Ils ont entre 15 et 24?ans. Leur point commun: le chômage. En Suisse, 29?979 jeunes étaient inscrits auprès des Offices régionaux de placement le mois dernier. Une statistique en augmentation de 40,3% (+ 8613?personnes) par rapport à janvier 2009, selon le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO).
Cette réalité, Albana Hysvukaj et Yoël Garcia la connaissent bien. Ces deux Chablaisiens ont dû passer par la case chômage à la fin de leur scolarité obligatoire. Faute de place d’apprentissage, ils ont intégré le Semestre de motivation (Semo), une mesure transitoire née en 1994. Ateliers pratiques, cours, stages en entreprise, horaires stricts: tout y est fait pour plonger les jeunes dans les réalités du monde professionnel. Ils reçoivent pour la plupart une indemnité mensuelle de 400?francs. Ceux qui vivent en Suisse depuis moins de dix ans, en revanche, ne touchent rien.
Longues listes d’attente
En quinze ans, 1500 jeunes ont fréquenté le Semo de Monthey. «Près de 80% d’entre eux ont pu être placés», note le directeur, Alain Granger. Les autres, en grande majorité, ont été exclus pour raisons de comportement. Albana et Yoël, eux, ont bouclé leurs douze mois au Semo sans avoir trouvé de solution. «C’est un phénomène nouveau ici, constate Alain Granger. Nous nous efforçons de suivre bénévolement les jeunes gens concernés.» Si Yoël, 18?ans, est toujours dans l’incertitude, Albana a enfin trouvé la place dont elle rêvait. Au patron du magasin qui a fini par l’engager, elle a promis «de bosser à fond».
Les 70 structures Semo de Suisse accueillent aujourd’hui 2500 jeunes. «Partout, les listes d’attente s’allongent», s’inquiète Alain Granger. A lire les chiffres du SECO, la tendance n’est pas près de s’inverser.
«Garder le moral, c’est important»
Yoël Garcia, 18?ans, sans place d’apprentissage après douze mois passés au Semestre de motivation
Après une scolarité sans histoire, Yoël décroche une place d’apprentissage dans son village, à Champéry. Mais il abandonne au bout d’un mois. «Installateur électricien, c’était trop physique pour moi», avoue-t-il. Des regrets après ce choix? «Un peu. Mais ce sont surtout mes parents qui ne l’ont pas compris.»
En novembre 2008, faute de mieux, Yoël intègre le Semestre de motivation de Monthey. Ses premiers stages lui font découvrir la vente. «Au début, c’était dur. Par la suite, je suis devenu plus ouvert.» Mais ses postulations ne donnent rien. Invité à passer un examen d’entrée chez Manor, il échoue. Sa référente lui conseille
alors de changer de direction: pourquoi pas nettoyeur en bâtiment? «Je n’étais pas emballé. Mais à la fin de mon premier stage, j’ai compris que c’était un beau métier.»
Entretien d’embauche, examen: le jeune Chablaisien pense avoir franchi toutes les étapes pouvant lui ouvrir les portes d’une formation professionnelle, avec un CFC au bout de trois ans. L’entreprise Login lui a promis une réponse ferme ce mois-ci. «Je suis assez confiant. Tout s’est bien passé sur les chantiers où j’ai travaillé.»
Reste que, au terme de son passage au Semo, Yoël Garcia n’a aucune certitude. Il continue donc ses prospections dans le domaine de la vente, au cas où.
Le plus dur, dans ce parcours du combattant? «C’est de voir que tous mes copains ont trouvé une place, sauf moi. Quand les réponses négatives se multiplient, on se sent dans un trou. Garder le moral, c’est important. Et il faut aussi un peu de chance.» A 18?ans tout juste, Yoël semble avoir tiré les leçons de ses errances. «Dès que j’aurai une place, je ferai tout pour la garder.»
«Dur d’être toujours la dernière»
Albana Hysvukaj, 18?ans, vient de décrocher une place dans la vente après deux ans de recherche
Née en Suisse de parents kosovars, Albana a suivi toute sa scolarité obligatoire à Monthey. En 2007, elle intègre une classe de préapprentissage. Deux jours d’école par semaine, des stages en entreprise: elle postule auprès d’une trentaine de magasins de la région.
En vain. «Dans ma classe, nous n’étions que deux ou trois à ne rien avoir trouvé. C’est dur d’avoir toujours l’impression d’être la dernière.»
Direction le Semestre de motivation, où elle passera un an. «J’ai à nouveau fait plusieurs stages dans la vente. Mais le résultat était toujours pareil: soit il n’y avait aucune place d’apprentissage, soit elle était déjà prise.» Son horizon ne s’éclaircira qu’en octobre 2009. A Collombey, la Coop lui offre la perspective de devenir assistante en commerce de détail. Une formation de deux ans, qu’elle entamera l’été prochain. La jeune Montheysanne peut donc rêver d’une attestation fédérale (AFP), avant, peut-être, d’enchaîner avec un CFC (certificat fédéral de capacité). «J’ai galéré pendant des années mais, finalement, j’ai trouvé une place dans le domaine qui m’intéressait.»
Si c’était à refaire, comment s’y prendrait-elle? «Je travaillerais mieux à l’école. Surtout les maths.» Car Albana traîne un handicap scolaire important. Elle est passée par la filière d’observation, qui, en Valais, accueille les élèves ayant les plus grandes difficultés. «Ceux qui ne veulent pas faire d’efforts», soupire la jeune fille, qui prend depuis quelque temps des cours de rattrapage.
Albana Hysvukaj trouve néanmoins que certains patrons se focalisent trop sur les résultats scolaires. «Ils devraient plus tenir compte de la motivation du jeune, de son envie d’apprendre un métier.»
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