CONSULTATION

La réforme scolaire sort de la route

Par Laure Pingoud le 17.03.2010 à 00:07

Le projet d’Anne-Catherine Lyon essuie une pluie de critiques. A tel point que la cheffe du Département de la formation songe déjà à «trouver d’autres pistes». Interview.

La réforme scolaire de la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon affronte de nombreuses critiques, de partis, d’associations, de syndicats. Certains, la droite et le Centre patronal en tête, rejettent carrément l’avant-projet, à l’issue de la consultation. Et des réserves se manifestent parmi ceux qui soutiennent sa philosophie.

– Après le temps du compromis, penchez-vous pour le combat? Certains vous accusent en tout cas d’ouvrir une guerre scolaire.
– C’est me faire beaucoup d’honneur. J’ai plutôt un tempérament calme et j’ai conscience qu’il faut un consensus. Il m’a fallu tellement de temps pour rassembler les camps après la guerre sur les notes. Mais pour trouver le bon consensus et faire progresser l’école vaudoise, il faut des propositions fortes dans l’avant-projet. Viendra ensuite l’élaboration du projet.

– Est-ce à dire que renoncez à la vision de l’école que vous défendez dans le texte?
– Renoncer ne serait pas le bon terme. Trouver d’autres pistes, d’autres solutions sans doute. C’est le rôle d’une consultation de faire remonter les commentaires à la surface et celle-ci est extrêmement fournie. Les retours se comptent par centaines, en provenance d’associations, mais aussi de citoyens, d’enseignants et de parents à titre individuel. Même les petites communes ont pris soin de répondre. A cet égard, mon premier sentiment est de la reconnaissance.

– Au vu des positions très critiques qui se manifestent, la réforme ne risque-t-elle pas de se noyer dans une si large consultation?
– Au contraire, plus un projet est sensible, plus la consultation doit être large. Le pire est d’imposer. Il est vrai que les réactions sont très contrastées, mais il s’agit maintenant de détailler les positions des partis et des associations faîtières. Cela me permettra de me forger une opinion approfondie, qui amènera peut-être à réexaminer certaines propositions, à mieux expliquer la planification d’un projet aussi ambitieux.

– Qu’est-ce qui pourrait changer?
– Le remplacement du redoublement par des appuis est sans doute considéré comme trop avant-gardiste. Il faudra trouver un juste milieu acceptable. Mais avoir une proposition si forte a permis d’empoigner le thème et de faire prendre conscience de son importance. Il est réjouissant de voir que l’Association des parents d’élèves est très précurseur.

– Et qu’en est-il de la suppression des filières?
– Là où nous en sommes dans le dépouillement de la consultation, le système à niveaux a pour l’instant la préférence. Mais il est trop tôt pour en tirer des conclusions.

– Reste que vous n’avez pour l’instant pas de majorité politique sur la réforme que vous proposez. Comment entendez-vous aller de l’avant?
– C’est bien normal de ne pas avoir de majorité au stade de l’avant-projet, où chacun affirme des positions fortes et tranchées. Je suis convaincue que la ligne générale est juste. Mais peut-être n’arrivera-t-on pas à tout faire en une fois.

– Il n’y aura donc pas de grande réforme de l’école?
– Il est trop tôt pour le dire. Nous n’avons pas encore reçu tous les éléments de la consultation et je veux aller au fond de ces réponses pour voir ce qu’il en ressort.

– Mais les délais sont brefs pour présenter un contre-projet à l’initiative Ecole 2010, au plus tard en janvier prochain.
– Nous avons déjà fait beaucoup en un temps très court, en sortant un avant-projet cohérent. En réalité, les points de friction ne sont pas si nombreux, même s’ils sont les plus emblématiques.

– On constate tout de même que le sujet polarise. Comment en sortir?
– L’école n’est ni de gauche ni de droite. Cela dit, les meilleurs systèmes en termes de performance scolaire mettent l’accent sur les écoliers les plus fragiles, ce qui permet d’élever le niveau de l’ensemble des élèves.


 

La ministre de l’Education répond aux critiques

La droite demande un bilan sur l’école actuelle
«Qui veut noyer son chien dit qu’il a la rage. Nous nous appuyons sur d’innombrables études, notamment de l’Unité de recherche pour le pilotage des systèmes pédagogiques, ainsi que de l’OCDE (PISA). D’avoir aussi à l’esprit que nous ne pouvons faire des comparaisons que depuis peu: les principaux indicateurs n’existent que depuis 2000. J’ai soutenu leur développement.»

Beaucoup regrettent que le statut des enseignants ne figure pas dans la loi
«Les enseignants sont rassurés qu’on ne traite pas leur statut en votation populaire! Quant au manque de soutien, supposé, il faut encore attendre les réponses des 90 établis-sements consultés. Mais il est clair qu’on ne peut pas faire une réforme contre les enseignants.»

Une excellence sacrifiée sur l’autel de l’égalité est aussi une crainte
«Nous tentons de faire la même chose que dans les systèmes performants. Selon le rapport suisse sur l’éducation de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, plutôt d’obédience de droite, il faut réconcilier l’excellence et l’égalité des chances. Or, l’école vaudoise a autant d’élèves très forts que les autres systèmes scolaires, mais davantage de trop faibles. Et le fait que l’on s’occupe des plus faibles leur permet d’être encore meilleurs.»

Autre grief, le manque de garanties sur les moyens
«Celui qui a les moyens entre les mains, c’est le Grand Conseil. Toutefois, il ne s’agit pas que de finance, mais aussi de moyens de mise en œuvre. Sur ce point, nous avons jusqu’à la rentrée 2015-2016 pour mettre en place les nouveautés, ce qui permet d’anticiper. Il faut travailler vite en raison de l’initiative Ecole 2010, mais on aura ensuite du temps pour préparer, informer, former le corps enseignant.»


 

Les points chauds du projet

REDOUBLEMENT Il est supprimé au profit de mesures de soutien.

FILIÈRES Les filières du degré secondaire (VSO, VSG, VSG) sont éliminées. Les élèves sont répartis en deux niveaux selon les matières.

ÉCOLE INCLUSIVE Les élèves «ayant des besoins particuliers», souffrant par exemple d’un handicap, sont mieux intégrés dans les classes. Ce changement découle de l’accord sur la collaboration dans le domaine de la pédagogie spécialisée.

TEMPS D’ÉCOLE La grille horaire est augmentée et la durée de l’école prolongée. Conformément à l’harmonisation scolaire fédérale, le cursus commence en enfantine. Personne ne quitte l’école sans avoir achevé son parcours.

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