Une personne se suicide tous les trois jours dans le canton. Et elles sont mille trois cents?en moyenne chaque année en Suisse. C’est quatre fois plus que le nombre de décès dû aux accidents de la route. C’est surtout la première cause de mortalité chez les hommes de 15 à 44?ans.
Stables, ces chiffres placent notre pays parmi les plus touchés du monde. Pourtant, la prévention reste à la traîne. «La Confédération n’a jamais lancé de campagne au niveau national. C’est incroyable! s’indigne Anne-Marie Trabichet, coordinatrice romande de Stop Suicide. Nous sommes très en retard lorsqu’on compare avec d’autres pays.»
Les suicides ne peuvent être englobés dans la notion de maladie au sens de la loi, ce qui limite le champ d’action de prévention de la Confédération, explique le dernier rapport sur le suicide de l’Office fédéral de la santé publique. La mission de sauver des vies est donc laissée au bon vouloir des cantons et aux maigres moyens de quelques associations.
Comment prévenir
Vaud a lancé quatre actions, dont un suivi du traitement du suicide par les médias. «L’idée est de sensibiliser les journalistes sur la façon de traiter du suicide afin d’éviter le risque d’imitation», précise Noémie Hainard, cheffe de projet. Une formation pour les professionnels de première ligne (médecins, policiers, enseignants) a aussi été créée, avec déjà 800?participants.
«Nous avons renforcé le suivi des personnes ayant fait une tentative de suicide. Des psychiatres ont ainsi été engagés dans plusieurs hôpitaux. Enfin, la centrale téléphonique des médecins de garde et son numéro unique a été repensée pour les cas de détresses psychologiques.» Des mesures qui ont coûté environ 1 million.
Un premier pas. Mais comment limiter les suicides? «En restreignant l’accès aux moyens, comme les armes, ou en protégeant les ponts par exemple, propose Anne-Marie Trabichet. Des études montrent que si une personne veut se jeter d’un pont mais que ce dernier est surélevé, elle ne va pas faire des pieds et des mains pour en trouver un autre. De même, elle ne va pas troquer une méthode pour une autre.»
Casser les mythes
Reste le plus dur: briser la loi du silence. «Notre passé, dicté par la morale religieuse, a fait du suicide un crime. Or, il faut sortir de cette honte. Lorsqu’il y a un suicide, il faut en parler», analyse Carol Gachet, responsable du groupe Intervention de crise et prévention (ICP).
En parler, mais sans banalisation ni stigmatiser. Car le suicide véhicule son flot de mythes. Exemples d’idées reçues: Ceux qui en parlent beaucoup ne passent pas à l’acte; si une personne veut mettre fin à ses jours, elle le fera de toute façon, peu importe ce que je fais. «Tout cela est complètement faux», martèle Anne-Marie Trabichet.
Le tabou est profond. Et les ravages du suicide souvent sous-estimés. En moyenne, un suicide touche 6 à 8?personnes. Familles, témoins, mais aussi collègues. Carol Gachet et son équipe de psychologues d’urgence interviennent dans les cas de morts brutales, dont les suicides. «Le choc initial est aussi important pour la famille que pour des collègues. Le soutien est alors essentiel. Dans une entreprise, cela permet par exemple d’éviter des hémorragies, comme on a pu en voir chez France Télécom en France.»
Depuis 2005, Jacqueline Rutgers organise les seuls groupes de soutien vaudois aux survivants. «Souvent, la perte d’un enfant crée un conflit entre les parents. Il y a ce besoin de trouver un coupable. Les enfants, par conflit de loyauté, n’en parlent pas pour ne pas rendre leurs parents encore plus tristes. Or, il faut justement instaurer le dialogue pour retrouver un jour confiance en la vie.»
«Son geste était soudain»
«Notre fils s’est suicidé le 30 octobre 1982. Pascal avait 18?ans et demi. C’était un samedi soir, on mangeait chez des amis. Notre fils, lui, avait prévu d’aller au théâtre avec un copain. On a reçu un téléphone de la police. Je me souviens encore, j’ai hurlé NON. Pascal s’était jeté sous le train.»
Les doigts se crispent et s’enlacent inconsciemment. Jacqueline Rutgers n’oubliera jamais. A ses côtés, Erik, son mari, fixe la table du salon, comme si le film des derniers moments repassait encore et encore. «Ce jour-là, je suis allé faire du tennis avec mon fils. Au moment de se faire l’accolade, il m’a dit: «C’est notre dernier tennis.» J’ai eu un frisson dans le dos, mais je me suis vite rassuré. C’était le dernier jour de la saison et nous allions changer de club. Après coup, je pense que c’était un signe.»
Un choc indescriptible. Vient ensuite ce mélange de colère et de culpabilité. Psychologue, Jacqueline se souvient de son pressentiment. Quelques jours avant, j’ai discuté avec une amie dont le fils s’était suicidé. Je me suis dit que ça pourrait aussi nous arriver.»
Quinze jours avant, la famille était partie en vacances. «Pascal était venu dans ma chambre d’hôtel en disant qu’il n’arrivait pas à se rendormir. Il était très tendu, nous avons longuement discuté.» Jacqueline avait pris un rendez-vous pour son fils chez une collègue.
Erik, lui, n’avait jamais imaginé une telle issue. Leur garçon était athlétique, il allait passer son brevet de pilote et étudiait au gymnase. «Un garçon doué, réservé, apparemment équilibré, confie Erik, ingénieur retraité. Ma culpabilité s’est exprimée pendant environ dix ans. En tant que scientifique, j’ai eu ce besoin de comprendre. Alors j’ai lu et rencontré des spécialistes du suicide du monde entier.»
Une mort précipitée qui a ravagé toute la famille. Pour la sœur de Pascal, Anne, la lourdeur de l’épreuve s’est soldée par un éloignement. «Elle ne supportait pas que les gens sachent ce qui s’était passé. Le poids de notre chagrin était aussi trop dur. Elle avait 14?ans à l’époque et elle a demandé à partir en internat», explique sa maman. Devenue sculpteur, elle est désormais une mère de famille heureuse.
Pour renouer avec la vie, le couple a fait de la prévention du suicide et du soutien aux familles son combat. «Il faut prendre au sérieux tous les signes et aborder ouvertement la question du suicide, insiste Jacqueline. Je ne crois pas que notre fils ait fait une dépression majeure que nous n’avons pas vue. Son geste de grande souffrance psychique était soudain. Comme souvent chez les jeunes.»
Je vous félicite pour cet article, il faut aborder ce thème.
Bravo de parler de cela! Souvent, ce sont les familles qui installent le silence en taisant la cause du décès, par honte ou à cause de je ne sais quelle crainte...
le taux élevé de suicides chez les jeunes dans notre pays démontre que ce n'est pas l'argent qui fait le bonheur mais une vie familiale unie et heureuse. Là où il y a de la joie de vivre, de l'amour, il n'y a guère de risques de suicide je pense. Il y a bien la crainte de l'avenir mais l'amour des parents donne la force d'aller de l'avant et d'espérer.
Il faudrait un centre de consultations et de séjour bref pour les gens qui ont des idées de suicides. Non pas un hôpital psychiatrique qui va les enfermer dans un système mais un lieu d'écoute ouvert et compatissant.
Bla bla bla bla bla bla.....
Vos commentaires gentillets et politiquement corrects me tapent sur le système à la longue!
Si c'était si simple la vie...mais non, et pour avoir été plusieurs fois confrontée au suicide de connaissances ou d'enfants d'amis, je peux vous dire que cela ne dépend pas uniquement du contexte familial ou professionnel!
La souffrance ontologique des personnes qui mettent fin à leurs jours est tellement profonde, qu'en effet on ne voit rien venir parfois.
Ce sont souvent les plus discrets qui aboutissent, ceux qui lancent des appels au secours se "ratent" et alors on peut dialoguer, les entourer.
Mais il faut savoir qu'une personne déterminée à mettre fin à ses jours, et c'est son droit, malgré la souffrance que cela engendre pour l'entourage, parviendra toujours à ses fins!
Pour résumer, tentons de ne pas juger ceux pour qui la vie est insupportable, et qui choisissent de la quitter, et surtout ne CULPABILISONS pas ceux qui devront vivre avec ce chagrin!
Quant au "combat" pour prévenir...le terme guerrier laisse présager des idées rigides, une notion du bien et du mal qui m' hérissent le poil!
Ce "combat" me hérisse tout autant le poil que vous. Je ne peux que me méfier quand je vois certains brandir leurs préjugés, leur incompréhension et chercher à faire entre les autres (en camisole) de force dans leur vision si étriquée des parcours humains et de la vie.
Merci à vous de faire entendre une autre voix!
@tita entièrment d'accord avec vous,il existe aussi et cela peut être très utile pour ceux que cela intéresse l'arbre de famille,je m'explique il y a des gens qui sont comme poussés par une force extrême à vouloir se suicider,on peut tout tenter même médicalement parlant afin de trouver l'origine et c'est arbre de vie permet à condition de bien connaitre ses parents et grands parents de mettre le doigt sur l'ancêtre qui dirige malgré vous votre vie!c'est un long travail mais qui vaut la peine
Vous devenez franchement insupportable avec vos commentaires. Vous vous étiez déjà distinguée lors du tragique accident d'un enfant écrasé sur l'avenue d'Echallens, et là vous en remettez une nouvelle couche. ça suffit ! Vos "yaka", vos préjugés, vos jugements à l'emporte-pièce sont tout simplement écoeurants.
J'ai attenté plusieurs fois à mes jours (maladie psychique).
Lors de l'une d'elles, je me suis réveillé incapable d’accommoder (regard) et paralysé des 4 membres, sous respirateur. Je m'étais empoisonné et mon système nerveux était mal en point. A ce moment-là j'ai regretté la méthode utilisée. 5 jours après je remarchais et pouvais rentrer chez moi, système nerveux OK.
Cela m'a servi de leçon, sachant que je suis à risque, quand ça va mal je le dis, je m'entoure.
J'ai de la chance, car les patients psy comme moi sont "observés" par leur entourage (s'ils en ont un).
En revanche, les personnes "normales" (ça ne veut rien dire mais bon) on va dire les personnes en souffrance sans pathologie particulière connue, celles-ci sont les plus vulnérables.
Lorsque un événement leur fait prendre la décision froide et ferme de mettre fin à leurs jours, ces personnes planifient leur suicide dans les moindres détails. Et c'est pour cette raison qu'elles ne se ratent pas. Elles se mettent à mort, contrairement au suicidé déprimé qui appelle au secours.
Les psychiatres écrivent que l'indice qui parfois peu aider à détecter ce type de drame à venir c'est: la prise de décision assumée par le patient le rassure. Ainsi il a l'air bizarrement calme, il va "mieux", plus détendu...
Pour les parents dont un enfant s'en est allé ainsi, ma compassion les accompagne (c'est juste des mots, mais sincères).
Si vous perdez un proches, faites-vous aider, et si vous-mêmes allez mal, si vous commencez à ruminer des fantasmes de fin de vie (genre SOS détresse dans "le père-noël est une ordure") faites-vous aider, et surtout, adopter une idée intelligente que je partage ici:
"quand je me casse la jambe, je vais vois le spécialiste des jambes cassées, quand j'ai mal à ma vie, à mon moral, je vais voir un spécialiste, cela s'appelle un psychologue, et parfois si nécessaire un psychiatre".
Je suis convaincu que si la peur du psychiatre était moins ancrée dans l'inconscient collectif, si L'ECOLE parlait du rôle du médecin de l'âme (complémentaire avec un conseiller spirituel pourquoi pas) les personnes en souffrance morale et psychique se jetteraient un peu moins sous les trains, sous les ponts, ou au bout d'une corde.
Je dirais que aller chez le psychiatre lors d'une crise existentielle ou d'une importante difficulté passagère est un signe d'intelligence et d'ouverture d'esprit.
si vous souhaitez m'écrire demandez à 24 heures, ils me transmettrons.
PS : je précise : un lieu d'écoute anonyme, où les gens oseront aller et où il n'y aura pas de formulaires à remplir. il ne s'agirait pas de mettre des barrières mais au contraire d'accueillir sans procédure ni jugement.
Et créer de nouveaux fonctionnaires que tu trouveras trop payés avec trop de vacances?
Ton comportement n'est pas cohérent!
D'un côté tu veux une société ultra-libérale, salaire bas et licenciement facile pour les fonctionnaires et les privés, suicides en masse dans les entreprises privées, de l'autre tu veux des structures supplémentaires?
trollette
la trollette party est lancée :-)
Malheureusement une vie familiale et heureuse ne suffit pas pour empêcher un suicide. Il se peut qu'une personne semble tout à fait heureuse et épanouie, si elle n'a pas l'occasion d'exprimer des non-dits sans avoir l'impression d'être jugée, elle risque de passer à l'acte. Il y a quelques années un membre de ma famille s'est donné la mort, et je me suis souvent posé la question de comment j'aurais réagi s'il m'avait parlé de ses tourments. Je pense que c'est la crainte de cette réaction qui l'a enfermé dans son silence.
Le problème, je pense, ce sont les tabous, les non-dits, la langue de bois autour du suicide en général. La religion y est sans aucun doute pour quelque chose là aussi (ça n'engage que moi...), comme c'est déjà le cas pour l'homosexualité.
Comment une personne suicidaire parviendrait-elle à s'ouvrir à ceux qui pourraient l'aider lorsqu'on connaît la réaction que suscite généralement quelqu'un qui a des problèmes, qu'ils soient d'ordre affectif, relationnel ou encore psychologique : on fuit ces gens-là de peur d'une quelconque contagions, alors qu'à mon sens, la seule façon de prévenir un geste malheureux est de créer un climat de bien-être et d'écoute autour d'eux !
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Jésus revient, ayez l'air occupé !
complètement accord, l'ouverture, la bienveillance, un regard tolérant sur l'"autre" celui qui va "mal".
Sa souffrance nous rappelle une possibilité terrible, celle que la souffrance nous atteigne et nous meurtrisse.
Bien entendu quelques mots tapés dans les commentaires d'un articles ne changeront pas le monde, mais l'écrire ne coûte rien, et s'ils peuvent inspirer l'une/l'un d'entre-vous tant mieux.
Il me semble que la solution de bien des maux, c'est la communication. Pas celle qu'on a après, mais celle que nous avons avant. Mais les gens ne savent plus communiquer, et encore moins avec leur proche...
@Eriche,c'est vrai on dirait qu'ils ont peur des uns des autres,ne sachant plus quel discours tenir, à notre époque sans le virtuel on parlait moins suicides mais y'en avait tout autant ,un vrai tabou et la honte aussi personne n'en parlait sauf ceux qui connaissait la personne.Et pour un déprimé à ne pas confondre avec dépressif trouver des gens optimistes est un combat,vous désirez communiquer,on vous parle que maladie à croire que le monde relationnel se complait dans ses propres maux
Quelle catastrophe, voyez FranceTelecom.........
Le suicide est et reste un droit humain fondamental. Des centaines de milliers de personnes sont membres d'exit et ne sont pas prêtes à voir ce droit contesté pour des motifs idéologiques. Cet article, tout comme la propagande de stop suicide est typique de la volonté de certaines d'imposer leur conduite à d'autres, quitte à psychiatriser les personnes qui ne pensent pas comme elles, et c'est inacceptable.
Merci pour oser dire autre chose que les ronrons habituels des "bien pensants" qui pensent sauver le monde avec leur recettes à 2 balles!
Oui, il faudrait savoir si dans ces statistiques on a les décès des personnes qui ont fait appel à exit. Ca me semblerait important à préciser.Une personne malade incurable qui souffre affreusement et qui met fin à ses jours ce n'est pas du tout la même chose qu'un jeune en détresse existentielle, principalement pour l'entourage. Le suicide reste toutefois un problème majeur en Suisse, le fruit selon moi d'une société untra-compétitive et brutale, dans laquelle les jeunes peinent à voir un avenir et de l'espoir. Et c'est difficile de leur donner tort.
@Socrate ,n'oublions pas le mal de vivre qui ne touche plus seulement les ados mais des personnes sitot la retraite arrivée et qui malgré tout ce que le virtuel peut leur apporter s'ennuient à mourir,cette désespérance face à un monde qu'elles avaient occulté le temps de leur activité ne leur convient plus elle s'y sentent étrangères,se sentent souvent rejetées et sont malheureusement très souvent des proies pour les mouvances sectaires,et elles finissent très souvent ou à se laisser mourir seules ou se suicidant par trop de belles et fausses promesses
@MarieNo,là on ne peut que vous donner raison,les pages blanches des médias savent se nourrir d'écrits remisés pour le manque d'infos du jour
sinon tout va bien Madame la Marquise!
Il y a une énorme différence entre une personne qui choisit la mort pour échapper à une souffrance physique, et une personne qui se donne la mort parce qu'elle ne voit plus d'autre issue. Chacun est libre de disposer de sa vie, il doit juste avoir la possibilité d'examiner d'autres voies, ou de confirmer sa volonté de mourrir avec des personnes qui ne le jugent pas.
Désolé Tita, mais j'ai de la chance de m'être raté. Le suicide fut pour moi un choix dans le sentiment de non choix. J'ai le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue. Comment retrouver le chemin de la vie, en comprenant les pièges de cette auto-mutilation que nous nous tendons nous-mêmes, le piège de ne pas savoir dire non aux autres quant à des situations, plutôt que préférer se dire non à soi de manière si violente.
fs
Le suicide est évidemment terrible pour ceux qui restent mais si les suicidés peuvent être en paix, pourquoi ne pas vouloir le comprendre ? On est en vie sans le désirer alors laissons-nous décider si cette vie est insupportable.
Bravo Antoine007 pour ce témoignage!
Et perso, je suis vraiment pour en parler, car sinon on laisse le statut quo et 3 personnes par jour y passer.
Et est-ce être mal d'être bien pensant???
C'est surtout inacceptable de vouloir imposer sa manière de voir et sa conduite à autrui. D'autres personnes ont été à un cheveu de la mort et en tirent une toute autre expérience que la vôtre.
Bravo la suisse enfin la medaille d'or du sucide???.