Mardi dernier, dans la Feuille des avis officiels, l’Office cantonal de la viticulture (OCV) publiait sa liste des cépages admis pour l’appellation d’origine contrôlée. Trois nouvelles variétés – le johanniter et le solaris (blanc) et le cabernet dorsa (rouge) – viennent compléter cet inventaire qui compte désormais 36 types de blanc et 27 de rouge. Malgré ces trois admissions de la cuvée 2010, ce répertoire officiel ne suscite guère d’émoi auprès des vignerons de Mont-sur-Rolle, rencontrés hier à l’occasion de la présentation de leur parcours des cépages.
Grande mue du vignoble
Cette absence de réaction n’est pas tant due à des certitudes héritées ou à une volonté de ne rien toucher aux traditions, car le vignoble de La Côte a déjà connu de profondes mutations durant les deux dernières décennies. La production de chasselas y a diminué de 15% depuis 1993. En rouge, les gamarets et garanoirs ou le merlot se sont fait une place au soleil au détriment du gamay.
Historiquement, la liste de l’OCV était des plus contraignantes. Depuis quelques années au contraire, chaque parution lâche la grappe à plusieurs essences inédites, ou presque. Car si les fonctionnaires cantonaux donnent leur aval à des variétés supplémentaires, c’est sur proposition de l’Interprofession. Ce groupement réunit en son sein négociants, encaveurs et vignerons. Et ces derniers n’attendent pas toujours le feu vert officiel pour planter des cépages non homologués, au risque de le voir finir dans un assemblage dénué d’appellation.
Réchauffement climatique? Nouvelle génération de viticulteurs mieux formés? Evolution des goûts du public? Quelles ont été les raisons de cette mutation discrète, mais bien réelle? «Avant tout, il y a la curiosité et la passion du vigneron qui aime tenter de nouvelles expériences, explique Luc Pellet. Et, surtout, il y a la demande du client. Sur un stand, les visiteurs ne se contentent plus d’un rouge et d’un blanc par producteur. Il faut occuper le marché et toutes les niches que sont les spécialités.»
Une prise de risque
Cette diversification n’est pas dénuée de risque. La vigne ne donne pas son plein rendement avant six à huit ans. «Alors, il ne faut pas se tromper, ni sur le vin souhaité, ni sur l’évolution des goûts, ni sur la parcelle choisie», commente Marc-Antoine Monnard, du Domaine Montrésor. «D’autant qu’il semble que la course aux spécialités s’essouffle du côté des consommateurs, renchérit Luc Pellet. Mais on a pu prouver que si on réussit les spécialités, on maîtrise l’art du chasselas, qui reste la variété idéale pour notre région. Et le vignoble ne se délocalise pas comme ça.»