Dans sa cellule du pénitencier de Bochuz, F. L., 45?ans, a écrit ces quelques lignes: «Je suis très reconnaissant à Mme Albanesi, «la boulangère», d’avoir dénoncé le jugement arbitraire. Je la remercie de tout cœur, bien qu’on ne se connaisse pas.»
Où était le condamné il y a quatre ans tout juste, le 24 décembre 2005? Selon la justice, au domicile de sa mère qu’il a sauvagement tuée avant de mettre à mort une amie et sa propre sœur. Ces crimes auraient eu lieu entre 10?h et 14?h. «Impossible», clame Jacqueline Albanesi, qui jure avoir vendu des chocolats à la mère et à sa fille en fin d’après-midi dans la boulangerie veveysanne où elle travaillait. Son témoignage a été jugé crédible et F. L. sera rejugé, vraisemblablement en mars prochain.
– Jacqueline Albanesi, cette histoire, vous l’avez déjà répétée cent fois…
– Cent fois au moins (soupir). J’ai servi Ruth Légeret et sa fille Marie-José entre 16?h?30 et 17?h. C’était juste avant la fermeture, j’étais seule dans ce magasin où j’ai travaillé pendant dix-huit ans. Marie-José Légeret m’a reconnue. Elle était notre médecin de famille, à mon mari et moi, dans les années 1980. Elle m’a présenté sa mère, je lui ai serré la main. A part Marie-José, je ne connais personne dans cette famille.
– Pourquoi avez-vous rendu public votre témoignage fin 2008, soit après le procès de F. L.?
– Je n’ai pas voulu parler à la police pendant l’enquête. Je n’ai jamais pensé que je pourrais être d’une quelconque utilité aux enquêteurs, je me disais seulement que j’étais une des dernières personnes à avoir vu ces deux dames vivantes. Mais après le jugement, quand j’ai lu la chronologie des faits dans 24?heures , ça m’a fait tilt. Je me suis dit: c’est impossible qu’il les ait tuées avant 17?h!
–?Comment s’est déroulée l’audience devant la chambre des révisions civiles et pénales en juillet dernier?
– J’ai été auditionnée pendant trois heures alors que je pensais que ça durerait une demi-heure. C’était très impressionnant et pénible. A la fin, après toutes ces questions, j’en avais ras-le-bol. Maintenant, je peux comprendre qu’après 72?heures d’interrogatoire, un accusé craque. J’ai 65?ans mais vous savez, j’ai une très bonne mémoire des dates. Je n’ai pas perdu la boule!
– Votre témoignage a été largement médiatisé. Comment ont réagi les gens autour de vous?
– On me regarde parfois bizarrement dans la rue. Il y a des gens qui me disent bravo, me félicitent d’avoir parlé. J’ai reçu quelques cartes anonymes, des messages de félicitations. On m’a même envoyé des fleurs. Je n’avais jamais été confrontée à une affaire pareille.
– Le deuxième procès de F. L. devrait avoir lieu avant Pâques. Etes-vous inquiète à la perspective d’affronter le procureur général?
– Pas du tout. J’irai au procès comme je suis allée devant la chambre des révisions. Ça sera la même chose, ça durera peut-être moins longtemps. Je serai polie, mais ferme. Je les ai servies à la fermeture de la boulangerie le 24 décembre 2005. Point barre.
– Vous portez une lourde responsabilité sur vos épaules…
– Ça ne m’empêche pas de dormir. Au procès, je dirai la vérité, rien que la vérité. Je ne connais pas M. F. L. Si c’est lui qui a commis ces meurtres, il doit rester en prison. Mais si ce n’est pas lui, je fais bien de parler.
– Au fond de vous, croyez-vous F. L. coupable ou innocent?
– Moi, je ne crois rien du tout.
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