La politique des transports menée en Suisse ces vingt dernières années menace la deuxième région économique du pays: l’arc lémanique. Ce constat choc est développé dans le dernier ouvrage publié par le Centre patronal vaudois. L’auteur de Politique des transports: l’heure des métropoles, Patrick Eperon, s’en prend violemment aux dogmatismes qui ont mené les agglomérations dans les bouchons. «Ce livre relaie un cri d’alarme des milieux économiques de l’arc lémanique face à la paralysie qui menace toute la région. C’est maintenant ou jamais qu’il faut se battre pour moderniser nos infrastructures et éviter un effondrement du système de transport.»
Spécialiste reconnu des problèmes de mobilité depuis quinze ans, le secrétaire patronal sort un véritable manuel à l’usage des élus cantonaux et fédéraux au moment où la Confédération s’apprête à prendre, ces deux prochaines années, toute une série de décisions dans le domaine des grandes infrastructures routières et ferroviaires. Survol de cet ouvrage didactique.
Une veine jugulaire
Patrick Eperon ne raisonne pas en termes d’agglomérations, mais de métropoles. Zurich d’un côté du plateau suisse, et l’arc lémanique de l’autre. «Mais, contrairement à la région zurichoise, le lac nous empêche d’irriguer notre région avec de nombreuses artères ferroviaires et routières. Nous avons une unique veine jugulaire: l’axe Lausanne-Genève, où l’autoroute et la ligne CFF suivent le même tracé. C’est un handicap majeur.»
Eviter de laisser Nyon pencher vers la France
Cette «veine jugulaire» n’a plus connu de modernisation depuis l’ouverture de l’autoroute en 1964. «Si nous n’augmentons pas rapidement la capacité sur la route et le rail, le lien va être rompu. Cela signifie le basculement de Genève vers la France.» Les prémices de ce phénomène se font déjà sentir, selon Patrick Eperon, un des rares spécialistes à participer à la fois au projet d’agglomération lausannois et genevois. «Comme le district de Nyon se rapproche toujours plus de Genève, un tel scénario serait catastrophique pour le canton.»
«Gothardisation des esprits»
Le livre fustige la politique des transports de la Confédération. «Nous avons mis l’argent au mauvais endroit.» Patrick Eperon dénonce la «gothardisation des esprits», qui a fait mettre des milliards dans des «cathédrales alpines» pour le seul trafic de transit Nord-Sud, et laissé des miettes au Plateau.
Alliance avec Zurich
Ces miettes d’investissements pour la plaine ont surtout profité aux bords de la Limmat. Pas question pour Patrick Eperon de se battre contre l’autre métropole suisse. «Non, Zurich doit servir d’exemple pour développer nos systèmes de transports routiers et ferroviaires, mais il faut que les deux principaux pôles économiques du pays s’allient pour rééquilibrer la politique des transports suisses.»
Rail et route ensemble
«La guerre entre les défenseurs des transports publics et les milieux routiers est dommageable.» Pour Patrick Eperon, les deux mondes doivent trouver un compromis pour faire avancer les grands projets indispensables en développant des agglomérations. Même si ce lobbyiste venu du TCS va être certainement accusé de parler trop de voitures dans son livre, il rêve de mettre fin à ce combat dogmatique. «Ces deux modes de transports sont complémentaires.»
Politique des transports: l’heure des métropoles. 22?francs, commande auprès du Centre patronal.
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