La vérité judiciaire dans l’affaire de l’ex-cadre de la Radio suisse romande (RSR), reconnu coupable le mois dernier de téléchargement d’une douzaine d’images à caractère pédophile, sera confirmée ou infirmée par la Cour de cassation. Ce n’est pas tant la peine, plutôt légère ici, de 10?jours-amendes avec sursis, que la respectabilité de cet homme clamant son innocence qui est en jeu. A tort ou à raison, la justice n’a pas jugé crédibles les «alibis» censés indiquer l’intervention d’une tierce personne. Et pourtant…
Une récente enquête de l’agence Associated Press (AP), menée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, apporte de l’eau au moulin des accusés affirmant être étrangers à la présence dans leur ordinateur de fichiers litigieux. Dans plusieurs cas, la justice a cessé de poursuivre des personnes piégées soit par des individus malintentionnés, soit à cause de leur imprudence. L’examen approfondi de leur ordinateur a permis de les disculper. Par ailleurs, l’enquête d’AP mentionne la découverte d’un virus à l’origine de la présence des fichiers répréhensibles sur les PC d’honnêtes citoyens. De fait, ces petits programmes malfaisants, de type «cheval de Troie», permettaient à des pédophiles de prendre à distance le contrôle d’ordinateurs pour y télécharger et y déverser leurs fichiers afin de les consulter sans jamais les détenir vraiment. Réalité ou légende urbaine?
Spécialiste à la Sûreté vaudoise de la traque aux pédophiles, membre du groupe d’experts d’Interpol, Arnold Poot n’a pas connaissance de situations similaires. Pour autant, le policier rappelle que, avec internet, tout est faisable. Il admet que «télécharger des fichiers pédophiles à son insu est hélas possible». Comment? «Par exemple, en utilisant certains logiciels anciens, de type peer-to-peer, ou lorsqu’on acquiert toute une série d’images ou de vidéos à caractère sexuel, mais ne tombant pas sous le coup de la loi, car de tels flux englobent généralement entre 5 et 10% de pédophilie.»
Comment faire la part des choses entre une vidéo immonde téléchargée volontairement et la même arrivée par inadvertance parce qu’elle porte le titre d’un film fraîchement débarqué sur le net? «L’image n’est qu’un élément de preuve, précise l’inspecteur Poot. Si nous n’avions que cela pour poursuivre quelqu’un en justice nous n’irions pas très loin. C’est à nous de démontrer que le suspect est à l’origine du téléchargement. De plus, nous nous basons sur le comportement de l’individu, et l’examen de son ordinateur est généralement très révélateur de ses centres d’intérêt.»
En matière de sévérité, le Code pénal suisse fait la distinction entre le visionnement et la détention de fichiers pédophiles. Ce n’est pas le cas, par exemple, en Allemagne.
Concrètement, un seul fichier déniché dans la poubelle de l’ordinateur risque de déboucher sur une condamnation outre-Rhin, mais pas ici.
Arnold Poot n’est pas un expert en informatique. Il se définit comme un enquêteur. «Notre finalité, ce n’est pas la chasse aux mateurs de pédophilie sur internet mais, par ce biais, le repérage des personnes susceptibles d’un passage à l’acte. Ceux que nous pourchassons avant tout, ce sont les abuseurs d’enfants qui sont derrière la production de ces images.» C’est ainsi que la police vaudoise a récemment initié une vaste opération qui a conduit au démantèlement d’un réseau de pédophiles en Espagne. «Nous avions identifié un indice sur la photo d’un bébé maltraité. De fil en aiguille, nos collègues espagnols ont pu identifier l’auteur.»
Pour éviter d’être pris au piège
LE RÉSEAU
La meilleure manière de se prémunir contre les intrusions directes, c’est bien sûr de protéger son wi-fi par un mot de passe. Le hic, c’est qu’aucun code n’est inviolable. Et si cela se produit avec pour effet l’utilisation de votre compte par un pédophile, vous serez plutôt mal armé pour vous justifier. Aussi certains préconisent de ne pas crypter son réseau, mais d’en régler la puissance, donc la portée, au strict minimum.
L’ANTIVIRUS
Indispensable, mais pas suffisant. L’idéal, c’est d’installer une suite comportant, en plus de l’antivirus, un pare-feu ou un antimalware. Autant d’instruments à tenir à jour, en se souvenant que les canons ont toujours un coup d’avance sur les cuirassés.
LA MÉFIANCE
Ne pas ouvrir les pièces jointes d’un e-mail de provenance inconnue. Ne pas laisser ouvertes des connexions à des sites sécurisés par mot de passe. Eviter les téléchargements à l’aveugle sur la simple base du titre de l’œuvre convoitée.
LE MATÉRIEL
L’immense majorité du parc d’ordinateurs est constituée de PC. Choisir un Mac, c’est opter pour une faible minorité, donc une cible moins convoitée par les développeurs de logiciels malsains avides de diffusion massive.