«Mon bateau, je l’ai retrouvé à moitié débâché.» Ce n’était pas le pire, comme allait le découvrir Marius Luginbühl, fabricant de bâches navales et propriétaire d’un yacht historique du Léman. «Parvenu à l’intérieur, je me suis dit qu’il y avait un sacré courant d’air. Normal, on m’avait piqué presque tous les hublots.» Les verres épais comme les cadres de bronze!
Marius Luginbühl est l’une des nombreuses victimes d’un étrange pilleur de bateaux, qui a été arrêté samedi 28 août à Mies après avoir écumé le port de Nyon. Il avait caché son impressionnant butin sur une presqu’île, aux portes de Genève.
Il y a dix jours, le cambrioleur a «visité» une douzaine de bateaux amarrés au port de Nyon, dont deux à la grande digue centrale, accessible uniquement par voie d’eau. Pour aborder les embarcations et emporter son butin, le pirate d’eau douce avait volé un canot pneumatique non cadenassé, qui se trouvait à quai.
Lors de ses visites nocturnes, ce Français de 38?ans, domicilié à Gex, a accumulé des centaines d’objets: paquets de rösti, jumelles à 1000 francs, télévisions, mousquetons, poulies en bois pour grand voilier, bouts de moquette, caisses à outils, vêtements divers, compas… Et aussi des cloches et baromètres qu’il avait fallu dévisser ou déboîter.
«Il m’a piqué pour quelque 5000 à 6000?francs de matériel, dont un petit moteur électrique, des verres à liqueur, une lampe à pétrole et un paquet de biscuits. Mais il n’a rien cassé», constate Jacky Colomb, propriétaire d’un beau ketch qu’il a construit avec sa femme il y a plus de trente ans pour naviguer sur les mers du monde.
Comme les héros du roman de Stevenson, le flibustier avait dissimulé son trésor sur une île. En l’occurrence une presqu’île de la réserve naturelle des Crénées, à Mies, à quelque 15?kilomètres de Nyon. Ce samedi 28, la propriétaire du domaine a alerté la police après avoir été intriguée par le Zodiac amarré à ce rivage interdit à tout accostage.
Arrivés sur place, les gendarmes ont découvert l’homme endormi, entouré de tout son butin. Il aurait même accroché des télés dans les arbres et déjà trié une partie des objets.
Le voleur semble être de nature compulsive. Il aurait déjà squatté des bateaux l’an dernier, notamment à Genève. Le patrimoine maritime semble le passionner. Il a forcé avec précaution les portes des cabines et démonté avec soin les objets les plus précieux, tous retrouvés intacts.
«L’enquête devra déterminer s’il a cambriolé d’autres bateaux dans la région», précise le juge d’instruction de l’arrondissement de Lausanne. Tandis que le Français est maintenu en détention préventive pour les besoins de l’enquête, ses victimes défilent ces jours à la gendarmerie de Bursins pour récupérer leur accastillage.