Un puissant taureau dont la tête est remplacée par un poing, deux doigts dressés, le signe favori des rockers. Tel est le logo choisi par les organisateurs du festival de Longirod, qui accueillera ce soir la grande foule venue voir Scorpions, Juliette Lewis, Nada Surf et Gogol Bordello, entre autres. «Dès le début, nous avons entendu des critiques du genre «Vous êtes fous, ce côté rural ne se mélange pas au rock», raconte Samuel Grosclaude, porte-parole de la manifestation. Cela ne nous a pas ébranlés. Nous sommes tous du village, ou presque. Longirod est en pleine campagne et entouré de pâturages avec des vaches. Cela ne nous empêche pas d’être avant tout des fans de musique. Long’I’Rock, c’est le mélange des deux.»
Les organisateurs ont même profité des écrans géants sur les ailes latérales de la grande scène pour appuyer sur le clou. A peine les dernières notes du concert envolées, les festivaliers découvrent un clip mêlant la recette (pour le moins décalée) du papet vaudois avec un set de rock metal assuré par le groupe Camion. L’effet est garanti. Les regards sont captés par ce remake des Petits plats dans l’écran, version gore. Et les sourires se dessinent sur les visages. «C’est vrai qu’on l’a joué un peu provoc sur ce coup-là, mais ça nous ressemble.»
Et tout le monde ne se plaint pas de ces attaches rurales. Plusieurs artistes de jeudi soir se sont déjà confondus en remerciements et félicitations. Si elle a trouvé la soirée «salement fraîche», Skin, la chanteuse de Skunk Anansie, a répété plusieurs fois son plaisir de reprendre contact avec le public suisse à Longirod. Hier matin, Long’I’Rock recevait aussi un courriel de félicitations de la part de Ska-P, ravi de la chaleur de l’accueil et du public.
Cet hommage indirect au monde paysan, les agriculteurs de la région l’ont bien rendu aux jeunes organisateurs. «Quand il a fallu sauver le terrain, ce sont eux qui ont pris les choses en main, mobilisant tracteurs et remorques pour la répartition des précieux copeaux, avant ou après la traite, relève le porte-parole. On ne leur dira jamais assez merci.»
Ces traces de terre sur les souliers ont-elles compliqué la tâche de séduction des artistes convoités? «Non, dès que nous avons eu l’appui de professionnels de la production, la localisation de notre village a été secondaire.» Le gros effort avait été de convaincre Solstice Denervaud, d’Ishtar Productions, et André Vouilloz, pour les constructions, de faire confiance aux jeunes de Longirod. Gageons qu’avec la réussite, qualitative plus que quantitative, ces deux pros ne regrettent pas d’avoir accordé leur confiance aux Longerois.