Requérant d’asile, micromécanicien dans une entreprise et pompier volontaire à Sainte-Croix. L’Ivoirien Kader Zoumana Dosso (32?ans) est le contraire de l’image du demandeur d’asile oisif, mal intégré et vivant aux crochets de la société. «Je refuse de suivre le chemin de l’argent facile», lance-t-il, faisant une allusion à peine voilée à la vente de drogue. «Tout ce que je dépense, je l’ai gagné à la sueur de mon front, ajoute ce fonceur débrouillard qui aime franchir les écueils. La couleur de la peau ne peut pas être un obstacle à la réalisation sociale.»
Le jeune Ivoirien va même prononcer un discours pour le 1er Août à Sainte-Croix. «Il revient au Parti socialiste de proposer un orateur, et nous avons pensé à lui», explique le syndic socialiste Blaise Fattebert. En fait, le micromécanicien?–?titulaire d’un diplôme dans son pays?–?est devenu un modèle d’intégration à Sainte-Croix. Ce nouveau soldat du feu, Olivier Dick, commandant des pompiers, le perçoit comme «une personne décidée à se rendre utile». «Kader est une des figures du village. Il fait des interventions lumineuses à chaque fois qu’il s’exprime lors des séances-débats au cinéma», se réjouit Adeline Stern, directrice du Royal. Même son de cloche auprès de Dominique Bugnon, de l’Ecole de cirque: «Il a été bénévole chez nous. Ensuite, ce jeune homme intelligent et créatif a fini par jouer avec nous.»
Un pays modèle
Tout petit, à Abidjan, Kader Zoumana Dosso se souvient d’un cours pendant lequel son instituteur citait la Suisse comme le pays vitrine des droits de l’homme. En 2008, quand l’Ivoirien a dû quitter sa patrie et abandonner son travail dans la sécurité rapprochée?–?un épisode douloureux sur lequel il ne souhaite pas s’attarder?–, c’est ici qu’il est venu chercher refuge. Il débarque au Centre d’enregistrement de Vallorbe. Six mois plus tard, alors qu’il réside à Sainte-Croix, il trouve du travail ad interim chez Maillefer, à Ballaigues. «Je devais faire un trajet total de quatre?heures par jour en transports publics.» Jusqu’au moment où il a trouvé un poste de micromécanicien à Sainte-Croix. Aujourd’hui, avec son statut de requérant d’asile, ce célibataire père de deux enfants en Côte d’Ivoire ne peut pas sortir de Suisse. «Même aller aux Fourgs, en France, à un quart d’heure de Sainte-Croix, m’est interdit», soupire-t-il. Il se serait même vu refuser la location d’un DVD. «Le gérant m’a dit qu’il fallait au moins un permis B.» Autre particularité, le numéro d’immatriculation de sa voiture: «J’ai une plaque temporaire où figure la date d’échéance de mon permis N. Je dois donc la changer tous les six mois pour 237?francs.»
De Berne, l’Ivoirien attend surtout une certaine diligence pour l’octroi d’un permis B. «Je travaille, je paie mes impôts, je participe à la vie du village, je suis autonome et ne suis pas connu des services de police.» Mais pas question pour lui de céder à la tentation des complaintes. Il affiche plutôt sa reconnaissance: «Je sais ce que je dois à la Suisse et aux gens qui m’ont donné envie de rester à Sainte-Croix.»