ménagères», annonce le responsable de la déchetterie, Alexandre Zurkinden, aux citoyens interloqués.
Renvoyés avec leurs déchets indésirables, beaucoup s’inquiètent du surcoût lié à la taxe au sac: dans un ménage, le plastique représente les 15% des ordures. Mais la pilule est aussi dure à avaler pour ceux qui croyaient faire un geste écolo, et comprennent mal ce retour au «tout au sac-poubelle».
Le tri était une illusion
Pourtant, depuis deux ans, le tri du plastique ne servait déjà plus à rien. Expédié à l’usine de la SAIDEF, à Posieux (FR), le plastique est brûlé avec les ordures ménagères. La raison? Trouver une entreprise qui recycle ce matériau est mission impossible depuis 2008. «La seule entreprise du pays qui le recyclait, Swisspolymera, à Payerne, a fait faillite. Depuis, nous avons cherché un autre débouché, sans succès», déplore Gérald Etter, municipal responsable de la voirie à Payerne.
Car recycler le plastique autre que le PET est un casse-tête. Le procédé est compliqué et peu rentable. Fabriquer du neuf coûte moins cher que le recycler, malgré la hausse du prix du pétrole. «De plus, tous les types de plastiques ne peuvent pas être recyclés. Il faudrait retrier à la main tout le contenu de la benne», indique le responsable de la déchetterie de Payerne.
En faisant machine arrière dans le tri des déchets, Payerne est pourtant loin d’être un cas isolé. Elle suit le mouvement amorcé dans d’autres villes pionnières en matière de tri, sur le conseil de l’Office fédéral de l’environnement lui-même. «Faute de débouché, nous préconisons aux communes de revenir à l’incinération» confirme l’OFEV.
Reste que brûler du plastique, ce n’est pas très populaire auprès d’un public helvétique qui trie 80% de ses bouteilles en PET. Résultat, certaines communes continuent à jouer la carte écolo, même si le tri est inutile. Ainsi, à Avenches, la fameuse benne à plastique trône toujours à la déchetterie. Son contenu sera pourtant brûlé. «Expliquer aux gens de ne plus trier certains déchets, c’est difficile et ça ne donne pas une bonne image», estime Gilles Doleyres, municipal à Avenches. La commune espère qu’une autre solution sera trouvée dans le futur. Le salut pourrait venir d’une table ronde à l’échelle nationale.
«Depuis 2009, nous discutons avec les cantons, l’Association suisse des matières plastiques, des ingénieurs, et différentes entreprises et associations pour chercher des débouchés», assure Michel Monteil, chef de la section valorisation et traitement des déchets à l’OFEV.
Le casse-tête des usines d’incinération
Brûlé dans les usines d’incinération, le plastique est considéré comme un excellent combustible. «A tel point que les usines s’inquiétaient quand on a commencé à le recycler, de peur de ne plus en avoir assez», assure le responsable de la déchetterie de Payerne. Mais trop de plastique peut aussi poser problème, car il produit une forte chaleur en brûlant. «Plus il y a de plastique avec les déchets, plus la température des fours augmente. Et ils ne sont pas prévus pour supporter des chaleurs extrêmes», indique Claude-François Brülhart, contrôleur des déchets à la SAIDEF, l’usine d’incinération de Posieux qui traite les ordures broyardes et fribourgeoises.
Pour faire baisser la température, le plastique est donc mélangé à d’autres déchets, dont il avait été séparé avec soin par le consommateur. Car pour les usines, le tri assidu n’est pas une bonne nouvelle. «Les matériaux les plus utiles pour faire baisser la température dans le four sont les déchets de type compostables, humides, qui brûlent mal. Et les gens les mettent de moins en moins avec les ordures, ce qui ne nous facilite pas la tâche», souligne Claude-François Brülhart.