Vincent vient de fêter ses 17?ans et il va mal. En rupture d’apprentissage, il passe ses journées terré dans sa chambre. Avec ses parents, le dialogue est rompu. Lui ne s’estime pas malade, mais son entourage s’inquiète de le voir à la dérive. Si elle est fictive, cette situation ressemble pourtant à celles dans lesquelles intervient régulièrement l’équipe de psychiatrie mobile pour les jeunes adultes et adolescents du Nord vaudois. Alertés par l’entourage d’une personne souffrant de troubles psychiques, ces spécialistes ont la particularité de rencontrer leurs patients dans leurs lieux de vie, loin du confort d’un cabinet médical. Dans le secteur psychiatrique Nord du Département de psychiatrie du CHUV – qui s’étend de la vallée de Joux au Vully – ce type de prise en charge existe depuis le début de l’année. Il a déjà été sollicité une quinzaine de fois.
A l’échelon cantonal, le développement des équipes mobiles s’inscrit dans le plan d’action 2007-2012 en matière de politique de la santé mentale. Déjà présent dans la région lausannoise et désormais dans le Nord, ce type de prise en charge est sur le point de s’étendre sur La Côte: une antenne similaire à celle d’Yverdon sera inaugurée le 28 avril à Prangins. Elle comprendra deux équipes, pour jeunes adultes et pour patients d’âge avancé, représentant une dizaine d’intervenants.
Agir le plus tôt possible
Le credo de cette méthode: «Agir tôt, c’est soigner mieux.» L’équipe mobile constitue un service de proximité, qui facilite l’accessibilité aux soins pour des jeunes qui n’ont souvent jamais été suivis. «Les premiers troubles psychiatriques graves commencent souvent de manière insidieuse chez le tout jeune adulte», explique François Pache, médecin responsable de l’équipe du Nord vaudois. Une psychose détectée à temps sera plus facile à «désamorcer» ou à prendre en charge efficacement avant qu’elle ne s’aggrave.
Mais, face à ces individus au trouble non encore identifié, l’entrée en action des équipes n’est pas évidente. Elle se fait tout en subtilité. «Nous cherchons à apprivoiser le patient, poursuit François Pache. Nous le rencontrons chez lui ou dans un endroit qui lui est familier.» Le but: dissiper la méfiance, évaluer la situation, créer un lien et tenter un suivi. «Ce temps d’accrochage est très précieux, car il permet de rapporter la souffrance non dite à la réalité, et de l’intégrer à un processus de soins», estime Vincent Schneebeli, infirmier-chef à l’Hôpital psychiatrique du Nord vaudois.
Une aide très concrète
Les équipes sont des binômes d’intervenants aux compétences psychiatriques et médicales. Elles mettent le doigt sur les troubles, relèvent les symptômes, voire les pathologies associées. Concrètement, les équipes apportent leur aide sous la forme d’«entretiens motivationnels», au cours desquels le patient évalue lui-même les inconvénients que lui causent ses troubles. Mais il peut aussi s’agir d’aide très concrète, comme un accompagnement en voiture ou une aide à obtenir et remplir un formulaire. «Nous avons un rôle de relieurs, qui font le lien entre les personnes significatives pour le patient», ajoute Enzo Ros, infirmier clinicien. Dans cette optique, les équipes de psychiatrie mobiles sont aussi appelées à aiguiller des patients qui redémarrent une «vie normale» après une hospitalisation.
Aussi pour les patients d’âge avancé
Les jeunes patients ne sont pas les seuls à pouvoir bénéficier de ces soutiens psychiatriques extra-muros. Depuis octobre 2009, une autre équipe mobile de psychiatrie apporte un soutien spécifique aux personnes d’âge avancé. En quatre mois d’activité, elle a répondu à plus d’une centaine de demandes. «Là aussi, on va à la rencontre de la personne là où elle se trouve, à domicile, en EMS, où lors d’une consultation chez le médecin généraliste, relève Liviu Dan, responsable de l’équipe. Nous devons aider le patient à sortir de la souffrance et permettre à son entourage familial ou professionnel d’avoir un soutien constant en situation de crise, poursuit-il. Il s’agit d’éviter l’épuisement de l’entourage médical, social et familial.» Auprès des aînés qui bénéficient déjà d’un soutien régulier, les équipes doivent veiller à ne pas empiéter sur le travail des «professionnels de première ligne» que sont les aides à domicile, les médecins généralistes, les équipes soignantes dans les EMS et les assistants sociaux.
Pour en parler
Du 19 au 27 mars auront lieu les 7e?Journées de la schizophrénie. Pour l’occasion, une plateforme internet a été créée à l’adresse www.info-schizophrenie.ch. Elle regroupe toutes les informations concernant la maladie et son rétablissement. On y trouve aussi des témoignages, des adresses utiles et des conseils pour agir lorsque des troubles apparaissent.
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