Sous l’auvent de l’immeuble d’en face, des mamans attendaient des nouvelles, encore effrayées par le bal d’ambulances, de camions de pompiers et d’hélicoptère qui ont fait descendre tout le quartier dans la rue, hier, en milieu d’après-midi. A la sortie des écoles, un papa venu chercher ses enfants est mort, écrasé par une rame du Nyon–Saint-Cergue–Morez.
L’homme, un Suisse âgé d’une quarantaine d’années vivant un peu plus haut en ville, attendait le train sur le quai de la petite halte des Plantaz, en compagnie de ses deux jeunes enfants, un garçon et une fille. Alors que la rame de 15?h?17, montant de Nyon, arrivait, il s’est aperçu soudain que sa petite se trouvait sur les rails. Se précipitant sur le ballast, il a pu pousser son enfant de l’autre côté des voies, mais a été heurté par l’avant du convoi. Malgré un freinage d’urgence du mécanicien, le malheureux est resté prisonnier de la structure basse de l’automotrice. Il est décédé sur place, malgré l’intervention rapide des secours. Ses deux enfants, choqués mais indemnes, ont été pris en charge par les ambulanciers.
Des enfants témoins
Ce dramatique accident s’est produit alors que les enfants étaient sortis de l’école des Mangettes, située juste de l’autre côté des voies, dans un parc de la ville. Michel, 10?ans, qui habite tout près de la halte des Plantaz et jouait avec deux copains à la rampe de skate, a vu le papa se précipiter sur les voies. «Il pleuvait et j’ai l’impression qu’il a glissé ou s’est coincé le pied. Il est tombé quand le train arrivait», raconte le garçon, qui fréquente la même école que le fils de la victime.
Très brave, il a tenté de consoler et de rassurer son camarade et sa petite sœur, en pleurs, qui réclamait son papa. Comme d’autres enfants témoins de l’accident, dans ce quartier comptant non seulement une école mais encore deux Maisons des enfants et une crèche, Michel a été rapidement pris en charge par une cellule psychologique. «On est retourné à l’école et on a discuté au moins trois heures avec la dame. Ça m’a fait du bien de parler», racontait le garçon, une fois de retour dans le cocon familial.
Les lieux de l’accident, qui a notamment nécessité l’intervention des pompiers de Nyon et du service de protection et de sauvetage de Lausanne, étaient totalement bouclés, laissant les gens du quartier dans l’inquiétude sur l’identité de la ou des victimes. La grue venue de Lausanne pour tenter de soulever la locomotrice de 17?tonnes ne pouvant accéder au site, c’est un engin plus petit qui a permis de dégager le corps.
L’alerte à peine donnée, la compagnie du Nyon–Saint-Cergue–Morez a très rapidement mis en service des bus pour transborder les passagers entre Nyon et la gare de Trélex, où ces derniers pouvaient reprendre la ligne jusqu’à Saint-Cergue. Son directeur, Richard Zaugg, était encore sous le choc, hier soir, le dernier accident mortel survenu sur cette ligne régionale remontant à plus de dix-huit ans.