CONFLIT

Les squatters de Vevey sont priés d’évacuer les lieux

Par CHRISTOPHE BOILLAT le 11.08.2010 à 00:04

Installés depuis février à l’avenue de la Prairie, les 20 jeunes du Collectif Tesla vont devoir décamper. Bruits répétés, départ de feu, multiples interventions policières et début des travaux de rénovation ont sonné le glas de leur séjour.

«Honnêtement, la situation est devenue trop pénible pour continuer à laisser les squatters occuper nos maisons. Nous ne sommes pas en mauvais termes avec eux. Mais nous avons des problèmes avec le voisinage, qui nous envoie des lettres recommandées, ou avec la police, qui pourrait nous facturer ses déplacements. Même la commune de Vevey a pris la plume», explique l’une des copropriétaires des deux maisons situées à l’avenue de la Prairie. Des logements occupés par une vingtaine de squatters depuis cinq?mois. Résultat: leurs «hôtes», qui se sont autobaptisés Collectif Tesla, sont priés de partir rapidement.

Serrures changées pour leur sécurité
Informés par nos soins lundi, les squatters tombent des nues. «Une séance de conciliation est prévue dans une semaine avec les propriétaires et le juge. Pourquoi nous demander de déguerpir avant cette rencontre?» s’insurge David*. «Tout simplement parce qu’il y a trop de bruit, de musique, de récriminations, et qu’un hôpital se trouve en face. De plus, les squatters se sont permis de changer les serrures. On ne peut plus entrer chez nous», déplore la copropriétaire, qui avait porté plainte pour le principe courant mars.

Les squatters battent tous les arguments en brèche. «Après 22?h, il n’y a plus de musique, c’est faux de prétendre le contraire», assure Paul*. Pour les serrures, David fournit une explication: «C’est une question de sécurité. Notre propre sécurité. Et celle de nos biens. Les propriétaires ont beau jeu de se plaindre. Ils laissent une maison à l’abandon pendant plusieurs années et après ils s’étonnent qu’elle soit occupée. De plus nous valorisons leurs bâtiments.» Pour Philippe*, les seules nuisances sont «celles générées par la ligne de chemin de fer et le passage fréquent des trains». Tous les squatters contestent le fait que la police intervient régulièrement. «C’est pourtant bien le cas, affirme le major Michel Francey, commandant de Police Riviera. Nous intervenons très souvent pour des troubles à l’ordre public à la suite de nombreuses plaintes. Les rapports de dénonciation en attestent.»

Travaux lancés au mois de septembre
La semaine dernière, la police est intervenue pour un feu… dans un caddie entreposé dans le jardin. «Tu parles d’un feu! C’est dans ce caddie qu’on fait nos barbecues», se marre Gilles*.

Tenus d’entretenir leurs biens, les copropriétaires des maisons squattées sont au bénéfice d’un permis de construire délivré il y a deux ans par la ville. Un problème de succession a engendré du retard dans les travaux de rénovation. Mais ils sont désormais au pied du mur. «La commune nous enjoint de commencer le chantier le plus tôt possible. C’est du reste ce que nous allons faire, dans le courant du mois de septembre.»

*Identité connue de la rédaction



INTERVIEW EXPRESS
LAURENT BALLIF
Syndic de Vevey

«On ne pouvait pas laisser la situation dégénérer»

– Pourquoi les autorités veveysannes ont-elles aussi tapé du poing sur la table dans cette affaire?
–?Nous sommes intervenus car des voisins et l’Hôpital de la Providence, tout proche,?se sont plaints?du bruit. Une poignée de squatters, qui avaient notre confiance, se sont fait envahir par des gens qui venaient faire la fête chez eux. Nous ne pouvions pas laisser les choses dégénérer ainsi, raison pour laquelle nous avons demandé aux propriétaires des logements concernés de procéder rapidement aux travaux de rénovation.

– Il y a une quinzaine d’années, c’était le squat du quai Maria-Belgia, aujourd’hui disparu, qui suscitait déjà la controverse en ville…
–?Là aussi, les squatters qui vivaient là au début ont été débordés par de nouveaux arrivants. Ceux-ci ont chassé les habitants du quartier et le squat est devenu un haut lieu des fêtes nocturnes. Je ne m’oppose pas à l’utilisation détournée de certains emplacements, comme c’était le cas dans les années 1990 avec certaines friches industrielles. Mais il y a des normes de vie en société qui doivent être respectées.

– Y a-t-il d’autres squats à Vevey?
– Non, ce n’est pas le cas.

R.?D.

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