CORRECTIONNELLE

Ils avaient osé délivrer leur copain embarqué dans une voiture de police

Par Georges-Marie Bécherraz le 02.09.2010 à 00:02

Deux policiers communaux d’Aigle avaient été blessés, en avril 2008, lors d’une échauffourée provoquée par une interposition inquiétante.

Ils plaident à demi-mot une espèce de légitime défense. Cela passe mal aux yeux du substitut du procureur, présent hier à leur procès. Mais les deux insistent. Ils passaient juste par là. Et s’ils ont décidé de délivrer leur copain embarqué dans une voiture de la municipale, c’est parce qu’il criait au secours. Disent-ils.

«J’étais menotté, la voiture restait sur place, je n’en pouvais plus d’attendre», raconte l’intéressé, lui aussi sur le banc des accusés. De fait, surexcité et alcoolisé, il menaçait de tout casser. Le policier assis à son côté sur la banquette arrière tentait tant bien que mal de le contenir. Il attendait le retour de son collègue, occupé à dresser le constat du tapage au Buffet de la Gare d’Aigle, cause de leur intervention.

A partir de là, les versions divergent. Selon le policier concerné et un témoin, les deux amis ont ouvert la portière de la voiture et tiré à l’extérieur, par le bras et par l’épaule, l’agent qui s’y trouvait. Cela a permis à l’interpellé de sortir. Variante nettement plus soft de la part des accusés: ils auraient simplement tapoté sur le bras du policier, inquiets pour leur copain qui hurlait et se débattait.

Ce qui est sûr, c’est que les choses ont assez mal tourné ensuite. Il a fallu appeler les gendarmes pour reprendre le dessus. Les deux policiers communaux ont été blessés par des coups de pied et copieusement insultés, menacés de représailles. Arrêtés, les trois jeunes hommes ont fait plusieurs jours de préventive. Celui qui se trouvait dans la voiture est resté une centaine de jours derrière les barreaux. Il faut dire qu’un mois auparavant, il s’en était pris physiquement et verbalement à un autre policier aiglon qui aurait eu le malheur de heurter légèrement sa jambe en garant sa voiture lors d’une intervention urgente. Avec six épisodes de ce genre à son palmarès, ce jeune homme inquiète Marc Pellet, président du Tribunal correctionnel: «Êtes-vous conscient du risque à pousser le policier à sortir son arme de service?» Avocat général, Eric Mermoud requiert contre lui 18?mois. Avec sursis, «parce qu’il s’est tenu à carreau durant ces deux dernières années». Contre ses deux «sauveurs», sans antécédent, le ministère public demande des jours-amendes avec sursis et une amende ferme pour que ce procès n’ait pas l’air d’une farce. Verdict prochainement.

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