«C’est le mois d’août qui fait le tabac», disaient les anciens. Aujourd’hui, les producteurs broyards croisent les doigts pour que le dicton se vérifie: la sécheresse de juillet augure d’une récolte plutôt misérable. La quasi-totalité des 450?hectares de tabac cultivés dans la Broye devraient générer une production de 20% inférieure à ces dernières années. Un coup dur pour la région, berceau de 80% de la production suisse.
Dans les champs, les conséquences du déficit hydrique sautent aux yeux: les plants de la variété Burley ne dépassent pas 1,5 mètre, au lieu des bons 2?mètres qu’ils atteignent en principe à la floraison. «Les feuilles sont plus petites, et on en aura moins que d’habitude», estime Eric Rapin, producteur à Ressudens. Sans compter que son équipe de sept cueilleurs doit sans cesse jeter au sol les feuilles trop mal en point pour être conservées.
Mais, davantage que pour la quantité de tabac récolté, c’est bien pour sa qualité que les producteurs broyards commencent à s’inquiéter: si elles sèchent trop vite, les feuilles s’oxydent mal et ne se colorent pas du brun doré qui atteste de leur bonne qualité. Du vert, elles ne tournent en effet qu’au jaune et le goût des cigarettes en pâtit. Pour tenter de contrôler cette phase décisive du séchage, les planteurs recourent à des régulateurs d’humidité, mais tous ne sont pas équipés efficacement.
Verdict cet automne
Le verdict que tous attendent est pour début octobre: après deux mois de séchage et un triage soigneux, les lots de feuilles sont soumis à l’œil inquisiteur d’un jury d’experts. C’est la commission de taxation de la centrale d’achats, chargée de catégoriser la qualité du tabac, qui définit le prix payé au producteur. «En moyenne, on arrive à 15?fr.?50 pour dix kilos», explique l’un des experts. Selon lui, le risque cette année est de réceptionner davantage de tabac de moindre qualité que d’habitude. Mais pas de quoi voir le marché s’effondrer.
Comme tous les planteurs de tabac broyards, Eric Rapin garde le moral. «L’an dernier, dit-il, 25% de la récolte a été grêlée et on est toujours là, mais il ne faudrait pas que cela se reproduise trop souvent.»
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