DRAME DE BOCHUZ

La santé psychique à l’épreuve des barreaux

Par Laurent Grabet le 17.03.2010 à 00:05

Le décès, mercredi dernier, d’un détenu violent remet sur la table la question de la santé mentale en prison. Le point avec le chef du Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires du canton.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, S. K. est mort dans sa cellule du quartier de haute sécurité de Bochuz (24?heures de samedi). Il avait 30?ans, dont douze passés derrière les barreaux. En raison de sa dangerosité, le détenu était «sous article 64»: son «internement de sécurité» était réexaminé chaque année. Il a été renouvelé une dizaine de fois. Soit une durée d’enfermement totale sans commune mesure avec les délits mineurs commis à la base.

Le tribunal incite très souvent les détenus dans son cas à se soumettre à un traitement psychiatrique.

Ne pas connaître sa date de remise en liberté ne compromet-il pas les chances de guérison? «C’est une pression supplémentaire très difficile à digérer psychiquement», concède Bruno Gravier. Pour le chef du Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires du canton, «cette incertitude nourrit la colère des détenus et leur rancœur par rapport à l’autorité».

Le fait parfois de ne pouvoir sortir de leur cellule que pieds et poings liés n’arrange évidemment pas les choses. La mission du psy, lequel est «souvent fantasmé à tort comme celui qui déciderait seul d’une remise en liberté», se complique alors. Ces professionnels censés soigner des gens parfois contre leur gré doivent notamment leur faire comprendre «qu’on peut suivre une psychothérapie sans être catalogué comme fou» et aussi que, «derrière les actes répréhensibles, il y a une souffrance personnelle qui fait écho à celle infligée aux victimes».

Soigner de force?
A Bochuz, un tiers des prisonniers sont sous mesure de traitement psychiatrique. Soit une grosse huitantaine. Parmi eux, un petit pourcentage souffre de maladies mentales et une majorité souffre de troubles de la personnalité, comme S. K.

Certains sont suivis une, voire deux, fois par semaine. Mais ils sont rares, notamment à cause du manque de moyens. D’autres, comme S. K., refusent de jouer le jeu. Leur administrer de force un médicament enfreindrait la loi sur la santé publique. Sauf s’ils sont à la fois dangereux, incapables de discernement et atteints d’une pathologie psychiatrique grave. Ce n’était pas le cas de S. K.

Se libérer en prison est possible
Il est en revanche possible d’imposer des séances de psychothérapie. «Mais ce serait une violence supplémentaire qui ne peut que renforcer l’hostilité du patient. S’il ne veut pas parler de lui-même, les chances de réussite sont de toute façon nulles. Dans le meilleur des cas, il subit passivement l’entretien.»

Lui refuser un aménagement ou un allégement de peine, lui offrir la perspective de passer dans un milieu plus ouvert ou une sortie peuvent l’amener à changer de point de vue. Mais c’est l’autorité qui décide d’engager ce bras de fer avec le détenu.

Pour ceux qui entreprennent ce «long et patient travail», la prison aura alors permis «de répondre enfin à des questions comme: pourquoi est-ce que je ne ressens pas mes émotions? Pourquoi ai-je tant de violence en moi?» Ils en ressortiront plus libres qu’avant.


Il manque des structures entre l’hôpital et la prison

Le décès de S. K. remet en lumière l’absence de structure adaptée entre la prison et l’hôpital psychiatrique.

A l’horizon 2013, la prison psychiatrique Curabilis comblera en partie cette lacune. Actuellement en construction pour 89 millions, sur une parcelle jouxtant la prison genevoise de Champ-Dollon, elle accueillera 92?pensionnaires en provenance des cantons romands et du Tessin. Vaud sera soulagé d’une partie de ses détenus les plus perturbés.

«Mais la demande est de plus en plus importante et Curabilis ne permettra pas de trouver une solution pour tous», insiste Bruno Gravier. Une autre structure verra le jour dans le cadre du projet de rénovation de l’Hôpital de Cery pour accueillir des délinquants en fin de peine mais toujours dangereux. Le chef du Service de médecine et psychiatrie pénitentiaires vaudois espère également augmenter rapidement la capacité des deux unités psychiatriques pénitentiaires existantes. «Le Conseil d’Etat est déjà entré en matière sur la question. Mais, attention, il y aura toujours des gens qui seront hors de toute possibilité de prise en charge, prévient-il. Notre travail est de faire en sorte qu’ils soient le moins nombreux possible.»

Sondage

Tarifs CFF: la nouvelle hausse annoncée est-elle acceptable?