L’école de demain semble encore loin. La réforme d’Anne-Catherine Lyon, qui veut allier égalité et excellence dans un système sans filières ni redoublement, se heurte à de sévères écueils politiques. A droite, radicaux, libéraux et UDC refusent d’entrer en matière sur un texte, jugé inabouti, qui suscite trop de désaccords. A gauche, Verts et A gauche toute! saluent la philosophie, mais affichent leurs réserves.
Seuls les socialistes offrent leur soutien sans condition à leur ministre. «Nous saluons l’avant-projet, qui défend une réforme ambitieuse», appuie leur présidente, Cesla Amarelle. Trop ambitieuse? «C’est courageux de la part d’Anne-Catherine Lyon d’avoir pris un risque politique. C’est pour cela qu’il y a eu un large processus de consultation, afin d’avoir une assise démocratique.» Mais à ce stade, la réforme ne convainc pas l’indispensable majorité du Grand Conseil.
Révolution aveugle
Pour l’UDC, c’est non à une loi qui bouleverse trop le système, au détriment d’améliorations ciblées. Egalement très critiques, les libéraux et les radicaux auraient au moins voulu que le changement soit documenté. «Il n’y a pas de bilan sur l’école actuelle. C’est incohérent par rapport à une réforme d’une telle ampleur», estime la présidente des radicaux, Christelle Luisier. «On a tous été à l’école et on a tous nos idées sur le sujet. Mais pour changer, il faut savoir où on est», renchérit la libérale Catherine Labouchère.
Problème de moyens
Les radicaux s’inquiètent du coût du projet, qui n’est pas chiffré. Alors que les Verts et A?Gauche toute!, échaudés par l’expérience d’EVM, craignent que les moyens ne manquent. «La réforme va dans le bon sens: elle propose une école moins discriminante, permet la formation des élites sans laisser des gens sur le bas-côté. Mais il n’y a pas assez de garanties que les moyens suffisent pour mettre en œuvre cette belle idée», résume Anne Baehler Bech, au nom des Verts. La nécessité de dégager des ressources s’exprime du point de vue des enseignants, des appuis, du nombre limité d’élèves par classe, illustre Jean-Michel Dolivo, d’A Gauche toute!.
Egalité et qualité
Le Vert libéral Jacques-André Haury ne laisse aucune chance à l’école d’Anne-Catherine Lyon: «C’est plus une provocation qu’une volonté d’améliorer l’école.» Ce qu’il voit comme une «obsession de l’intégration» se fait au détriment de la transmission des savoirs. De quoi irriter Cesla Amarelle: «Défendre une capillarité sociale, un mélange des élèves, n’est pas laxiste, c’est leur apprendre l’effort.»
Projet incomplet
Mais les politiques jugent l’avant-projet inabouti. «Quand on souhaite une pédagogie inclusive et compensatoire, il faut une modélisation de l’école et une réorganisation de la classe, car les professeurs et les élèves sont appelés à travailler différemment», critique Anne Baehler Bech. Tout comme les libéraux et les radicaux, les Verts – qui n’acceptent pas le projet en l’état – regrettent que le statut des enseignants soit remis à plus tard. «Comment va s’articuler leur travail, avec quels moyens pédagogiques, quel degré d’autonomie?» interroge Christelle Luisier. «Les élèves feront une année de plus, mais comment?» demande Catherine Labouchère.
Dans l’urgence
Sera-t-il possible de trouver un compromis rapidement? Le calendrier est serré. La nouvelle loi est en effet censée jouer le rôle de contre-projet à l’initiative populaire «Ecole 2010», qui doit être soumise au peuple avant le 25 janvier?2011. Entre la pression de cette échéance et l’approche des élections, qui vont polariser le débat politique, la réforme ne s’inscrit pas dans un climat serein.
L’école secondaire à niveaux
L’école secondaire à niveaux
L’avant-projet propose de supprimer les trois filières du secondaire (VSG, VSB, VSO) au profit d’une école à deux niveaux. Les socialistes et
A?Gauche toute! (AGT) auraient préféré une voie unique, mais adhèrent au compromis. «La sélection est un fort vecteur d’inégalité. Mélanger les élèves, leur permettre de se mesurer, est très positif dans notre société», plaide Cesla Amarelle. Pas de quoi convaincre la droite: en l’absence d’études, elle voit ces niveaux comme l’illustration d’un bricolage. «Ce n’est pas en éliminant la VSO qu’on va améliorer la situation», juge Pascal Rebeaud, de l’UDC, qui demande une valorisation de la filière préprofessionnelle. «Les niveaux n’empêcheront pas la stigmatisation: il faut que les élèves ressortent avec un bagage», argumente Christelle Luisier. Les Verts, eux, auraient voulu que cette «bonne idée» soit mieux documentée et organisée pour éviter une sélection cachée.
La suppression du redoublement
L’idée de supprimer le redoublement a fait l’objet d’un débat chez les socialistes, qui ont finalement été séduits par les arguments montrant l’inutilité du redoublement. AGT adhère à sa suppression, à de rares exceptions près. Les Verts, eux, militent pour que le redoublement soit la dernière possibilité, mais ne veulent pas le condamner.
Les partis de droite non plus.