Depuis l’annonce, en mai 2007, de l’achat de l’immeuble numéro 16 de l’avenue César-Roux, le bâtiment n’a cessé de faire parler de lui. Trop cher, trop pourri, assorti d’un local d’injection, puis d’un bistrot social, ou pas… Hier, on aurait pu espérer une forme d’épilogue avec l’annonce du résultat d’un concours visant à sa rénovation. Mais il n’en est rien car bien des inconnues demeurent dans ce dossier.
Equipé du chauffage à distance, le bâtiment César-Roux?16 sera enveloppé d’une isolation qui devrait lui permettre de dépasser les exigences de la norme Minergie. Lauréate du concours d’architecture lancé par la Municipalité, Claude Anne-Marie Matter Galletti explique avoir proposé un projet fait de matériaux simples mais résistants. Les balcons seront vitrés et chauffés, agrandissant d’autant les petits appartements sociaux. Le projet en prévoit une cinquantaine, contre 46 actuellement.
«Tout est curieux, dans cette histoire: même le concours semble opaque», lance l’élu du PLR Guy-Pascal Gaudard. En effet, le résultat du concours accuse du retard après deux reports de son vernissage. Mardi soir, la municipale Silvia Zamora a annoncé au Conseil qu’on ne pourrait finalement pas voir les projets en lice au cours d’une exposition, en raison des retards et de l’occupation du Forum d’architectures par un autre concours.
Plus cher que du neuf
Dès la première heure, Guy-Pascal Gaudard s’est battu contre le rachat de l’immeuble, payé 8 millions par la ville. En 2007 déjà, il pointait le triste état de salubrité du bâtiment, avant d’exhorter la Municipalité à le revendre en acceptant d’admettre cette «erreur de casting». Pour lui, le prix payé était surévalué en regard des réfections nécessaires dans cet immeuble de 1961. Sa demande a été balayée en 2009 par la majorité.
Parallèlement, l’immeuble devait d’abord accueillir un local d’injection et un bistrot social, finalement refusés en votation par les Lausannois. Une pétition du quartier avait également réuni quelque 260 signatures d’opposition. Revenu par le biais d’un nouveau préavis de la Municipalité, le bistrot social envisagé pourrait en définitive être placé là, ou ailleurs.
Trois ans après son achat, la Municipalité compte donc mettre plusieurs millions sur la table pour rénover le bâtiment. Le concours prévoyait une enveloppe de 5 millions, honoraires non compris. Le montant final devrait aller plus haut, soit pas loin du prix d’achat. Silvia Zamora justifie cet investissement: «On voulait atteindre les normes Minergie et même aller au-delà. Ce sont des améliorations à long terme.» La Municipalité présentera en 2011 un crédit d’ouvrage pour les travaux.
Guy-Pascal Gaudard n’a pas fini de ronger cet os coûteux. Il estime la facture finale à près de 20 millions. «Et encore, on ne parle pas de la réfection des étages inférieurs, dit-il. La reconstruction à neuf n’aurait en tout cas pas coûté plus cher.»
«Le projet d’aménagement du bistrot social continue»
Les résultats attendus du concours ne révèlent rien sur l’avenir du bistrot social. Selon l’architecte lauréate, les travaux dans le café – au rez-de-chaussée de l’immeuble – destiné à ce lieu d’accueil ne visent qu’à «assainir les locaux et à les mettre aux normes». De la végétation sur la terrasse coupera le vis-à-vis.
C’est une petite frustration pour la droite du Conseil communal, qui attend de pied ferme un débat sur ce bistrot social. Surtout depuis sa reprise en main annoncée par la Fondation Les Oliviers. Son directeur avait en effet affirmé une totale liberté quant au lieu de destination de cette structure. Hier, Pascal Demaurex répétait ne pas vouloir entrer dans un débat politique mais confirmait cette liberté nécessaire à l’établissement d’un projet.
Une «formule rhétorique», dit Silvia Zamora, qui estime que les lieux adéquats en ville ne sont pas légion. «Pour l’heure on n’a aucune information contraire et le projet d’aménagement continue; tout le reste n’est que débat politique.» Elle soutient par ailleurs que le bâtiment a été acquis pour ces logements sociaux avant tout.