QUÊTE

Quête chamanique dans les forêts vaudoises

Par JOËLLE FABRE le 01.05.2010 à 00:01

Du citadin en mal de nature aux adeptes de développement personnel, le néo-chamanisme attire toujours plus.

Ces derniers jours, dans les forêts du Marchairuz, les promeneurs en quête de morilles se seront peut-être cassé le nez sur un groupe d’individus assez improbables. Pas de bâtons de nordic walking, ni de podomètres, encore moins de paniers à champignons. Et dans leur feu, zéro cervelas. Ils tapent sur des tambours pour se mettre en état de rêve éveillé, dansent et chantent. Une bande d’hurluberlus? Juste une trentaine de citadins candidats au voyage chamanique. De tous âges et horizons, ils apprennent à communiquer avec les sapins, à parler avec les pierres, à devenir une fleur, réunis autour d’Ulla Straessle dans le cadre d’un séminaire intensif à la rencontre de l’invisible, du monde spirituel, de la force de l’Univers.

Au même moment, dans les bois de Ballens, d’autres urbains en mal de nature se purifient le corps et l’âme dans une hutte de sudation construite de leurs propres mains. Mercredi, nuit de pleine lune, un cercle de tambours chamaniques était organisé à Yens. Ces stages et initiations n’ont plus rien d’exceptionnel dans nos forêts. Des centaines de Romands – peut-être votre collègue de bureau, votre coiffeur ou, qui sait, votre psy – se ressourcent en s’adonnant aux danses de vision et autres pratiques néo-chamaniques, à côté d’une vie professionnelle des plus classiques.

Loin des écrans de télé ou d’ordinateur

Que cherchent-ils? Et surtout, qu’ont-ils trouvé? Des remèdes archaïques à des maux modernes, comme le stress ou le mal-être, de la spiritualité hors des carcans religieux. Mais aussi des choses très simples et très belles, affirment-ils. Ne serait-ce que l’ouverture aux autres, sans jugement, loin des écrans de télé ou d’ordinateur. «J’ai toujours eu ce lien avec la nature et toujours souffert de ne pas pouvoir le vivre assez intensément, raconte Isabelle Perret-Gentil, enseignante et praticienne chamanique. Se réapproprier ce lien en compagnie d’autres personnes, vivre ça ensemble, c’est une expérience collective très forte.»

Mona Cserveny, psychiatre, travaille depuis 2001 avec des patients migrants: «Certains, venus d’Afrique ou d’Amérique du Sud, ont encore des racines chamaniques extrêmement présentes.» C’est par intérêt pour leur culture, pour mieux les soigner, que cette jeune médecin, notamment inspirée par les travaux de l’ethnopsychiatre Tobie Nathan, a sonné à la porte de la praticienne chamanique Ulla Straessle, il y a un an et demi: «Je suis entrée assez prudemment, je voulais la tester en consultation avant de m’inscrire à un stage.» Très vite, elle participe à des séminaires: «Le fait d’avoir vécu des expériences chamaniques de l’intérieur m’apporte une meilleure connaissance de mes patients. Sur le plan personnel, cela m’a donné accès à certaines ressources. Je poursuis l’expérience.»

Récupérer des morceaux d’âme

Gary Gedall, psychologue-psychothérapeute, pratique l’hypnose ericksonnienne: «Le chamanisme m’inspire, mais je ne l’utilise pas avec mes patients. Ce qui m’a le plus touché dans ces stages, c’est cette vision du monde où certaines maladies ou souffrances peuvent être attribuées à des pertes de morceaux d’âme que l’on peut récupérer à travers le voyage chamanique.»

Un voyage en quête de morceaux d’âme? Des alliés dans d’autres mondes? «Disons que le but est d’éveiller chez chacun des capacités perdues, de s’ouvrir au changement et de se relier avec des forces qui aident. Peu importe quel nom on leur donne», sourit Ulla Straessle. Chamane postmoderne, cette ancienne responsable du département informatique de Serono a suivi la formation de la FSS (Foundation for Shamanic Studies), une organisation à but non lucratif, fondée par l’anthropologue Michael Harner pour préserver les traditions chamaniques et les rendre utilisables par les occidentaux. «Toute l’énergie que nos ancêtres devaient mobiliser pour survivre dans la nature en interprétant ses moindres signaux, nous ne pouvons plus la dépenser, explique Ulla Straessle. Nous sommes devenus des machines à émotions, nous sommes envahis par nos pensées.»

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