«Comme vous, nous vivons notre vie!» Julien-Clément Waeber aurait sa place sur les affiches des campagnes de Pro Infirmis visant à donner une nouvelle image des personnes handicapées, celle d’individus sûrs d’eux, qui prennent leur existence en main. Car malgré son lourd handicap, le jeune infirme moteur cérébral (IMC) d’à peine 19?ans a été assermenté au mois de décembre au Conseil communal de Chavannes-près-Renens.
Une entrée remarquée dans le monde politique, où la parole est reine. En effet, cloué sur une chaise roulante électrique, Julien-Clément Waeber s’exprime grâce à un ordinateur qu’il manipule à l’aide de quatre tiges installées derrière sa nuque et des deux côtés de sa tête. Mais la composition d’une phrase simple lui demande cinq ou six minutes avant que l’appareil ne la traduise d’une voix synthétique. «L’impossibilité de pouvoir répondre rapidement est une frustration», reconnaît son père, Pascal.
Mais qu’importe! Cette enveloppe corporelle défaillante n’est pas une barrière suffisante pour renoncer à défendre ses convictions politiques. «Je ne veux pas qu’on me voie comme une personne handicapée, mais plutôt comme un être à part entière», insiste-t-il. Toutefois, il admet que son accession à la chose publique a fait de lui un exemple pour ceux qui partagent son handicap. «Je suis entré en politique d’abord pour moi, mais aussi pour montrer aux autres que c’est possible. Si j’affirmais le contraire, je mentirais!» Il faut avouer que la politique est une passion dévorante pour Julien-Clément Waeber. Une passion qui s’est imposée grâce à ses parents, qui se sont toujours battus pour que leur enfant ait un accès à l’actualité.
Membre de la Jeunesse socialiste
Depuis plus d’une année, celui qui avoue aussi une sensibilité écologique s’est tourné vers le Parti socialiste pour «défendre les assurances sociales, l’un des piliers de l’Etat, voire même le premier». Il s’est également imposé au sein des Jeunes socialistes vaudois, dont il est responsable du support média au sein du bureau. Il est d’ailleurs un de leurs délégués au sein du parti suisse. Ce qui l’a par ailleurs conduit au dernier Congrès national, où il est intervenu auprès du président Christian Levrat pour demander une hausse de la rente AI minimale. Un culot qui ne laisse pas indifférent son meilleur ami, Sébastien, lui aussi résident de la Cité Radieuse: «L’atout de Julien en politique, c’est qu’il est une tête de mule!»
L’huissier sera la voix et la main du conseiller communal
«Nous avons tout fait pour qu’il puisse siéger», remarque Isabelle Steiner, présidente du Conseil communal de Chavannes-près-Renens. Si personne ne remet en cause l’accès de Julien-Clément Waeber à ses droits politiques, le bureau de l’assemblée a dû résoudre pas mal de problèmes avant d’assermenter le jeune IMC. En effet, le grave handicap de l’élu est un cas rarissime, voire unique, dans les instances politiques suisses. «Je ne suis pas en mesure de savoir s’il est le premier, mais on peut l’imaginer», estime Josiane Grandjean, directrice de l’Association Cerebral Suisse.
Pourtant, rien ne s’oppose à ce que le jeune socialiste puisse exercer ses droits politiques. «Le droit d’éligibilité tombe seulement pour le citoyen placé sous tutelle à cause d’une maladie mentale ou d’une faiblesse d’esprit», note Sylvain Jacquenoud, chef de la section droits politiques au canton. Ce qui n’est pas le cas en l’occurrence.
Restait donc au bureau du Conseil communal à faire des aménagements. Pour les votes à bulletins secrets, comme pour lire les interventions que Julien-Clément Waeber aura préparées à l’avance, l’huissier du Conseil sera en charge d’être la main et la voix du jeune socialiste. «Il est assermenté et il est neutre, explique Isabelle Steiner. Il est donc le parfait garant de l’indépendance de Julien-Clément Waeber au sein de l’assemblée.»
R.?E.