Les Blanc de Montreux, les Neyroud de Chardonne, les Mamin de Blonay seront-ils, un jour, originaires de la même commune fusionnée? Selon un sondage exclusif commandé par 24?heures, la réponse est oui. A 55% contre 39%. Reste un petit 6% de sans avis.
Skiant aux Pléiades, prenant l’autoroute à Saint-Légier, descendant à Vevey pour faire son marché ou à Montreux pour un concert au Festival de jazz, l’habitant de la Riviera passerait-il déjà naturellement d’un quartier à l’autre de la potentielle septième ville de Suisse? Ou, à l’inverse, craindrait-il d’y perdre son identité, noyé au milieu des 73?000 habitants? Pour l’heure, le constat est clair. Son opinion forgée, il a devancé le débat confiné aux arènes politiques.
Sur le tapis depuis 2007
Un avis qui compte avant le vote final. Un élément-clé déjà brandi en 2004 par Ernest Cardis, alors syndic de Saint-Légier: «Il faut sentir l’élan populaire. A partir de là, on peut parler fusion.» L’envie de donner une impulsion au processus inscrit dans le programme de législature de sa Municipalité veveysanne, le syndic, Laurent Ballif, paraphrasait son collègue il y a tout juste un an: «Il faut que le débat dépasse les domaines politiques et financiers pour devenir celui d’une population qui prend son destin en main.»
Entre deux? Longtemps évoquée, combattue, oubliée, puis remise sur le tapis, la perspective d’un futur à dix a été ressuscitée en 2007. Et depuis? Les syndics ont commandé une pré-étude. La Conférence des conseillers communaux de la Riviera y voit une solution à la pléthore d’organismes interrégionaux. Mais le débat n’a pas encore été lancé publiquement.
A l’horizon 2015?
Et pourtant. Parmi les partisans, 56% des sondés souhaitent voir le processus aboutir dans les cinq ans et 33% dans les dix ans. Serait-ce à force d’entendre parler fusion? Ou une incitation à une politique plus entreprenante? A la lecture des résultats, le signal a surpris. Le conseiller d’Etat Philippe Leuba en tête: «Cette priorité pour le court terme illustre la conviction des gens favorables. Elle démontre que ce projet n’est pas une utopie d’illuminés.»
Il l’était il y a dix-neuf ans! En 1990, un sondage initié par l’ex-quotidien Vevey-Riviera concluait à 62% d’opinions opposées à la création d’une supercommune de la Riviera, contre 32% pour. A cette même époque, les critiques fusaient entre Montreux, Vevey et La Tour-de-Peilz: Les voisines ne s’étaient pas entendues pour faire un stand commun aux Floralies de Genève!
Et maintenant? La réponse vient peut-être des spécialistes en fusion de la Riviera: les Montreusiens, dont la commune est issue de l’union des Planches et de Châtelard, scellée il y a… quarante-huit?ans. Si leurs autorités sont assez tièdes pour un futur proche à dix, le sondage révèle que 60% d’entre eux sont prêts à franchir ce pas. Par contre à Vevey, là où le syndic se pose en fer de lance du projet, les opinions sont davantage polarisées: 49% sont plus ou moins pour et 40% plus ou moins contre. Et pourtant, Laurent Ballif a déjà son idée sur le nom de la potentielle deuxième ville du canton: «C’est clair, elle devrait s’appeler Riviera.»