La prison à vie pour un meurtre et deux assassinats. A l’issue de plus de deux heures de lecture du jugement, dans une salle d’audience pleine à craquer, le Tribunal criminel de Lausanne n’a pas dévié d’un pouce. Il a suivi ce soir le raisonnement veveysan qu’il avait la charge de réviser.
Ni le témoignage tardif de la boulangère, mettant en cause le déroulement des faits retenus par les premiers juges, ni l’absence d’aveux, de preuves et même de corps pour ce qui est de la troisième victime n’ont instillé le moindre doute à la Cour présidée par Philippe Colelough.
La vérité judiciaire est désormais scellée deux fois. Aux yeux de la majorité des trois juges et des six jurés lausannois, F.?L., 45?ans, a bel et bien tué sa mère adoptive, ainsi que l’octogénaire qui passait chez elle les fêtes de Noël?2005. Puis il a éliminé sa sœur.
Le tribunal a suivi en tout point le réquisitoire du procureur général Eric Cottier. Comme le ministère public, il a considéré que la boulangère s’est trompée de date en affirmant avoir servi Marie-José, la sœur de F.?L., et sa mère, le 24 décembre vers 16?h?30, alors qu’elles étaient censées être déjà mortes. «L’attitude véhémente de ce témoin ne doit pas en soit emporter la conviction par la seule énergie déployée.» Traduisez: «Ce n’est pas parce qu’elle affirme être sûre à 200%, puis à 300%, qu’elle a raison.»
Témoignage rejeté
La boulangère n’est certes pas qualifiée de menteuse, juste d’avoir été confuse. Et de retenir plusieurs indices pour replacer sa rencontre le 23 décembre et non le 24. De fait, l’enquête a établi que la mère de F.?L. était chez sa coiffeuse en ce début d’après-midi du 23. Et que sa fille est allée comme de coutume la rechercher vers 16?heures. Or ce salon se trouve à une centaine de mètres de la boulangerie en question. Une visite à ce magasin est dès lors compatible. Par ailleurs, ce 24 décembre, la villa ne donnait plus signe de vie depuis la fin de la matinée, lorsque le facteur y a laissé un colis devant la porte, qui s’y trouvait encore à la découverte des corps, le 4 janvier. Que deviennent les repères temporels précis avancés par la vendeuse pour étayer son souvenir? «L’expérience de la vie démontre combien la mémoire peut être relative et aléatoire», répond la Cour. Elle est convaincue que la dame est victime d’un «phénomène de pollution de sa mémoire», notamment en raison des premiers avis de recherche de Marie-José, qui faisaient état du 23 décembre.
Cela ne suffit pas pour faire de F.?L. un coupable. L’homme n’a jamais cessé de clamer son innocence. Il a affirmé que c’est la pression du juge d’instruction qui lui a fait dire qu’il s’était rendu à la villa le 24 décembre, qu’il y avait trouvé les deux octogénaires décédées ainsi que sa sœur paniquée. «La Cour ne croit pas à son incapacité à résister à des pressions qui sont celles habituellement exercées sur une personne soupçonnée d’un crime. F.?L. est plutôt un homme déterminé et obstiné, qui ne cède jamais.» Et s’il a raconté cette visite à la villa, lorsqu’on l’a informé qu’une trace de son ADN avait été découverte sur le vêtement de sa mère, «cela démontre que pour lui cette trace pouvait avoir une valeur probante».
Le jugement écarte toute autre possibilité que la culpabilité de l’accusé. «L’intervention d’un tiers est exclue.» Son frère? «Cette hypothèse ne résiste pas à l’examen. Il avait rompu toute relation avec sa mère.» Sa sœur? «Tout scénario l’impliquant directement dans l’homicide est invraisemblable. Il est inconcevable qu’elle soit partie en abandonnant sur place son véhicule et son passeport, et un suicide est inconcevable.»
Selon le tribunal, le mobile est clair comme de l’eau de roche: «F.?L. n’avait plus de liquidités. Il était aux abois. Il se heurtait à la résistance de sa mère, qui se montrait, encouragée par sa fille, de plus en plus réticente à le soutenir.»
Nul ne sait vraiment ce qui s’est passé à la villa, mais le jugement retient que F.?L., sachant sa sœur absente, est allé voir sa mère, et que la discussion a tourné à l’affrontement physique. «Au bénéfice du doute, on admet que sa mère a chuté dans l’escalier. L’amie a alors accouru et a crié. Excédé par cette contrariété supplémentaire, F.?L. l’a poursuivie et l’a frappée.» Les juges sont convaincus qu’il a aussi éliminé sa sœur, «lui seul sait ce qu’il en a fait».
Les parties ont cinq jours pour recourir contre ce jugement. Tout indique que la défense ne s’en privera pas.