«Si vous voulez en savoir plus, lisez les pages mortuaires des journaux!» ou encore «Si ma voiture apparaît dans votre quotidien demain, je vous colle un procès.» L’ambiance était pour le moins tendue hier soir à la Laiterie du Brassus. Des agriculteurs du Solliat étaient venus y couler leur traite du soir. Leur laiterie affichait en effet porte close après le licenciement avec effet immédiat, quelques heures plus tôt, du laitier Rodolphe Gosteli.
Une décision prise au terme d’une journée entière de réunion de la Société de fromagerie des Landes. D’autant plus douloureuse à prendre que le fromager est un personnage charismatique et un commerçant aguerri: il a créé et commercialisé avec succès le Petit Rodolphe, une spécialité cinq fois primée aux Olympiades des fromages de montagne. Le vacherin Mont-d’Or du Solliat avait lui aussi remporté une médaille d’or aux Championnats du monde du fromage en 2002.
«Comment a-t-on pu en arriver là? se demandaient hier soir des Combiers réunis à l’Hôtel de la Lande, au Brassus. Est-ce qu’il y a de la jalousie. Ou lui en veut-on d’avoir osé dire qu’il pouvait se passer des clients de la Vallée?» Cela, on ne le saura jamais. En revanche, de source proche des producteurs de lait, il se dit que «la qualité du fromage a baissé depuis que Rodolphe Gosteli a licencié un ouvrier spécialisé très compétent».
«Ils ont pris leur responsabilité»
«Je ne peux pas infirmer ces propos, commente Daniel Geiser, de Prolait. Mais notre filière de production du Gruyère se doit de mettre en vente des produits de première qualité, ne souffrant d’aucun défaut. Or depuis quelque temps cette qualité n’est plus assurée, les producteurs de la fromagerie du Solliat ont pris leur responsabilité.»
Le litige entre le fromager et les agriculteurs a gonflé au fil des mois depuis le printemps 2008. Début novembre, le journal La Côte révélait qu’une part importante des gruyères et des vacherins Mont-d’Or produits au Solliat entre mai 2008 et mars 2009 avait dû être détruite: contaminées par des bactéries, les meules étaient impropres à la consommation. Convaincu que l’origine de la contamination se trouvait chez les producteurs, Rodolphe Gosteli leur a demandé réparation, sous la forme d’une facture de 800?000?fr., devant être répartie entre les quinze producteurs.
Les paysans n’acceptent pas d’endosser cette responsabilité. «Ce qui est sûr, c’est qu’il serait étonnant que tous les producteurs aient coulé du lait contaminé en même temps. Cette facture immense à se partager, c’est totalement absurde», pestait un producteur combier, hier à la sortie de l’assemblée.
Ce climat d’incertitude gagne aussi les autres laitiers de la région. «Je ne sais pas si j’oserai accepter le lait du Solliat chez moi tant que la lumière n’aura pas été faite sur sa qualité», confie l’un d’entre eux. Hier soir, les quinze producteurs de lait de la Société des Landes ont pu livrer leur produit aux laiteries du Brassus, du Lieu et de Vaulion. Rodolphe Gosteli était injoignable hier soir.
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