PRÉCARITÉ

SDF en été: «J’ai moins froid, mais la solitude est la même»

Par LAURENT GRABET le 06.09.2010 à 00:07

Avec les beaux jours, on les avait oubliés. Pourtant ni les sans?domicile fixe ni leurs problèmes ne se sont évaporés au soleil. Rencontres à Lausanne, où les lieux qui leur sont destinés ne désemplissent pas.

Pascal Zumsteg tue le temps assis sur «son» banc place de la Riponne. Dix ans que ça dure. A sa gauche, un pote de galère. A sa droite, une bière. Derrière lui, un travail comme chauffeur poids?lourds et 20?000?francs de dettes. «L’été, pendant trois mois au moins, t’as le sourire», commente, sans découvrir ses dents, le sans domicile fixe de 43?ans. «L’hiver, t’attends déjà de mourir!» En cette fin d’été, la vie de Pascal Zumsteg est «un tout petit peu moins pire» que le reste de l’année. «Je dors au bord du lac. C’est quand même autre chose que les caves où je passe l’hiver.»

«Après une histoire d’amour qui a mal fini»
A cheval sur le banc voisin, canette à la main, Fabrice, 30?ans, dont «quatre à la rue et au social», feuillette un journal, les yeux dans le vague. Le grand sac de sport qui ne le quitte pas contient un duvet ne laissant guère de doute sur son statut. Le Valaisan d’origine est à la rue «depuis une histoire d’amour qui a mal fini». L’homme a passé la nuit précédente au parc de Milan et fournit maintenant de l’héro et des «bleus» (ndlr: des comprimés de Dormicum, un somnifère) à ses compagnons. Quitter cette galère? Il ne parvient même pas à l’imaginer. L’automne qui se pointe? Il préfère ne pas y penser.

Moins difficile de refuser du monde
«L’été, les SDF sont toujours là, mais on a tendance à les oublier», déplore Eliane Blanc, de la Marmotte. Dans le foyer lausannois qui accueille les démunis pour la nuit, il est plus facile pour les veilleurs de refuser du monde que quand le froid mord. Chaque soir, même en plein mois d’août, les 31?places sont occupées. Idem du côté du Sleep-in de Renens et de ses 22 lits. Normal, de fin mars à fin novembre, l’abri PCi de la Vallée de la Jeunesse, 25?places, est quant à lui fermé.

L’été, la soupe populaire, elle non plus, ne désemplit pas. Cent à cent cinquante repas y sont servis chaque soir. «A cette période, la vie est souvent encore plus difficile pour les SDF, insiste Catherine Lemelle, présidente de Mère Sofia, la fondation organisatrice. Car certaines structures tournent au ralenti et les professionnels qui soutiennent ces gens sont souvent en vacances.»

De petit boulot en petit boulot
En toute saison, une vingtaine de personnes attendent l’ouverture du Point d’eau de l’avenue de Morges pour se doucher, laver leurs vêtements ou se faire soigner. «Parmi elles, environ 10% de sans-abri, dont 90% d’hommes», précise François Cheraz, directeur des lieux. Zaharia Ceausu, Roumain grassouillet de 45?ans, est l’un d’eux. Fraîchement douché, l’ex-policier arbore un T-shirt Switzerland Est 1291 «donné par l’Armée du Salut». Il est en Suisse depuis 2004 et dort le plus souvent possible dans l’une des structures d’accueil de nuit. «Malgré la présence de Roms», précise-t-il.

Plus que 20?euros en poche
Dès qu’il le peut, Zaharia Ceausu saute sur un petit boulot «dans l’agriculture ou le nettoyage» et expédie l’argent ainsi gagné à sa femme et à son fils, restés au pays. «Ça vaut le coup», dit-il mais l’été, le travail est plus rare et le quadragénaire attend avec impatience les vendanges.

Son compatriote Stetco Gheorghee aussi. Cet ancien ingénieur de 53?ans n’est en Suisse que depuis deux mois et demi. Il sillonne la région en train, à la recherche d’un travail. Sans succès. Des 700?euros qu’il avait en poche en arrivant, il n’en reste que vingt. Pour économiser, le quinquagénaire dort donc dès qu’il le peut à la belle étoile, dans les parcs ou à la gare. Il y a gagné un virus respiratoire. «Physiquement, c’est déjà difficile maintenant, dit-il. Alors qu’est-ce que ce sera cet automne?»


 

Le dispositif social tourne à plein régime

Pour Michel Cornut, chef du Service social communal, le dispositif de l’aide sociale d’urgence lausannois est «complet». Ou presque: «Nos structures d’accueil
de nuit ont une capacité de 53?places à l’année et de 25 de plus l’hiver avec l’ouverture de l’abri PC i de la Vallée de la Jeunesse. Des lieux pour manger, se laver ou se soigner existent. La collaboration entre la police et les services sociaux est bonne. Manque seulement un lieu d’accueil de jour pour les personnes sans domicile fixe.» Le fameux projet de bistrot social, dans lequel s’est engagé le canton récemment, ambitionne de combler cette «lacune» à moyen terme. Autre nouveauté projetée dès cet hiver: une prolongation de la durée d’ouverture de l’abri PCi. Cette option est actuellement étudiée par la Municipalité lausannoise.

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