«Moi, maintenant, je préfère jouer au foot et laisser les petits pédaler. Ça leur fait des muscles!» Tout sourire, Edo Memic (16?ans) fait partie de la vingtaine de jeunes du quartier du Vallon, à Lausanne, qui viennent de fabriquer un vélo-génératrice inédit pour éclairer la place du Nord en soirée. Cette création inédite concrétise la demande que ces jeunes avaient émise, il y a plusieurs années, auprès du Centre d’animation de la Cité: pouvoir bénéficier d’un éclairage pour prolonger leur temps de jeux, en particulier en automne et au printemps.
«Une rencontre avec une équipe d’ingénieurs de l’Association pour le développement des énergies renouvelables (ADER), nous a donné l’idée de concevoir un engin susceptible de créer de la lumière, confie Daniel Kohlbrenner, du Centre d’animation de la Cité. Ce projet est à la fois didactique, mais aussi écologique, vu que les jeunes assurent ainsi leur indépendance énergétique.»
Une première
Le concept d’éclairer une place de jeux grâce à de l’énergie humaine constitue une première – peut-être mondiale – selon ses auteurs. En revanche, le procédé retenu n’a rien de révolutionnaire: l’effort fourni sur le pédalier active une génératrice, laquelle charge une batterie qui alimente la bande d’ampoules LED, peu gourmandes en énergie, de la place de jeux.
Afin de réduire les nuisances pour le voisinage, l’appareil est équipé d’une minuterie qui interdit tout éclairage en dehors des horaires convenus, soit du mercredi au samedi, jusqu’à 20?h de novembre à mars, et jusqu’à 22?h de fin août à octobre. Détail important: l’installation stocke l’électricité et ne nécessite aucun adolescent de «piquet» condamné à pédaler pendant que les autres jouent. «En résumé, une heure de pédalage correspond à une heure d’éclairage, explique Eric Ecoffey, de l’Association Sebasol, responsable technique du projet. Le principe est simple, mais il permet néanmoins à celui qui pédale de se rendre compte de l’effort qu’il doit fournir pour bénéficier d’un éclairage, même si celui-ci n’est «que» de 50?watts.»
Au fil de la fabrication du vélo-génératrice, les jeunes du Vallon ont d’ailleurs déjà pu parfaire leurs connaissances en mécanique et en électricité. Le coût de l’opération s’élève à 50?000?francs, financés par la ville de Lausanne, l’Office fédéral de l’énergie et la Fondation pour l’animation socioculturelle lausannoise.
«Et si les fitness s’inspiraient de l’idée?»
Municipal de l’Environnement, Jean-Christophe Bourquin est élogieux: «C’est peut-être le plus beau projet qu’il m’ait été donné de promouvoir. Notamment parce qu’il a été conçu du début à la fin par les jeunes eux-mêmes. Si d’autres ont envie de se lancer, la Municipalité est prête à étudier leurs propositions.» Pour Jean-Yves Pidoux, municipal des Services Industriels, ce vélo-génératrice constitue avant tout «un bel outil pédagogique et de communication.»
Daniel Kohlbrenner lance, lui, une idée: «Et si on fondait un fitness où l’énergie créée sur des appareils de la même conception permettrait ensuite d’alimenter les téléphones portables ou autres engins à la mode?»