Les Plantaz, c’est un quartier populaire situé au nord-est de Nyon, qui évoque communément la violence. Les rixes planifiées contre une bande de Renens, ainsi que les récents tags de provocation disséminés dans la ville, se réfèrent à cet endroit. Et la brutalité semble s’embraser, comme l’attestent les véhicules endommagés et les cocktails Molotov balancés samedi soir (24?heures d’hier).
Qu’elle soit fantasmée ou réelle, l’insécurité se fait bel et bien sentir. Certains habitants font des détours pour contourner le danger. D’autres deviennent précautionneux. «Je ne laisse plus ma copine rentrer seule, confie un gars du coin. Soit je la ramène, soit j’appelle le taxi.» Et la réputation de quartier malfamé s’est répandue loin à la ronde. Systématiquement, les jeunes domiciliés dans le secteur sont stigmatisés. Notamment lors d’entretiens d’embauche. «Quand ils postulent dans la région, le fait d’habiter les Plantaz est un gros handicap», déplore Christiane Piazzini, éducatrice de rue. Nyon abriterait-elle une zone de non-droit?
En réalité, on est loin d’un territoire régi par un gang. Cette situation est le fait d’un groupe de jeunes déterminés à jouer au petit caïd et connu comme la «bande des Plantaz». Curieusement, la cohorte tient à son ancrage dans le quartier alors que les individus qui la composent sont tout au plus une vingtaine et résident en divers lieux. «On se rend compte que le groupe se fait et se défait selon les circonstances», explique Philippe Seiler, chef de la police municipale de Nyon. Alors pourquoi se rattachent-ils à cette identité? Pour reprendre le flambeau des «grands» qui, il y a cinq ans, se complaisaient déjà dans les déprédations ou les affrontements avec des bandes rivales. «On représente le quartier nord-est. On agit la nuit comme un poing dans ta face», scandent les slameurs de 3e Relève, un groupe de hip-hop agissant comme porte-parole du quartier. Où l’atmosphère provoque le spleen chez ces jeunes «étouffés par le système: pas assez d’air» qui s’avouent «tous un petit peu perdu, dépourvu d’humanité».
Pourtant, s’ils s’inscrivent dans la continuité de la première «bande des Plantaz», les malfrats actuels n’ont pas l’assentiment de leurs aînés, qui se sont rangés après avoir fait de la prison pour des actes qu’aujourd’hui ils regrettent. «Les grands, qui ont payé leur dette et souffert, eux-mêmes ne comprennent pas l’attitude gratuite des plus jeunes», relève Christiane Piazzini. Et c’est interloqués qu’ils constatent une course à l’armement. «A l’époque, c’était violent, mais on se battait à mains nues, là ils prennent tout ce qu’ils trouvent», compare un jeune de la seconde génération. Autre différence, les «grands» s’étaient investis de manière constructive pour un local. Mais les cadets semblent prisonniers du mythe de la bande des Plantaz, usant de substances désinhibantes avant de commettre leurs frasques dans une joyeuse insouciance, sans considération de l’avenir. Si ce n’est qu’ils se tiennent à carreau et qu’ils ont momentanément disparu de la circulation...
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