Un peu nerveuse, la voix cassée et un sacré caractère. Jacqueline Albanesi ne s’est pas laissé impressionner hier par les grosses voix du président Philippe Colelough et du procureur général Eric Cottier. Elle aurait pu, lorsque le juge lui a rappelé où elle se trouvait: dans la grande salle de ce qui fut le Tribunal fédéral, face à une Cour criminelle. De fait, dans cette salle comble, les deux magistrats ne l’ont guère ménagée pour sonder la fiabilité de sa mémoire.
La boulangère n’a pas tout compris d’un langage judiciaire qui peine à se mettre au niveau du commun des mortels. Mais elle n’a pas dévié d’un pouce. «Je confirme. On a dit qu’elles étaient mortes à midi or je suis sûre à 200% d’avoir vu Marie-José Légeret et sa mère, Ruth, dans le magasin le 24 décembre 2005 entre 17?h et 17?h?30. C’est Marie-José qui m’a reconnue. Moi je ne l’aurais pas reconnue tant elle avait changé et était pâle.»
Lorsqu’on lui demande quels sont les repères lui permettant d’être aussi affirmative, elle cite le souvenir d’avoir téléphoné ce jour à une collègue dont c’était l’anniversaire et lui avoir dit sa honte de ne pas avoir reconnu Marie-José Légeret. Et puis encore, elle s’en souvient car c’était le premier Noël où elle avait accepté de travailler, n’ayant rien à préparer à la maison à la suite du décès de son mari en septembre.
Pourquoi n’est-elle pas allée dire cela à la police mais à une journaliste de la TSR? Elle répond qu’elle a d’abord contacté le secrétariat de l’avocat de F. L. et qu’on ne l’a jamais rappelée. Ensuite qu’elle n’a jamais eu affaire avec la police et que cela ne lui est pas venu à l’idée. Excédée, elle soupire: «Dire que si Marie-José Légeret ne m’avait pas reconnue, je ne serai pas ici.» Pire encore: «En tout cas j’ai compris. Si je suis témoin d’un accident, je me tairai maintenant.»
Ce témoignage tardif n’innocente certes pas F.?L. de la triple accusation de meurtre sur sa mère, une amie de celle-ci et sa sœur. Cette déclaration contraint toutefois la justice à revoir sa copie afin d’élaborer un autre scénario pour se convaincre ou non de la culpabilité de cet homme de 45?ans (24?heures d’hier). Et c’est assez peu courant pour qu’on tente par tous les moyens de s’assurer de la crédibilité du témoin.
Mais il y a des limites à ne pas franchir selon Me Robert Assaël, l’un des deux avocats de F. L. L’homme de loi se réfère à l’engagement d’un détective privé mandaté par le frère de l’accusé pour fouiner dans le passé de la boulangère. Mme Albanesi s’est dite profondément choquée par cette démarche révélée la semaine dernière dans 24?heures. «J’en ai eu une extinction de voix lorsque je l’ai appris. je me suis sentie sous pression. J’ai eu l’impression que l’on ne cherchait qu’à rassembler des trucs négatifs sur moi, qu’on voulait me faire passer pour une alcoolique alors que je ne bois pas.»
Pour Me Marcel Heider, avocat du frère de F. L., cette démarche n’avait rien de choquant dans la mesure où la TSR a déniché ce témoin tardif en effectuant elle aussi une enquête de voisinage. Le tribunal a refusé de joindre au dossier le rapport du détective, mais ce dernier a tout de même été entendu: «Mon mandat consistait à effectuer une enquête de moralité et de crédibilité. A aucun moment nous n’avons pris cette dame en filature. Nous avons juste questionné des gens qui la connaissaient. Ce n’est pas la première fois que nous faisons cela dans le cas d’un témoignage devant la justice, mais ce n’est jamais sorti au grand jour.» Le procès se poursuit aujourd’hui.
Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?