«Nous avons vécu près de dix-huit ans heureux dans cette maison. Nous sommes contents que le repreneur entretienne un rapport affectif avec elle. Mais la vider n’est pas une mince affaire!» Le rideau tombe sur le Vallon, qui devrait être vendu à la fin du mois par le canton au groupe immobilier Delarive. Et il laisse celle qui a dirigé cette maison à la façon d’un chef d’orchestre, Manola D’Angelo, avec une panoplie d’accessoires sur les bras, comme à la fin d’un véritable spectacle: matelas, malles ou autres objets laissés par des artistes ou résidents de passage.
Tout habitant de la région a déjà aperçu cette bâtisse – appelée indifféremment home du Vallon, car elle fut un EMS, Château-Vallon, en référence à la série TV des années 80, ou simplement le Vallon –, dont la jolie tourelle en bord de route non loin du gymnase de Burier attire le regard. En revanche, tout le monde ne sait pas que le lieu a abrité nombre d’artistes dans les années?90. Après l’abandon du projet d’hôpital prévu à cet endroit et pour lequel le canton avait acquis des parcelles, le syndic veveysan de l’époque, Yves Christen, avait obtenu de l’Etat que sa ville loue cette maison pour 1?fr. symbolique et la gère. Son projet: en faire une résidence d’artistes, qui pourraient créer dans une atmosphère propice et avec un loyer abordable, seules les charges étant à payer par les locataires.
«Un maillon de la vie culturelle alternative»
«Se lever le matin et voir sept ou huit personnes jongler dans le jardin, c’était beau», se souvient Manola D’Angelo, qui a notamment hébergé des artistes de rue pour le festival veveysan, qu’elle a elle-même dirigé entre 1995 et 1997. Outre ces saltimbanques itinérants, sont passés par le Vallon des peintres, des musiciens – comme le trompettiste Erik Truffaz ou le pianiste Malcolm Braff – et même un créateur de mode qui travaille maintenant à Paris. Sans oublier des danseurs de la compagnie des Nomades, qui, en plus d’y séjourner, y ont tourné une production sur l’autisme. D’autres films y ont vu le jour, dont quelques scènes de CH2, de Daniel Bovard, documentaire sur la cohabitation entre les municipaux radical et socialiste Yves Christen et Pierre Chiffelle.
«Au Vallon se déroulaient des spectacles spontanés très créatifs englobant des artistes d’horizons différents. On était là dans l’intégration culturelle complète, tous les genres étant représentés, se souvient Yves Christen. C’était un maillon de la vie culturelle alternative, comme le Toit du Monde ou les Temps Modernes.» L’idée de monter ce dernier lieu serait d’ailleurs née autour d’une table de la maison… Christine Kœnig, qui tient une école de danse à Vevey, s’y est aussi produite, avec cinq de ses élèves. «Nous avons dansé sur la terrasse surplombant la véranda, puis à l’intérieur de cette dernière et enfin sur les marches rejoignant le jardin, où était le public.»
Mais avec l’arrivée des années 2000 et des changements politiques, le lieu a peu à peu perdu de sa superbe. «C’était une chance de vivre dans ce cadre mais également une charge que de faire l’intendance et gérer une meute d’artistes en folie», sourit Manola d’Angelo. Le Vallon a donc accueilli ces dernières années uniquement des locataires à revenus modestes.
Brocante sur place pour liquider divers objets: samedi de 10?h à 16?h et dimanche de 14?h à 17?h.