Parents et connaissances de la famille Légeret se sont succédé hier à la barre des témoins du Tribunal criminel de Lausanne. Dans ce procès plus que dans tout autre, juges et jurés devront puiser dans cette avalanche de considérations aimables ou haineuses de quoi se forger une nouvelle «intime conviction». Et, surtout, s’ils concluent à la culpabilité de F. L., de quoi construire un scénario qui tienne la route malgré le témoignage tardif de la boulangère qui a provoqué l’annulation de la condamnation à la prison à vie prononcée en juin 2008 à Vevey (24?heures d’hier).
En clair, il s’agit de savoir si cet homme de 45?ans a pu, durant les fêtes de Noël 2005, commettre le triple homicide dont on l’accuse et d’expliquer comment il s’y serait pris.
Le mobile
Pas de meurtre sans mobile. Dans l’affaire Légeret, on ne voit pas quoi d’autre que l’argent aurait pu provoquer un tel massacre. Et de l’argent, il y en avait.
«Dans une affaire criminelle, il n’y a plus de secret bancaire!» lance le procureur général, Eric Cottier, au financier qui hésite à livrer le détail de la situation pécuniaire familiale. Si l’on s’en tient à prendre en compte que l’accusé était aux abois en cette fin d’année 2005, la situation peut paraître simple. Mais si l’on tente de suivre les explications techniques, si l’on veut faire la part des choses entre les accords de dernière minute promis, signés ou tenus, on comprend que des jurés se soient laissés aller à admirer les moulures dorées du plafond.
La mentalité
Ce que chacun semble avoir déduit, c’est que la disparition de sa mère et de sa sœur revient à céder à F. L. la fortune de plusieurs dizaines de millions de l’hoirie qu’ils constituaient à eux trois depuis le décès de son père.
Argent, amour et haine aussi. On lui prête un caractère affable, poli et serviable. Mais pas seulement. «Pour moi, c’est une personne capable d’une extrême violence. En ce moment, il ment comme il respire. Il n’est plus digne d’être un Légeret.» L’accusé ne bronche pas sous ces paroles d’un oncle septuagénaire qui le fusille du regard. Ni lorsque l’ancien gérant de ses immeubles raconte que, à fin janvier 2006, peu avant son arrestation, il a surgi durant la nuit des caves d’un de ses bâtiments pour s’engouffrer dans sa Jeep.
L’intéressé se redresse en revanche lorsque la psychiatre de son ex-amie affirme qu’il est «un manipulateur pervers». Et qu’elle ajoute: «Je le crois capable du pire pour arriver à ses fins.» La thérapeute précise certes que cela ne relève que d’une impression, non d’une démarche diagnostique. Mais quand même…
Mystérieuse Marie-José
F. L. est accusé d’avoir tué sa sœur, puis d’en avoir fait disparaître le corps. La literie manquante dans la villa du crime parle pour une fin tragique de ce type. Mais rien n’est décidément simple dans cette affaire. Décrite comme une personnalité discrète et dépressive depuis qu’elle se croyait envoûtée par un sorcier africain, cette femme médecin qui vivait avec sa mère semblait être au bout du rouleau. Amie ou ennemie de F. L.? Autant de témoins plaident dans un sens que dans l’autre.
«J’étais sa confidente et j’ai l’impression qu’elle n’est pas décédée, qu’elle pourrait me téléphoner à n’importe quel moment», affirme une de ses anciennes patientes, surprise par la brusque et définitive fermeture du cabinet médical en septembre 2003. Le procès se poursuit.