ESCAPADE

Pátmos, île des Vaudois

Par CLAUDE ANSERMOZ le 09.04.2011 à 00:01

Josef Zisyadis emmène des vignerons d’ici replanter des vignes sur l’île de l’Apocalypse. Aventure glocale.

C’est une île de miracles. Ou un miracle d’île. A Pátmos, saint Jean, exilé de force par Domitien, a vu apparaître Dieu dans une grotte et en a tiré l’Apocalypse. Drôle de révélation pour un endroit qui a le goût d’un paradis sauvé des eaux par Artémis et Apollon, qui ont pour cela imploré Zeus. Avec son monastère classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, il ne manquait à la Jérusalem de l’Egée qu’une toute petite chose pour véritablement devenir une terre promise: du vin!

Le fait qu’une île en Grèce – patrie de Dionysos, inventeur officiel du pinard – soit dépourvue de vigne était une hérésie à laquelle seul un pasteur gastronome vaudois pouvait remédier. Josef Zisyadis a mis dix ans pour convertir l’higoumène local – le monastère possédant un bon tiers de Pátmos – de lui louer des terres: «J’ai même dû me rendre à Istanbul et demander audience au patriarche de Constantinople, dont dépend le monastère Saint-Jean-le-Théologien.»

Projet Patoinos
Le projet agro-écologique Patoinos est assez simple. Recréer un vignoble dans un terroir qui fut en son temps dédié au vin, avant que cette culture ne soit abandonnée dans les années soixante. Y réintroduire des cépages indigènes destinés surtout à la consommation locale. Convaincre des vignerons vaudois de venir apporter leur expertise. Et, pour boucler un budget d’environ 500'000?euros sur dix ans (soit plus de 655'000 francs), financer l’opération par des parrainages suisses de ceps sur une décade (150?euros (près de 200 francs) et une bouteille par année en retour).

Car Dame Helvétie aime à venir en aide à Pátmos. Nestlé y a construit l’hôpital et les antiques moulins à blé ont été rénovés cette année grâce au banquier genevois Charles Pictet. Et la renaissance de la pâte molle de Pátmos passe par un retraité grec des Laiteries Réunies au Mont-sur-Lausanne qui, à l’aide d’un voyagiste genevois expatrié là-bas, a créé une petite fromagerie. Jacques Duttweiler, le pape intégriste du gruyère caramel de Thierrens, est allé visiter: «Ils ont une tomme fraîche qui ressemble à s’y méprendre à celle de Rougemont!»

Sur le terrain, l’opération «Apocalypse Vaud» a pris définitivement forme la semaine dernière. Sur deux hectares de terre fraîchement retournée dans une des plus belles baies de l’île, celle de Petra. Il a fallu quadriller les parcelles. A ce jeu-là, Noé Graff, le vigneron «pragmatique» de Begnins, a invoqué Pythagore, son théorème et ses angles droits. Et son compère de Cully, le «biodynamique» Gilles Wannaz, a opté pour Euclide et son postulat à 90?degrés.

Pas de tracteur
L’an prochain, ce seront Raoul Cruchon (Echichens) et Raymond Paccot (Féchy) qui viendront vérifier que les quatre mille pieds poussent bien sur leurs tuteurs de bambou, planté chacun à 1,3?mètre d’intervalle. De quoi laisser passer la charrue et le mulet sous le regard interloqué des habitants plus habitués au tracteur.
Il faudra cinq ans pour voir l’assyrtiko – un blanc assez proche du sauvignon blanc – et le mavrothiriko – épicé et minéral – donner leurs premières grappes à vendanger. En plantant profond (ah, le meltemia, ce vent tournant qui aime à bousculer les plantes), dans cette terre sablonneuse mais aride, les chevelus ou les barbues – les bois greffés et leurs petites racines hirsutes –, l’équipe a ressorti des vieux ceps; probablement du muscat d’Alexandrie.

Et le chai, tout de blanc vêtu sous ses volets bleus, possède un vieux pressoir qui prouve si besoin est l’histoire du vin en cette île. En bénissant à coups de kyrie eleison borborygmés et de lavande sauvage trempée dans la rare eau des puits du domaine, l’higoumène Antipas, entre deux rondelles de tête de moine à l’apéro, a d’ailleurs rappelé le lien du monastère avec cette culture. Pour achever cette spiritualité vaudoise, une chapelle à l’ode de saint Triphon, patron des viticulteurs, sera bientôt bâtie sur le domaine.

Cultivé en biodynamie
Plus profane, au milieu des figuiers gris éléphant, des caroubiers, des citronniers en fruits et des oliviers élagués – on fera aussi de l’huile sur le domaine –, Gilles Wannaz a épandu la bouse de vache mûrie en corne séchée. Histoire de rappeler l’aspect écologique du projet: «La biodynamie, c’est juste se souvenir que la plante peut vivre sans pesticides tout comme l’athlète peut gagner sans amphétamines.» Surtout au pays de l’Olympe. «Réhabiliter une terre dans un patrimoine qui a connu le vin, dans le pays qui l’a vu naître, c’est assez émouvant», sourit Noé Graf.

En mal de belles histoires d’investissements étrangers dans une nation en crise, les médias locaux se sont jetés sur le plus vaudois des projets grecs. «Plus encore que de l’argent, avance Lorenzo Amberg, l’ambassadeur suisse de la république hellénique, ce pays a besoin de symboles. Pour montrer qu’on croit encore en lui. Et ce genre d’initiatives lui fait du bien.»

D’ailleurs, inspirés par les Suisses, plusieurs agriculteurs de Pátmos viennent de commander des ceps à planter. Reste à trouver un nom à ces crus qui devront éviter l’appellation «Apocalypse de saint Jean», contrat avec les moines oblige. Aux dernières nouvelles, c’est Kalikatsou – un majestueux rocher planté dans la baie – qui tiendrait la corde. Les premières bouteilles sont attendues pour 2015.

 


Encore un petit aperçu du paradis...

patmos krasi from NewsKosmos.com on Vimeo.

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