L’euphorie olympique donnera-t-elle un coup de pouce à la politique? Dimanche, tout le village de Morgins – et avec lui tout le val d’Illiez – fêtera «son» médaillé d’or en descente, Didier Défago. Le lendemain, ces mêmes citoyens ont un autre rendez-vous d’importance.
Les assemblées primaires de Troistorrents, de Val-d’Illiez et de Champéry, ainsi que le Conseil général de Monthey, se prononceront sur les plans d’aménagement détaillés des Portes-du-Soleil. Un vote jugé crucial pour le développement du domaine skiable, tous les projets côté suisse étant suspendus à cette procédure.
100 millions de francs
Nouvelles remontées mécaniques, nouveaux équipements d’enneigement artificiel: il s’agit de rattraper un important retard pris sur les stations françaises des Portes-du-Soleil. La modernisation implique près de 100 millions de francs d’investissements dans les quinze ans à venir. Mais aussi des milliers de mètres carrés de surfaces forestières à défricher. Un seul exemple: la nouvelle piste de ski de la Foilleuse, que les dirigeants de TéléMorgins espèrent réaliser cette année déjà, nécessite un déboisement sur plus de 2,8?hectares.
Pour envisager de tels projets, les responsables locaux ont dû négocier l’ensemble du développement, point par point, avec les défenseurs de la nature. Et lâcher du lest dans plusieurs secteurs sensibles, comme des bas marais. Résultat: une planification globale qui fait figure de «modèle à suivre», selon Marie-Thérèse Sangra, secrétaire du WWF Valais. «Si tout le monde respecte ses engagements, la paix sociale est garantie pour quinze?ans dans la région», relevait-elle en octobre, au moment de parapher la version finale.
Entamées en 2004, les discussions ont abouti, deux ans plus tard, à la signature d’une première convention. Mais elle s’est heurtée au refus de la majorité des citoyens de Val-d’Illiez, en 2007 et 2008, dans un climat électrique. «Nous aurions perdu une partie du domaine skiable de Champoussin», rappelle le président de la commune, Philippe Es-Borrat.
Pas un blanc-seing
Aujourd’hui, le débat s’avère nettement moins passionné. La nouvelle mouture de la planification tient compte des revendications de Val-d’Illiez, le ski étant maintenu au sud de la Pointe-de-l’Au. TéléMorgins SA, qui exploite les installations de Champoussin, a fait une croix, à regret, sur le développement du versant nord. Seule exception: la piste menant du sommet de la Pointe-de-l’Au à Morgins, désormais baptisée «Didier Défago», verra son statut officialisé en cas de quadruple oui lundi soir. Mais aucun télésiège ne sera construit pour la desservir.
A quelques jours du verdict populaire, les acteurs du dossier se disent optimistes. Certes, dans les communes ayant massivement accepté la première version, certains habitants critiquent les nouvelles options. «Mais ça va passer», espère Luc Fellay, président de Champéry. Dans sa commune, treize particuliers se sont pourtant opposés aux plans d’aménagement lors de l’enquête publique, en janvier. «Ces gens ont été entendus depuis lors, indique Luc Fellay. Et ils auront encore la possibilité d’intervenir lors de chaque demande d’autorisation de construire.»
Car les documents soumis au vote lundi ne constituent pas un blanc-seing accordé aux exploitants du tourisme. Tous les projets de renouvellement doivent faire l’objet de procédures séparées. «Mais les écologistes s’engagent à ne pas faire opposition si le cadre global de la convention est respecté, souligne Raymond Monay, directeur de Télé Champéry-Les Crosets. C’est un pas décisif.»
La planification en deux points
DOMAINE SKIABLE Le renouvellement d’une dizaine d’installations est prévu. Exemple à Morgins: le téléski des Bochasses fera place à un télésiège et deux téléskis voisins seront supprimés. Les télésièges menant à la Pointe- de-l’Au, depuis Les Crosets et Champoussin, seront reconstruits (tracés à l’étude). Aux Crosets, le télésiège de Grand-Conche sera remplacé, celui de Pauvre-Conche est promis à l’abandon. Côté enneigement mécanique, plusieurs nouveaux secteurs devraient être équipés, à l’image de la piste Planachaux-Grand-Paradis (Champéry).
AGRITOURISME Gîtes ruraux, buvettes, trafic automobile: la planification fixe les lignes directrices de la mise en valeur du plateau de Barme, à Champéry, des zones agricoles des rives de la Vièze ainsi que du vallon de They, à Morgins.