Le paradoxe est à la mesure de l’événement. Le Paléo Festival, avec ses 230?000 spectateurs en six jours, est le plus grand open air de Suisse. Mais il devra dès cette 35e?édition se plier à la loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Et les organisateurs ne prennent pas la chose à la légère. Par souci de «simplification de la communication», à peu près toutes les zones couvertes du festival sont désormais décrétées non-fumeurs (voir l’infographie ci-dessus) .
Un festival dans la légalité
«Si nous voulons obtenir l’autorisation d’organiser notre festival, celui-ci doit être totalement dans la légalité et la loi antifumée fait partie des règles auxquelles on doit se plier», justifie Philippe Vallat, secrétaire général de Paléo. Or le règlement d’application stipule précisément que sont notamment considérés comme espaces fermés les tentes, chapiteaux et cantines. Si l’on cherche un peu plus en détail, on apprend que le lieu doit pouvoir être fermé pour être réputé espace clos. Ce qui n’est clairement pas le cas du chapiteau de Paléo, pour lequel aucune bâche latérale n’est prévue. «On se voyait mal expliquer que le Club Tent est une scène fermée, alors que le chapiteau ne l’est pas», explique le secrétaire général.
Et son patron, le président de Paléo Daniel Rossellat, de renchérir. «Notre credo, c’est de soigner la qualité et le respect du spectateur. Le bon sens voudrait que le fumeur s’abstienne au milieu d’une foule. Ce bon sens-là doit l’emporter.» Cette logique conduit aussi au bannissement de la cigarette sur les gradins de la terrasse, pourtant à l’air libre, mais où la densité de spectateurs est forte.
Une démarche volontaire
C’est ainsi que le comité de l’association qui organise le festival a arrêté sa stratégie, sans recourir aux conseils proposés par le CIPRET-Vaud pour faciliter la mise en application de la nouvelle législation.
Il reste à élaborer une communication basée sur le sens civique et le respect des autres. «Des messages clairs, mais non agressifs», comme le stipule le mémo établi par Paléo. Et c’est là que réside l’essentiel de l’action engagée par le festival. «Nous n’avons pas prévu de faire la police anticigarettes, confirme Philippe Vallat. Ce ne sera en tout cas pas une mission prioritaire pour nos équipes de sécu. Par contre, il n’est pas exclu que les non-fumeurs gèrent la question eux-mêmes.»
Concrètement, les fumeurs doivent savoir qu’ils ne pourront plus dégainer leur tige dans tous les lieux de spectacle, hormis la grande scène, sur la terrasse, y compris les places assises, au Musée Paléo, au restaurant le Jardin Gourmand, dans l’aire Mielimélo dévolue aux enfants, dans les bureaux du festival, ainsi que dans… l’espace Marlboro. Stands et bar n’étant considérés que comme des lieux de passage, aucune réglementation n’a été édictée. Par contre, le mémo du comité précise bien que, dans les espaces en plein air, «la fumée est acceptée». «Et cela représente tout de même plus des neuf dixième de notre site», relativise Philippe Vallat.
Le Montreux Jazz Festival cherche la solution pour l’Auditorium Stravinski
Dès le 3 juillet, des dizaines de milliers de festivaliers se presseront dans les salles du centre des congrès 2m2c de Montreux. Parmi eux, nombre de fumeurs. Si les salles du Miles Davis Hall et du Montreux Jazz Café, en contact direct avec l’air libre, ne posent pas de problème particulier, il en va autrement du vaisseau amiral de la manifestation, l’Auditorium Stravinski, situé au 2e?étage du bâtiment. Si aucun choix n’est encore arrêté, les organisateurs semblent se diriger vers la mise en place d’un fumoir fixe haut de gamme au niveau de la salle, côté lac. «Un tel lieu offrirait en outre l’avantage, lors de manifestations totalement non fumeur, de pouvoir être transformé en espace de détente» explique le directeur du 2m2c Rémy Crégut. Quant au financement de l’infrastructure, il sera probablement pris en charge conjointement par le 2m2c, le Montreux Jazz Festival, et des partenaires financiers de la manifestation. «Un cigarettier par exemple, ce serait une bonne idée!» sourit Rémy Crégut.
M. I.