Façades, volets et bords de fenêtres crépis de fientes de pigeons, roucoulements très matinaux et plumes voletant parfois jusque dans la cuisine. C’est la réalité quotidienne des habitants du haut de la rue de l’Industrie, à Nyon. «Et ce que vous voyez n’est que le produit de quelques jours, car les employés communaux grattent les fientes chaque semaine», relève Véronique Girod. Sans grand succès, cette habitante a installé des pics antipigeons sur ses fenêtres pour endiguer ce problème, qui s’aggrave depuis une dizaine d’années. «Au départ, c’était anecdotique… et puis c’est devenu envahissant. Ça peut paraître ridicule comme préoccupation, mais quand on y est confronté au quotidien…» Son voisin Yves Jaques abonde dans son sens. Il en a aussi ras le bol: «Ça devient de pire en pire! Ici, les pigeons sont à l’abri du froid et des courants d’air.» Bref, ils se la roucoulent douce.
Tous les détails!
Mais cela va changer! Les autorités élaborent un plan d’action à l’échelle de la ville, car la rue de l’Industrie n’est pas la seule touchée. Depuis quelques jours, les Nyonnais sont invités à recenser les pigeons qu’ils aperçoivent. Un formulaire est à leur disposition sur le site internet de la ville, qu’ils peuvent remplir en mentionnant le lieu de l’observation, la date, ainsi que l’activité à laquelle vaquait le volatile (repos, nidification, recherche de nourriture). «Depuis février, le personnel communal qui travaille sur le terrain pour la voirie, la conciergerie des bâtiments et les espaces verts note aussi ses observations», indique Aline Blaser, cheffe du projet de gestion des pigeons. Ce recensement, qui reste par essence approximatif, durera jusqu’en automne afin de prendre en compte le comportement des volatiles durant les différentes saisons. Une fois la population de pigeons et sa répartition dans la ville mieux cernée, place aux mesures! «On ne va pas traquer ces pigeons, qui ne sont d’ailleurs pas forcément en surpopulation, avertit Aline Blaser, mais trouver des solutions pour qu’ils puissent cohabiter avec nous.»
Parmi l’éventail de dispositions envisageables, on retrouve les traditionnels pics antipigeons, ainsi que les filets, pas toujours très jolis mais efficaces. Installer un appareil à ultrasons n’a quant à lui pas donné entière satisfaction au château de Nyon. L’effarouchement avec un rapace est aussi une solution parfois évoquée mais la plus appropriée pourrait bien être l’aménagement d’un pigeonnier.
«Avant, c’est le château qui faisait office de pigeonnier, ils s’étaient approprié ce lieu», explique Aline Blaser. Les Columba livia, de leur nom scientifique, se sont déployés dans toute la ville lorsque les travaux de restauration du monument les en ont chassés.
«En les habituant à vivre dans un pigeonnier où ils sont nourris, il est plus facile de réguler leur population en en piquant les œufs pour les stériliser ou en les remplaçant par des faux, par exemple.» L’analyse du recensement, en fin d’année, permettra aux autorités de choisir la réponse la plus adéquate à ce problème.
Chassés du château, les oiseaux le colonisent à nouveau
Les travaux de restauration du château, débutés à la fin des années 90, avaient chassé l’importante colonie de pigeons qui squattait le monument. Mais l’installation d’appareils à ultrasons n’a pas été pleinement efficace pour éviter leur retour. «Il semblerait que certains pigeons, peut-être sourds, y soient insensibles», explique Claudio Di Lello, chef du Service des bâtiments. Revenus se percher sur les galeries au-dessus de la cour, ils risquaient d’abîmer les peintures murales et le plancher en bois huilé avec leurs fientes. «Nous avons alors mis des filets noirs pour les empêcher d’y accéder. Ce qui a marché.» Las, les enquiquinants volatiles sont maintenant confortablement installés sur le toit du château, et remplissent les cheneaux de déjections. «Il faut régulièrement les nettoyer et louer une nacelle pour cela», regrette Claudio Di Lello. Le château n’est pas le seul monument communal touché par le problème: la tour de l’horloge aussi. «Dans sa cheneau, j’ai même découvert un bout de plante de maïs qui commençait à pousser», raconte le chef de service. Qui en profite pour rappeler ce mot d’ordre plus valable que jamais. «Surtout, ne nourrissez pas les pigeons!»
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